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Gécamines, la société minière du Congo, un Etat parallèle en RDC

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 09/11/2017 à 09H37

L'économie RDC repose sur nombreuses matières premières
L'économie de la République Démocratique du Congo repose sur les matières premières (cuivre, cobalt, uranium, or, étain, coltan...) © AFP / LIONEL HEALING

Le secteur minier de la RDC attire des millions de dollars chaque année en investissements privés, mais la population congolaise n’en profite pas vraiment. Selon un rapport du Centre Carter, les deux tiers du 1,1 milliard de dollars de contrats signés par la Gécamines entre 2011 et 2014 n’apparaissent pas dans les comptes de la société. Retour sur un Etat dans l'Etat, foyer de corruption.


La République Démocratique du Congo est un «scandale géologique», aimait dire le président français Nicolas Sarkozy pour évoquer le potentiel minier du pays. Cuivre, Cobalt, uranium, coltan… Le secteur attire des milliards de dollars en investissements privés, mais les Congolais restent parmi les plus pauvres du monde.

«La mauvaise gouvernance (ou les malversations) a permis à la plus grande société minière du pays, la Gécamines, de s'engager dans des transactions minières opaques», affirme le Centre Carter, l’ONG créée en 1982 par l’ancien président américain. «Après l’examen de milliers de documents, le constat est clair: ces transactions dans le secteur minier échappent à toute surveillance publique», estiment les auteurs du rapport Privatisation Congo’s copper sector: a State Affair.

Selon les contrats que les enquêteurs ont pu étudier, la Gécamines a pu générer en moyenne 262 millions de dollars par an entre 2009 et 2014, soit 1,5 milliard de dollars. Une manne dont seulement 5% a été reversée au Trésor public congolais sous forme de taxes et d’avances sur dividendes.

Gécamines: quel statut?
Outre ces questions financières, le Centre Carter dénonce le jeu trouble de la société, qui a officiellement perdu son statut d’entreprise publique congolaise, «mais se sert de son caractère quasi-public pour obtenir des privilèges que ne peuvent avoir les sociétés privées».

La Gécamines peut ainsi transformer ses permis de recherche en licences d’exploitation sans remplir les obligations financières, techniques et environnementales exigées par la loi, «ce qui lui a permis d’amasser près de deux fois plus de permis que ce que prévoit le code minier». «Alors que le code minier de 2002 avait pour objectif de casser le monopole de la Gécamines, celle-ci est au contraire devenue le véritable gardien des ressources minières de la RDC.» La société possède les meilleurs permis miniers du pays et des participations minoritaires dans une vingtaine d’entreprises, au-delà même des limites prévues dans le Code minier congolais.

Des fonds transférés au groupe de Dan Gertler
Le rapport fait également état d’argent transféré vers des proches relations d’affaire du président Joseph Kabila.

Selon les dernières révélations des Paradise Papers, «le géant suisse des mines et du négoce, Glencore, a accordé un prêt de 45 millions de dollars à une entreprise en RDC contrôlée par l'homme d'affaires israélien Dan Gertler». Lequel a servi d'intermédiaire lorsque Glencore cherchait à acquérir à bas prix des droits d'exploitation pour la mine de Katanga en République Démocratique du Congo.

Il est également troublant que Gécamines ait refusé de publier des contrats pour plusieurs transactions minières ayant généré plus d'un demi-milliard de dollars en 2016-2017.
Cela soulève des questions quant à la destination réelle des revenus de la Gécamines, alors que le pays devrait connaître fin 2017 une élection présidentielle importante (repoussée sans doute à la fin 2018). Les conditions sont donc propices à de nouvelles ventes non déclarées et d’éventuels détournements de fonds.