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Gabon: exclus de la société, les pygmées Baka ne peuvent pas voter

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 09/09/2018 à 09H20

Un pygmée pose devant sa maison dans sud Gabon.
Un pygmée pose devant sa maison dans un village de la province de la Nyanga (sud du Gabon). © Therese Di Campo

Au Gabon, les Baka, pygmées chassés des forêts d'Afrique, vivent en communauté à la marge des villes, réfractaires au bruit et à la pollution. «Gabonais à 100%» ils disent pourtant «survivre» s'estimant mis au ban de la société. Sans carte d'identité, les Baka ne pourront pas voter, le 6 octobre 2018, premier tour des élections législatives.


«Comme s'ils n'existaient pas.» Les pygmées, dont le nombre est difficile à évaluer, sont des populations discriminées pour leur petite taille et leur mode de vie. L'un d'eux, Christian, un habitant de Doumassi, village situé dans le nord du Gabon, appartient à l'ethnie Baka. A quelques semaines des élections législatives, il reste pessimiste sur son avenir se plaignant du peu de considération que l'Etat accorde au sort des pygmées. «Moi je suis gabonais, à 100%, mais je n'ai pas la carte d'identité. On nous a promis qu'on l'aurait, mais jusque-là on attend...», s'insurge-t-il. 

«Comment je fais pour envoyer mes enfants à l'école? Comment je fais pour voter? Comment je fais pour avoir les soins?», demande encore Christian qui ne connaît même pas son âge exact, les naissances des populations pygmées étant rarement répertoriées dans des registres.

Fang vs Baka
Les Baka se plaignent en privé des mauvvais traitement que leur infligent les Fang, l'ethnie majoritaire dans la région. Ils se disent être des «étrangers» installés «chez eux». Occultant ce problème d'intégration, un Fang, Patrice Ekang, le chef du village de Doumassi, revendique au contraire une bonne entente. «Nous formons une famille» avec les Baka, «mais vu leur façon de vivre, il faut que ça soit un Fang qui soit à la tête, c'est l'homme fang qui doit les éduquer», dit-il. Car les Fang estiment que les Baka leur sont «inférieurs», notamment en raison de leur plus petite taille.


La coopération entre les deux ethnies existe pourtant: les Fang font appel aux Baka pour leurs talents de chasseurs-pisteurs, ces derniers allant acheter chez les Fang de quoi se ravitailler avant de partir en forêt. «La cohabitation est au beau fixe, pour preuve des Fang se marient avec des Baka!», se réjouit Patrice, ancien gendarme à la retraite de Libreville. Mais Christian est plus nuancé: «Si des hommes Fang viennent chercher des femmes chez nous les Baka, l'inverse n'est pas vrai», regrette-t-il. 

Faute d'être inscrits sur les registres électoraux, les Baka ne pourront pas voter aux législatives, les premières depuis la présidentielle de 2016. D'ailleurs, beaucoup de pygmées ont fait l'impasse sur la politique: ils veulent juste «survivre».