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Grèce,  Europe

Grèce: le parti d'extrême-gauche Syriza favori mais...

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 30/12/2014 à 15H59, mis à jour le 30/12/2014 à 16H53

Alexis Tsipras interrogé par presse en novembre 2014
Alexis Tsipras interrogé par la presse en novembre 2014. © WASSILIOS ASWESTOPOULOS / NURPHOTO

Face à l'impossibilité d'élire un nouveau président de la République, le Parlement grec a été dissous le 29 décembre. Des élections législatives anticipées ont été fixées au 25 janvier 2015. La coalition d'extrême-gauche Syriza est placée en tête des sondages. Son charismatique leader, Alexis Tsipras, n'a pourtant pas la victoire assurée.

«C'est un jour historique. Avec la volonté du peuple, dans quelques jours, les plans d'austérité appartiendront au passé, l'avenir peut commencer», a lancé lyrique Alexis Tsipras, le chef de Syriza à l’annonce de la dissolution du Parlement.

Pourtant, selon de nombreux observateurs, une fois au pouvoir, Tsipras rentrera dans le rang, car il n’aura pas le choix de négocier le plan de sauvetage.
Ainsi dans Libération, le politologue Ilias Nicolacopoulos précise : «Le programme de gouvernement adopté par le parti en septembre n’est absolument pas un programme de rupture. C’est une plateforme minimale, très éloignée de son projet d’origine pour une Grèce socialiste.»
 
Syriza à l'épreuve de la campagne électorale
Au sein même de Syriza, on sent que l’extrême-gauche craint un abandon des idées les plus sociales au profit d’un «consensus national» (sic) réclamé par certains membres. «Ces déclarations ne nous renforcent pas sur le chemin de la victoire politique. Au contraire, elles créent la confusion et réduisent la possibilité d’un effectif gouvernement de gauche», écrivent conjointement Sofia Dermetzoglou et Michael Vergitsis, membres du comité central de Syriza et du parti trotskyste DEA.
 
L’assemblage hétéroclite de partis au sein de Syriza n’aide pas à la conquête du pouvoir. Communistes, trotskystes, écologistes, socialistes, la coalition d’une bonne demi-douzaine de partis résistera-t-elle à la campagne électorale ? Cette coalition devra encore s’élargir pour obtenir une majorité à l’Assemblée. La surenchère inévitable en campagne électorale risque de faire fuir les électeurs.
En cas de victoire, à la tête d’un tel attelage, Alexis Tsipras risque d’avoir du mal à gouverner.

Le camp de la colère contre celui de la peur
Peur contre colère. C’est ainsi que le quotidien grec Ekathimerini présente l’enjeu des futures élections du 25 janvier 2015.
La peur de ceux qui se disent que la Grèce ne peut pas se passer de l’Europe. Que le pays doit accomplir la cure d’austérité imposée, pour revenir dans les rails.
La colère de cette partie de la population, plutôt jeune, qui veut punir le gouvernement pour la hausse des taxes, et sa politique politicienne de petits arrangements.
 
Ce camp de la colère se retrouve en grande partie sous l’étendard de Syriza. La coalition est donnée victorieuse. Selon un sondage publié le 17 décembre 2014 dans le journal To Ethnos, l’écart était de cinq points avec la Nouvelle Démocratie, le parti de l’actuel Premier ministre Antonis Samaras.

Est-ce que le camp de la peur remonte?
Mais cette avancée s’effrite. Un nouveau sondage ne donne plus que trois points d’avance 28,1%  contre 25,1%. Un sondage réalisé la veille de la dissolution du Parlement.
Autre problème pour Syriza, l’ancien Premier ministre socialiste George Papandréou a décidé de créer un nouveau parti, se démarquant un peu plus du Pasok, au pouvoir avec la droite. Certains déçus du Pasok venus chez Syriza pourraient du coup faire défection et rejoindre Papandréou.

Quel sera également le poids des déclarations des dirigeants des instances européennes? Jean-Claude Junker puis Pierre Moscovici ont rappelé le bien fondé de la politique de rigueur menée. Des propos qui sonnent comme un soutien à Samaras. Certains électeurs grecs pourraient être convaincus.

Pour Alexis Papachelas, éditorialiste du Ekathimerini, le réalisme sera la clé des élections. Réalisme d'une partie des électeurs qui, malgré leurs frustrations, sont conscients des enjeux qui attendent le pays. Selon Papachelas, «ils ne mettront pas à la barre du navire des capitaines qui n’ont ni carte ni boussole.»