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Politique,  Gambie

Fatou Bensouda, la «juge courage» de la Cour pénale internationale

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 21/06/2017 à 10H57, mis à jour le 21/06/2017 à 11H12

La procureure générale Cour pénale internationale Fatou Bensouda en 2016
La procureure générale de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, à la Haye le 27 septembre 2016, lors de la condamnation d'Ahmad al-Faqih al-Mahdi à neuf ans de prison pour la destruction des sanctuaires de Tombouctou au Mali, classés patrimoine mondial par l'UNESCO. © Bas Czerwinski/ANP/AFP

En exigeant l’arrestation immédiate de Seif al-Islam Kadhafi, fils récemment libéré du défunt dictateur libyen, la procureure de la Cour pénale internationale n’a pas failli à sa mission. Première Africaine en charge des crimes contre l’humanité, Fatou Bensouda n’est pas femme à se laisser déstabiliser. Ni par les pays qui font défection, ni par des contestations, inévitables dans sa fonction.


Classée parmi les cinquante Africaines les plus influentes au monde, Fatou Bensouda a pris ses fonctions de procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI), le 15 juin 2012.
 
Elle a été élue, six mois auparavant par consensus, par l’Assemblée des Etats parties, mais elle avait déjà derrière elle une solide carrière de magistrate tant en Gambie, son pays d’origine, que dans les affaires internationales.
 
Née le 31 janvier 1961 à Banjul, la capitale gambienne, Fatou Bensouda, musulmane pratiquante, est issue d’une famille nombreuse dont le père est polygame. Elle doit sa carrière de «magistrate la plus crainte ou la plus contestée de la planète», pour reprendre l’expression de Jeune Afrique, à sa petite enfance. Une période au cours de laquelle elle souffrait de voir sa tante se faire battre par son mari.

Une solide carrière de magistrate dans les affaires internationales 
Se tournant vers les études de droit qu’elle effectuera au Nigeria, elle revient au pays en 1987, diplômée de l’université de Lagos. Elle intègre le ministère de la Justice où elle gravira tous les échelons de la carrière juridique jusqu’au dernier, celui de ministre de 1998 à 2000.
 
Reconnue pour «sa compétence et sa rigueur», Fatou Bensouda prend une dimension internationale lorsqu’elle est élue conseillère juridique et substitut du procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha en Tanzanie.
 
C’est là qu’elle se familiarise aux rouages de la justice internationale. «En 2004, cette fine connaisseuse des institutions juridiques internationales et des grands dossiers finit par convaincre les Etats membre de la CPI de la nommer procureure générale adjointe», écrit Afrique femme.com.
 
A la Haye, elle travaillera dans cette juridiction chargée de juger les auteurs de génocides, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre sous l’autorité de Luis Moreno Ocampo, dont elle prend la relève en juin 2012.

Confrontée aux défections de pays africains, aux critiques et au chaos libyen 
En devenant procureure générale de la CPI, elle se retrouve propulsée au cœur de la vie politico-judiciaire du continent. C’est elle qui va inculper Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, aujourd’hui incarcérés à La Haye, non sans soulever des critiques. Celles des partisans de l’ancien président ivoirien et celles de ceux qui reprochent à la CPI de ne s'intéresser qu'aux cas africains.
 
C’est elle encore qui doit affronter indirectement les milices libyennes des tribus de Zintan qui détenaient et refusaient de livrer Seif al-Islam Kadhafi, fils du fondateur de la Jamahiriyya Libyenne, jusqu’à sa récente libération.
 
Confrontée le 24 novembre 2016, lors de la 15e assemblée des Etats signataires du statut de Rome (le traité fondateur de la CPI), à la défection de trois pays africains, le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie, son propre pays, elle ne désarme pas.

Déterminée à accomplir son mandat «sans crainte, ni faveur» 
Dans un entretien avec RFI, elle se dira déçue par ces décisions «bien sûr souveraines». «Mais se retirer de la première cour pénale internationale universelle et permanente risque de priver ces Etats de la possibilité de prévenir des crimes internationaux et de lutter contre l’impunité de leurs auteurs», a-t-elle indiqué.
 
Souhaitant que la Cour puisse continuer à bénéficier du soutien de «tous les Etats», elle se disait déterminée à accomplir son mandat «de façon indépendante et impartiale, sans crainte ni faveur».
 
Le 15 juin 2017, s’exprimant devant le Conseil de sécurité de l’ONU, elle a réitéré son appel aux Etats afin qu’ils mettent aux arrêts les suspects présumés de génocide, crimes de guerre et contre l’humanité, commis dans la région du Darfour au Soudan. Y compris, a-t-elle précisé, le président Omar al-Bachir, toujours en liberté malgré un mandat d’arrêt délivré contre lui en 2009.
 
«Aucun des suspects pour lesquels des mandats d’arrêts ont été délivrés n’a été arrêté et transféré à la CPI. N’oublions pas, ces hommes ont plusieurs accusations, pour certains, des crimes les plus graves au monde, comme prévu dans le Statut de Rome», a-t-elle rappelé.