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Ethiopian Airlines profite de l'essor du secteur aérien africain

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 09/04/2018 à 10H25, mis à jour le 09/04/2018 à 10H25

Un appareil compagnie Ethiopian Airlines
Un appareil d'Ethiopian Airlines, une des compagnies qui montent en Afrique, sur l'aéroport de Kaduna (Nigeria) le 8 mars 2017.  © REUTERS - Afolabi Sotunde

La libéralisation et l’unification des marchés du transport aérien en Afrique devraient conforter les cinq grandes compagnies du continent: South African Airways, Royal Air Maroc, Air Côte d’Ivoire, Rwanda Air ou Ethiopian Airlines. La compagnie éthiopienne, véritable success-story du transport aérien sur le continent, semble la mieux placée pour bénéficier de l'ouverture du ciel africain.

 
Depuis son premier vol commercial, le 8 avril 1946, entre Addis-Abeba et Le Caire, Ethiopian Airlines collectionne les succès. C’est aujourd’hui le numéro un des transporteurs aériens du continent en termes d’avions, de destinations, de passagers, de fret, de chiffre d’affaires et de bénéfices. Depuis 2010, l’entreprise a investi plusieurs milliards de dollars pour acquérir 32 nouveaux appareils, dont des Boeing 787. Objectif: disposer de 150 avions d’ici à 2025.

Dès 1941, l’empereur Haïlé Sélassié se rend aux Etats-Unis et entame des discussions. Quelques années plus tard, un accord est signé avec les représentants de la Transcontinental and Western Airlines (TWA) pour la création d’Ethiopian Airlines. Hormis quelques appareils récupérés dans les hangars américains, la compagnie achète exclusivement des Boeing. Une fidélité qui a pris fin en 2016, avec la réception de 14 Airbus 350.

Croissance du marché aérien
La réussite d’Ethiopian Airlines, présent dans 36 pays, incarne l’essor actuel du secteur aérien panafricain. La compagnie africaine profite de l’accélération du tourisme et des déplacements à l'intérieur du continent. Le nombre annuel de touristes africains est passé de 19 à 30 millions en dix ans. Et ce malgré les quelque 80 visas que les pays africains s’imposent encore aujourd’hui. Les touristes africains sont désormais plus nombreux (53%) que les visiteurs venant d'autres continents, précise le Boston Consulting Group.

Entre 2003 et 2016, le trafic aérien africain a augmenté de 56%, indique l’Association internationale du transport aérien (Iata). Et selon les prévisions de cet organisme, le nombre de passagers transportés devrait presque tripler d’ici 2035. Pour dépasser les 300 millions de voyageurs. Mais en 2016, le ciel africain ne représente qu'un peu plus de 3% du trafic mondial alors que continent compte 16% de la population mondiale.

Cap sur l’Asie
La compagnie a mis moins de dix ans à distancer la concurrence en reliant le continent au reste du monde. Quelles sont ses recettes? La création d'un véritable Hub entre l'Europe et l'Asie. L’opérateur a aussi développé de nombreuses destinations asiatiques au départ d’Addis-Abeba: Bangkok, New Delhi, Bombay, Séoul, Hong Kong, Kuala Lumpur...  Ethiopian Airlines​ a recruté, fin 2015, une trentaine de jeunes Chinois pour étoffer l’équipage de sa trentaine de vols hebdomadaires vers la Chine, sur lesquels «80% des passagers ne parlent que le mandarin».

La compagnie dessert également la plupart des capitales africaines.

Un secteur longtemps protégé
Cette réussite s’explique avant tout par l’histoire. «Ethiopian Airlines a été la compagnie la plus protégée du continent par son gouvernement», assure un expert aérien, dans un ciel longtemps fermé à la concurrence et grâce à la manne que représente le siège de l’Union africaine situé dans la capitale éthiopienne (fréquenté par des milliers de diplomates et d’experts). L’opérateur a bénéficié des meilleures conditions pour décoller, avant d’ouvrir un peu son marché pour mieux s’installer sur celui des autres.

La compagnie aérienne forme également les futurs pilotes du continent. Inauguré en 1964, le centre de formation d’Ethiopian Airlines voit passer plus de 1300 étudiants de 49 nationalités différentes chaque année. Au rythme de croissance du transport aérien dans le ciel africain, ils devraient être trois fois plus nombreux en 2020.