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Politique,  Ethiopie

Ethiopie: Sahle-Work Zewde devient la première femme présidente

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 25/10/2018 à 16H16

Sahle-Work Zewde 28 août 2014 à Jouy-en-Josas.
Sahle-Work Zewde, le 28 août 2014, assite en tant que directrice générale du Bureau des Nations Unies, à une conférence donnée lors de l'université du Medef à Jouy-en-Josas.  © ERIC PIERMONT / AFP

L'Ethiopienne Sahle-Work Zewde est devenue le 25 octobre 2018 chef de l'Etat. Les deux chambres du parlement éthiopien l'ont désignée à l'unanimité après la démission surprise du président Mulatu Teshome, au pouvoir depuis 2013. Cette diplomate et représentante de l‘Éthiopie à l'ONU est le quatrième président du pays, depuis l'adoption de la Constitution de 1995.


Les médias éthiopiens annonçaient qu'il y aurait bientôt une femme présidente d'Ethiopie. C'est chose faite: la Chambre des représentants du peuple et la Chambre de la fédération, qui forment le Parlement éthiopien, ont désigné Sahlework Zewde après avoir accepté la démission du président Mulatu Teshome. A 68 ans, cette diplomate de carrière a obtenu 487 voix des parlementaires présents sur un total de 546.

Jusque-là, Mme Sahle-Work était la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres auprès de l'Union africaine (UA). Elle avait précédemment occupé la fonction d'ambassadrice en France, à Djibouti, au Sénégal, et le poste de représentante permanente de l'Éthiopie auprès de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), le bloc régional est-africain.

On ignore les raisons qui ont conduit à la démission de M. Mulatu. Mais les observateurs estiment qu'elle résulte de négociations en cours entre les quatre partis, établis sur des bases ethniques, formant la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).

Chef de l'Etat, une fonction honorifique
En Ethiopie, la fonction de chef de l'Etat est symbolique et honorifique. Car c'est sur le Premier ministre que repose l'essentiel du pouvoir, lequel a notamment la charge de représenter le pays dans les grands sommets internationaux.

En avril 2018, l'EPRDF a choisi Abiy Ahmed, 42 ans, comme nouveau Premier ministre, le premier à être issu des Oromo, plus grand groupe ethnique du pays. M. Abiy a depuis engagé un vaste programme de réformes: libération de dissidents, ouverture de l'espace démocratique, réconciliation avec le frère ennemi et pays voisin, l'Érythrée, après des années d'un sanglant conflit. Réélu en octobre 2018 à la tête de la coalition du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF) qui dirige le pays depuis 1991, cet adepte de la parité a remanié son gouvernement, composé de 10 femmes et 10 hommes. 

La question ethnique centrale
Mais l'accession au pouvoir de Abiy Ahmed n'a pas calmé les violences intercommunautaires qui ont provoqué plus de deux millions de nouveaux déplacés. Son prédécesseur, Hailemariam Desalegn, avait démissionné dans un contexte extrêmement tendu au sein de l’EPRDF. Après les vagues de manifestations de 2015 et 2016, et la répression violente qui a suivi, le parti au pouvoir s’est déchiré sur fond d’affrontements interethniques meurtriers dans le pays.

La question ethnique est centrale dans la Constitution de 1995, écrite par l'EPRDF. L'actuelle coalition a pris le pouvoir en 1991 après avoir mis fin au brutal régime militaro-marxiste du Derg. L'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, est divisé en neuf régions autonomes, créées sur des lignes ethniques.