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Etat de santé du président Bouteflika : «La situation du pays devient ingérable»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 21/02/2017 à 15H53, mis à jour le 21/02/2017 à 18H33

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika au palais présidentiel l'Alger le 28 avril 2014. © Photo AFP/Bechir Ramz-y/Anadolu Agency

L’annulation surprise le 20 février de la visite officielle que la chancelière allemande, Angela Merkel devait effectuer en Algérie suscite de nombreuses interrogations sur la santé du président algérien indisponible à cause «d’une bronchite aiguë». Pour certains observateurs, l’Algérie est tout simplement devenue «ingérable» en raison de la santé «extrêmement précaire» de son président.

En annonçant le report de la visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, le gouvernement algérien a tenu à assurer que le président Bouteflika qui souffre officiellement «d’une bronchite aigue» est aux commandes et capable de diriger le pays.
 
Les Algériens sont les premiers à s’inquiéter
Mais le communiqué n’a pas du tout rassuré ceux qui s’interrogent sur la capacité du chef de l’Etat algérien à diriger son pays. Ses concitoyens sont les premiers à s’inquiéter.
 
«C’est la première fois dans la diplomatie algérienne qu’on annule une telle visite», fait remarquer Rachid Tlemçani, professeur de sciences politiques à l’université d’Alger. Interrogé par l’AFP, il estime que «la capacité du président Bouteflika à gérer le pays va se poser d’une manière sérieuse».
 
«Il ne reçoit certes plus tous les responsables en déplacement à Alger. Mais il n’avait jamais annulé une visite officielle de cette importance», écrit le site algérien TSA.
 
Vétéran de la guerre d’indépendance, Abdel Aziz Bouteflika aura 80 ans le 2 mars. Il a été frappé en 2013 par un accident vasculaire cérébral qui a affecté sa mobilité et son élocution. Depuis, il se déplace en fauteuil roulant et ne fait que de rares apparitions publiques.
 
Selon la presse allemande, la délégation de la chancelière Angela Merkel aurait été informée de l’annulation de sa visite une heure et demi seulement avant le décollage de l’avion qui devait l’amener à Alger. Ce contretemps est largement commenté par les réseaux sociaux au-delà des frontières algériennes.
 
«Les décideurs algériens sortent enfin de leur mutisme concernant la santé de leur président. C’est la première fois que la diplomatie algérienne laisse à penser à une incapacité du président Bouteflika à gérer les affaires du pays», écrit le 360.ma, un site d’information marocain.
 

« S’il n’apparait pas d’ici deux semaines…. »
Le politologue algérien Rachid Grine table sur la durée. Pour lui, on devrait être fixé sur l’état de santé du président dans une quinzaine de jours.
 
«S’il n’apparait pas d’ici deux semaines, c’est qu’il a été transféré à l’étranger pour des soins. Si dans quinze jours, on voit les principaux acteurs comme le chef de l’armée, les patrons du FLN se succéder et prendre la parole, cela voudra dire que l’on prépare la succession, analyse le politologue algérien


Depuis plus de dix ans, Abdelaziz Bouteflika a multiplié les séjours hospitaliers, notamment en France. Ses opposants, à l’instar de son rival à l’élection présidentielle de 2014 Ali Benflis, n’hésitent pas à parler régulièrement de «vacances de pouvoir» à la tête de l’Etat algérien.
 
« L’idée d’un cinquième mandat » s’évapore
En février, le quotidien algérien Le Matin avait rendu compte d’un rapport publié par Global Risk Insights, un institut américain spécialisé dans l’analyse du risque politique. Le rapport parlait d’un président «qui a carrément un pied dans la tombe». La rédactrice du rapport avait provoqué une réaction très indignée du ministre algérien de l’Intérieur qui avait menacé de «frapper d’un coup de fer, quiconque tente de déstabiliser la sécurité du pays».
 
Au lendemain de l’annulation surprise de la visite d' Angela Merkel, les inquiétudes sur l’état de santé du président Bouteflika se sont accrues en Algérie. Certains estiment qu’il sera désormais difficile à ses partisans de vendre l’idée d’un cinquième mandat.