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Gabon : l'état civil d'Ali Bongo au cœur d'une querelle politico-familiale

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 21/12/2015 à 17H52, mis à jour le 22/12/2015 à 12H22

Le président gabonais Ali Bongo en avril 2014 à Paris
Le président gabonais Ali Bongo s'adresse aux journalistes après un entretien avec son homologue français à l'Elysée, le 8 avril 2014. © AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Une des sœurs du président gabonais Ali Bongo Ondimba a eu accès à son extrait de naissance à l'issue d'une procédure judiciaire. Le document, qui se trouve sur le territoire français, est au cœur d'une affaire d'héritage mais surtout d'une controverse politique. L'opposition remet en cause les origines gabonaises d'Ali Bongo, un prérequis pour être candidat à la magistrature suprême au Gabon.


«Onaida Maisha Bongo Ondimba et sa famille (...) sont en possession de l’acte de naissance intégral de Son Excellence Ali Bongo Ondimba depuis plus d’un mois ; curieusement, un silence assourdissant a fait place aux rumeurs en tout genre», a taclé maître Claude Dumont Beghi, l'avocate du chef de l'Etat gabonais, dans une tribune publiée le 18 décembre 2015.

Et de poursuivre: «La question est de savoir si le clan Myboto a peur d’être désavoué publiquement et de reconnaître son échec face à une manipulation politicienne peu glorieuse». Les doutes qu'Onaida Maisha Bongo Ondimba, liée par sa mère aux Myboto, a sur la filiation de son demi-frère ont-ils été levés ou non ? La réponse à cette question n'a pas été encore rendue publique. 

Les origines du chef de l’Etat gabonais constituent l'une des plus importantes polémiques de la scène politique gabonaise. La controverse prend de l’ampleur à l’approche du scrutin présidentiel de 2016 et a été relancée, il y a un an, par le livre du journaliste français Pierre Péan, Nouvelles affaires africaines.

Enjeu politique
L’écrivain affirme qu’Ali Bongo a falsifié son acte de naissance. Selon cette thèse, vigoureusement démentie par la présidence gabonaise qui a porté plainte, il serait en fait un enfant nigérian adopté pendant la guerre du Biafra, à la fin des années 1960. Or, la Constitution stipule qu'il faut être né gabonais pour prétendre accéder à la magistrature suprême au Gabon.

Onaida Maisha Bongo Ondimba est la fille naturelle d'Omar Bongo Odimba. Sa mère Chantal Myboto-Gondjout fut la conseillère de l’ancien chef d’Etat. Elle quitte ses fonctions à la présidence en 2000. Plus tard, Chantal Myboto épouse Paul-Marie Gondjout, actuel secrétaire exécutif adjoint de l’Union nationale (UN), l’un des principaux partis de l’opposition qui a été dissout, puis réhabilité par le régime gabonais début 2015.

Chantal Myboto est également la fille de Zacharie Myboto, président de l’UN. Avant de devenir un opposant au régime d'Omar Bongo, il fut, entres autres, secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) et secrétaire d’État à la présidence de la République. En 2005, Zacharie Myboto s’est présenté à l’élection présidentielle face à Ali Bongo.

«Qu'il (l'actuel dirigeant gabonais) le sache une fois pour toute nous le traquerons partout pour connaître la vérité sur son état-civil et il ne pourra pas comme en 2009 se trouver un Akassaga (Serge Williams Akassaga, ancien maire du IIIe Arr. de la ville de Libreville, a signé un acte de naissance d'Ali Bongo en 2009 qui présenterait plusieurs irrégularités, NDLR),  pour lui établir un autre faux pour espérer se présenter à une quelconque élection même pas celle de député de Bongoville», écrivait Paul-Marie Gondjout dans un post publié sur Facebook le 24 septembre 2015.

La justice française a donné gain de cause jeudi 12 novembre 2015 à Onaida Maisha Bongo Ondimba qui demandait l'accès à l'état civil complet du chef de l'Etat gabonais. Elle avait auparavant essuyé un refus auprès du parquet de Nantes. C'est dans cette ville que le document est archivé au service central de l'Etat civil (SCEC). Ce service délocalisé du ministère des Affaires étrangères est compétent pour les actes de naissance des Français nés à l'étranger, et notamment des ressortissants de ses anciennes colonies jusqu'en 1960, date de leur accession à l'indépendance. 

Après avoir dit en novembre 2014 que l'acte de naissance d'Ali  Bongo ne figurait pas dans ses registres, le SCEC avait délivré le 18 juin 2015 à une association de la diaspora gabonaise proche de l'opposition un extrait de naissance confirmant la version officielle, à savoir qu'il était né le 9 février 1959 à Brazzaville, capitale de Afrique équatoriale française (AEF qui comprenait tout ou partie du Gabon, du Congo, du Tchad, de la République centrafricaine et de l'essentiel du Cameroun après 1919). 

Une affaire d'héritage
Onaida Maisha Bongo Ondimba a saisi la justice dans le cadre d’une querelle de succession. Le juge des référés a estimé en novembre 2015 que la jeune femme de 25 ans a présenté «des éléments sérieux (...) permettant de constater que des doutes existent à propos du lien de filiation entre son frère et leur père commun, compte tenu des incohérences des renseignements figurant dans les actes» et le document pourra lui permettre «soit de lever le doute, soit de contester la part de son frère dans la succession». Dans son ordonnance, dont l'AFP a obtenu copie, il cite notamment un acte de naissance, pour un autre enfant né du même père et de la même mère qu'Ali Bongo le 4 juin 1959, soit moins de quatre mois après l'actuel chef de l'Etat gabonais. 

Selon l'avocat de Mme Ondimba, Me Eric Moutet, la procédure judiciaire engagée en France fait suite à ses tentatives infructueuses pour se procurer le document auprès de l’administrateur de la succession de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba décédé en 2009. Ali Bongo Ondimba serait le seul de ses 53 héritiers à ne pas avoir transmis son état civil, selon la défense d’Onaida Maisha Bongo Ondimba. «Ce n’est pas seulement l’acte d’Ali Bongo que nous poursuivons dans cette succession, c’est la communication de tous les documents, de l’intégralité des éléments de cette succession que nous n’avons pas», expliquait en octobre 2015 Me Eric Moutet, cité par RFI. L'avocat réfute toute dimension politique à cette affaire. 

«Les contours de l'héritage sont encore mal cernés, mais les actifs identifiés se monteraient déjà à plusieurs centaines de millions d'euros», pouvait-on lire dans Voice of Africa». Mais Ali Bongo Ondimba a déjà décidé de ce qu’il ferait de sa part d’héritage. «Tous les revenus tirés de ma part d'héritage (...) seront versés à une fondation pour la jeunesse et l'éducation», avait déclaré le président Ali Bongo à l’occasion de la célébration du 55e anniversaire de l’indépendance du Gabon en août 2015.