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Ethiopie: la démission du Premier ministre sanctionne l'échec de la répression

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 16/02/2018 à 15H09, mis à jour le 16/02/2018 à 15H27

Manifestation soutien au leader Oromo Bekele Gerba 14 février 2018
Manifestation de soutien au leader de la minorité Oromo Bekele Gerba (14 février 2018) © REUTERS/Tiksa Negeri

Coup de tonnerre en Ethiopie, après six ans de pouvoir absolu, le Premier ministre Hailemariam Desalegn a démissionné. Son parti lui a demandé de jeter l’éponge, après des années de crise politique marquée par une forte contestation anti-gouvernementale. Malgré une répression brutale et des milliers de prisonniers, la résistance de la minorité Oromo, principale ethnie du pays ne faiblit pas.

 
Au pouvoir depuis 2012, le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn «a remis sa démission» le 15 février 2018. Un constat d’échec après une longue crise politique. Hailemariam «dit avoir fait tout son possible pour résoudre les problèmes de l'Ethiopie», mais a aussi «assuré penser que sa démission est une solution à ces problèmes», a indiqué la radio d'Etat Fana.

Durant son mandat, il a œuvré à moderniser le pays en faisant aboutir l'ambitieux Plan de croissance et de transformation, plan quinquennal lancé en 2010 par son mentor Meles Zenawi. Avec pour objectif de faire de l'Ethiopie un pays émergeant à l'horizon 2025.

Mais depuis 2015, l'Ethiopie a été le théâtre d’importantes manifestations anti-gouvernementales. Celles-ci expriment la frustration des Oromos et des Amharas, les deux principales ethnies du pays, face à ce qu'ils perçoivent comme un accaparement du pouvoir par la minorité des Tigréens au sein du parti au pouvoir, qui règne sans partage depuis 1991. Plus largement, ils perçoivent aussi un déséquilibre dans le partage des richesses.


La contestation est née de la résistance des Oromos (première ethnie du pays) au plan d’agrandissement d’Addis-Abeba : la capitale, en pleine croissance, s’étendant sur leurs terres. Mais le mouvement de protestation a rapidement basculé dans une dénonciation plus générale du régime, contrôlé d’une main de fer par la minorité tigréenne (6% de la population).

Fidèle à son habitude, le pouvoir a d’abord essayé d’écraser les activistes oromos. Quelque 940 personnes ont été tuées depuis le début de la répression, selon les propres chiffres de l’Etat éthiopien.

Conflits ethniques
Des affrontements régionaux, entre populations oromo et somali, ont conduit ces derniers mois à une vague migratoire sans précédent, poussant des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers et les troubles intercommunautaires. Sur le plan politique, les régions périphériques revendiquent leur autonomie et leur part du pouvoir. De son côté, la jeunesse aspire à un desserrement de l’étau du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE, coalition au pouvoir et quasi parti unique depuis 1991) sur la société.

Au sein même du régime, plusieurs courants s’affrontent. Après l’échec des tenants de la manière forte, prêts à tout pour étouffer la contestation, les «réformistes» ont repris la main. Ces derniers mois, les autorités éthiopiennes ont libéré des milliers de prisonniers pour «améliorer le consensus national».
 
Echec de la répréssion
Une vague de libération de 6000 prisonniers politiques était un premier signe d’ouverture manifeste. La démission de Hailemariam Desalegn, qui a été acceptée par le conseil exécutif du FDRPE, pourrait aller dans le même sens. «Les manifestations et la crise politique ont conduit à la perte de beaucoup de vies et au déracinement de nombreux Ethiopiens, a déclaré le Premier ministre sortant dans une allocution télévisée. Je vois ma démission comme indispensable pour mener à bien les réformes qui conduiront à une paix durable et à la démocratie.»

Au-delà, le départ de M. Hailemariam est-il une révolution de palais ou une crise de régime? Le nom de son successeur donnera en partie la réponse à cette question.