Portrait

Nigeria,  Afrique

Folorunso Alakija : la Nigériane qui valait deux milliards

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 06/03/2015 à 18H34, mis à jour le 06/03/2015 à 21H42

Folorunso Alakija
Photo non datée de la milliardaire nigériane Folorunso Alakija.
Source : http://folorunsoalakija.com/
© Le site de Folorunso Alakija

Folorunso Alakija est la Nigériane la plus riche et la deuxième fortune féminine du continent africain. Elle est devenue milliardaire grâce à la mode, l'impression et surtout le pétrole. Portrait d'une ambitieuse qui aimait Dieu.

Folorunso (prononcer «Folorunsho») Alakija est l’incarnation du fameux esprit entrepreneurial des femmes en Afrique sub-saharienne. En détrônant l’Américaine Oprah Winfrey, jusque-là femme noire la plus riche du monde d’après la revue Forbes en 2012, la milliardaire nigériane s’est fait connaître de la planète. 

Depuis février 2015, le classement du magazine américain a évolué. La Nigériane (sa fortune est évaluée à 2 milliards de dollars, 949e place dans le classement) n’est désormais que la troisième femme noire la plus riche au monde derrière l’Angolaise Isabel dos Santos (3,3 milliards de dollars, 534e) et l’Américaine Oprah Winfrey (3 milliards, 603e).

Mais la succes story de la deuxième femme la plus riche du continent africain est celle d’une entrepreneure qui aura finalement tiré profit de la principale ressource de son pays, L'autodidacte Folorunso Alakija, mariée depuis 1976 et mère de quatre garçons, doit surtout sa fortune au pétrole. Sa famille dirige et possède 60% de Famfa Oil Ltd

Avant de devenir magnat du pétrole, elle a fourbi ses armes de femme d’affaires dans la mode. Elle se lance dans l’industrie du vêtement pour échapper à une sorte de plafond de verre. Secrétaire de formation, elle finit sa carrière à l’International Merchant Bank of Nigeria au milieu des années 80, où le fait de ne pas avoir suivi un cursus universitaire est devenu un handicap. Les diplômés sont promus à sa place. Cependant, le bilan n’est pas totalement négatif. «Travailler pendant douze ans dans le secteur bancaire m’a préparée» à l’entrepreneuriat, confie-t-elle.

Mode, imprimerie et pétrole : trio gagnant
Sa première entreprise est baptisée Supreme Stitches. «Je savais que j’étais une créatrice dans l’âme», explique-elle. Sa mère, vendeuse de textiles, lui a également transmis son expertise en la matière et peut-être aussi ce sens aigü du commerce que l'on attribue aux Yoruba (groupe ethnique que l'on retrouve majoritairement au Nigeria). Néanmoins, elle ne se contente pas de ses dons, elle retourne au Royaume-Uni pour se former. Un pays qu’elle connaît bien : elle y a vécu, avec sa sœur de 7 à 11 ans, et pris au début des années 70 des cours de secrétariat imposés par son père. La jeune Folorunso, née un 15 juillet 1951 dans le sud-ouest du Nigeria, aurait préféré faire du droit.


Un an après s’être lancée dans la mode, elle est sacrée styliste de l’année 1986-1987. Sa notoriété est faite et le succès est au rendez-vous. Cependant rien n'arrête Folorunso Alakija qui ajoute bientôt une autre activité à son portefeuille de chef d'entreprise, l’impression. A l’origine de cette diversification : la foi. A 40 ans, dame Alakija, qui a grandi dans une riche famille musulmane, se convertit au christianisme. Et elle veut partager sa foi en évangélisant. Il lui faut alors trouver une activité qui ne nécessite pas d'être présente à chaque instant. Digital Reality, société spécialisée dans l'impression, voit le jour. En 2014, lors d'un entretien, Folorunso Alakija affirmait qu'elle était devenue la plus importante du secteur au sud du Sahara. 

Au fil des années, la businesswoman dispose d’un carnet d’adresses bien fourni. Parmi les clientes de Supreme Stitches, l'épouse du dicateur nigérian Ibrahim Babangida. Selon le magazine Forbes, cette relation facilitera son entrée dans l'industrie pétrolière. L'instigateur de cette démarche, raconte-t-elle, est l’une de ses nombreuses connaissances. Cette dernière demande à la milliardaire de s'informer sur les modalités pour acheter du brut. Folorunso Alakija se renseigne… auprès du ministre nigérian en charge du pétrole. Après plusieurs rendez-vous et une multitude d’idées pour faire des affaires dans ce secteur, le responsable nigérian lui donne un précieux conseil.

«Lors de ma dernière rencontre (avec lui), il m’a affirmé que les autorités nigérianes souhaitaient voir leurs ressortissants s’investir dans l’exploration pétrolière», dominée par les multinationales. Après deux ans, en 1993, elle finit par obtenir une licence d’exploitation d'un bloc «dont personne ne voulait» car «difficile à exploiter». OML127 deviendra une mine d'or. Elle vaudrait 7,3 milliards de dollars si l'on s'en tient aux parts de la famille Alakija, d'après une estimation de la revue Ventures Africa publiée en 2013. 

Pour ses 60 printemps en 2011, Folorunso Alakija a publié sa biographie pour partager son expérience Growing with the hand that Gives the rose (Grandir avec la main qui vous donne la rose). La Nigériane aime à se définir comme «une grand-mère, une mère et une épouse». A cela, elle rajoute un autre mot qui lui est cher : philantrope. Folorunso Alakija a créé et est présidente de la fondation The Rose of Sharon qui vient en aide aux femmes et aux enfants.