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Gabon : Ali Bongo face à Jean Ping, deux ennemis jurés s’affrontent dans les urnes

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 27/08/2016 à 09H33, mis à jour le 27/08/2016 à 12H05

Jean Ping à Gauche Ali Bongo à droite
A Gauche, le candidat Jean Ping, ancien dignitaire du régime passé à l'opposition. A droite, le président sortant Ali Bongo, candidat à sa propre succession. Les deux hommes ont travaillé côte à côte durant le règne du président Bongo père, avant de devenir des ennemis jurés. © Photo AFP

Jusqu’au 16 août 2016, le président sortant Ali Bongo apparaissait comme le grand favori de ce scrutin à un tour au Gabon. Puis la campagne a pris un nouveau tournant avec la désignation du candidat Jean Ping pour porter les couleurs de l’opposition. Les deux hommes se connaissent bien. Ils ont travaillé côte à côte du temps du président Bongo père, avant de devenir des ennemis jurés.


Selon le sociologue gabonais Anaclet Bissielo, proche de l’opposition, l’alliance nouée entre les principaux anciens dignitaires du régime gabonais autour du candidat Jean Ping aura un impact majeur sur le résultat final du scrutin.
 
«En désignant un seul chef de guerre, il s’agit de créer un électrochoc chez les électeurs, afin qu’ils n’aient plus peur de voter pour l’opposition malgré les intimidations du pouvoir», confie-t-il à l’AFP. Pour lui, les Gabonais sont conscients que le pays va vers l’impasse s’il n’y a pas d’alternance fin août 2016.
 
Comme ses principaux soutiens, le candidat Jean Ping a longtemps été aux affaires du temps du président Bongo père. Il affirme avoir fait son mea culpa pour les erreurs commises dans le passé, convaincu que les Gabonais vont sanctionner le régime d’Ali Bongo.
 
«Pendant qu’il achète des avions, des Ferrari, des Rolls Royce avec votre argent, vous, vous n’avez pas de routes, pas d’écoles», a-t-il lancé à ses compatriotes, promettant de les «libérer de la dictature». Des accusations balayées par Ali Bongo qui qualifie son principal adversaire de «violent, corrompu et mauvais joueur».
 
«Le changement, c’est maintenant»
Dans le camp du président sortant Ali Bongo, candidat à sa propre succession, on dénonce un marchandage entre vieux politiciens qui n’a aucune chance de porter ses fruits. «Ping a mis le chéquier sur la table et a promis des postes», clame le porte- parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze.
 
Accusé par ses opposants de dilapider les fonds publics, Ali Bongo a promis à ses électeurs de rompre avec l’ancien régime de son père: «Le changement c’est maintenant!, la fin des privilèges indus» aussi, n’a cessé de promettre le président sortant face à ses rivaux septuagénaires qui ont été des proches de son père et qui en ont profité «pour s'enrichir». 
 

Partisans d'Ali Bongo

Des supporteurs du candidat Ali Bongo lors d'un meeting à Lekoni le 23 août 2016. Face à son rival, le président sortant a sorti les grands moyens durant la campagne électorale. © Photo AFP/Marco Longari


«Des armes et des mercenaires»
Le scrutin se déroule dans un climat d’inquiétude très perceptible à Libreville et dans les grandes villes du pays. Les deux camps s’accusent mutuellement d’instrumentaliser la violence.
 
«On découvre des armes partout. On fait venir aussi des mercenaires», accuse le candidat Jean Ping sur son compte Twitter. Alors que ses adversaires qui le traitent de «métis sino-gabonais» l’accusent, de leur côté, de tenir un discours de haine et de prôner la violence.
 
Les électeurs gabonais espèrent que le scrutin organisé ce samedi 27 août se passera bien et que celui qui perdra dans les urnes acceptera sa défaite. Mais comme le redoute un syndicaliste gabonais, «le nombre de frustrés est suffisamment important pour que la moindre étincelle amène les gens dans la rue».
 
Crainte de troubles à l’annonce des résultats
Le régime est confronté à une période budgétaire très difficile du fait de l’effondrement des cours du pétrole, première source de revenus dans ce pays de 1,8 million d’habitants dont plus d’un tiers vit dans la pauvreté.
 
Depuis de nombreux mois, les tensions sociales sont croissantes, avec des grèves dans la fonction publique et dans le secteur privé.
 
Mais personne ne veut plus revivre les violences qui ont éclaté après la présidentielle de 2009. La victoire d’Ali Bongo contestée par l’opposition avait été validée par la Cour constitutionnelle. Des pillages avaient secoué la cité pétrolière de Port Gentil dans l’ouest du pays, faisant plusieurs morts.
 
Beaucoup redoutent donc des troubles à l’annonce des résultats. Certains étrangers, européens comme africains installés au Gabon, ont d’ailleurs décidé de quitter le pays pour la période électorale.