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Grèce: Syriza, la gauche de la gauche, premier parti du pays?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 11/02/2014 à 10H10, mis à jour le 11/02/2014 à 10H12

Syriza Tsipras
Le leader de Syriza, Alexis Tsipras, lors d'un meeting en 2013. © SAKIS MITROLIDIS

Le parti Syriza (sorte de Front de gauche) a le vent en poupe en Grèce. A la veille d’élections locales et des Européennes, ce parti dirigé par Alexis Tsipras serait, selon les sondages, en train de devenir le premier parti du pays. Devant les partis traditionnels et l’extrême-droite Aube dorée.

Dans une Grèce en totale déconfiture, dont les hommes politiques sont déconsidérés dans toute l'Europe, le leader de Syriza, Alexis Tsipras, se taille un costume de responsable international. La gauche de la gauche européenne (avec notamment le Front de gauche en France ou Die Linke en Allemagne) en a fait son candidat au poste de président de la Commission européenne, après les élections européennes. Une consécration pour cet homme et ce parti dont le combat contre la politique européenne menée en Grèce est devenu, aux yeux de ses partisans, le symbole d'une autre Europe.

L'ascension de Tsipras et de Syriza
Syriza a d'abord été une coalition de petits partis de gauche, de groupes communisants et écologistes, née dans les années 2000 avant de devenir un véritable parti. Il a vraiment émergé lors des élections de juin 2012. Il a alors obtenu plus de 26% des voix, devançant l’historique Parti socialiste grec (Pasok), qui ne cesse de s’effondrer, même s’il continue à gouverner dans une coalition avec le Parti conservateur (Nouvelle Démocratie du premier ministre Antonis Samaras). Une partie de la progression de Syriza se faisant au détriment du Parti communiste grec (KKE).

Aujourd'hui, les sondages placent Syriza en tête de tous les partis, ce qui en cas de législatives anticipées lui permettrait d'arriver au pouvoir. «Le retournement dont nous rêvions, pour lequel nous nous sommes battus afin de délier le pays du mémorandum (d'austérité) est à notre portée», a déclaré Alexis Tsipras lors d'un discours devant le comité central de son parti. «L'heure des comptes» est arrivé pour «un système politique usé, une élite économique corrompue qui a mené la Grèce et son peuple à la tragédie d'aujourd'hui; l'heure du peuple et de Syriza est arrivée», a-t-il ajouté début février.
              
La tenue en mai des élections européennes, mais aussi municipales et régionales en Grèce sera «un véritable référendum contre le gouvernement du mémorandum et de la subordination», a assuré le leader du parti. Mais le Premier ministre a tenu à doucher les espoirs d'élections anticipées. «Je le redis clairement: nous irons aux élections en 2016 que ça plaise ou non», a affirmé Antonis Samaras.

Un parti pro-européen
Syriza est dans le même groupe parlementaire (Le Groupe gauche unie et gauche verte du Nord, GUE/NGL) que le Front de gauche (PC et parti de gauche) ou Die Linke au Parlement européen. Son leader a même été désigné comme candidat au poste de Baroso pour cette force politique dans le prochain Parlement européen. «Alexis Tsipras est l’autre visage de l’Europe», a affirmé début février Jean-Luc Mélenchon lors d'une visite du leader grec à Paris.

3 février 2014. Rencontre à Paris entre Alexis Tsipras et Jean-Luc Mélenchon. Les deux hommes insistent sur l'importance des élections aux Européennes pour «rompre avec l'Europe de l'austérité»

Très critique vis-à-vis des politiques européennesaujourd’hui, un nouveau «mur de l’argent» est bâti en Europe par le néolibéralisme et son gros bras – la soi-disante «Banque Centrale Européenne» qui est seulement la réplique parfaite de la Bundesbank. Un «mur de l’argent» qui ne stabilise pas mais, au contraire, menace la zone euro»), le parti de la gauche de la gauche grec ne remet pas en cause l'Europe, ni l'euro mais les choix politiques qui ont été faits, notamment dans les pays d'Europe du Sud.

«Les deux Europe vont être confrontées» aux élections de mai, résume Mélenchon, celle «des sociaux-démocrates et des conservateurs » alliés pour poursuivre les politiques actuelles, face à celle de «l’alternative incarnée par le dirigeant politique grec».

«La solution, ce ne sont pas de nouveaux emprunts. La solution, c'est moins d'emprunts et moins de dettes», estime Alexis Tsipras. La démarche de Syriza s’inscrit dans le cadre de l'actuelle Europe. Le parti, pourtant très sévère avec la politique européenne, notamment à l’encontre de la Grèce, n’évoque pas de sortie de la Grèce de l’UE. Au contraire, il souhaite régler la question de la dette en faisant des propositions qui s'inscrivent tout à fait dans le cadre européen:

«-Réduction significative de la valeur nominative de sa dette publique cumulée, moratoire sur le service de la dette, afin que les sommes conservées soient affectées au redressement de l’économie ;
-instauration d’une «clause de développement», afin que le remboursement de la dette ne tue pas dans l’œuf le redressement économique ;
-recapitalisation des banques, sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.»

Les propositions de la gauche de la gauche grecque sur un abandon d'une partie de la dette sont loin d’être extrémistes puisqu’elles rejoignent quasiment celles du FMI qui critique de plus en plus les plans d’austérités imposés à la Grèce. Sans même parler des critiques qui ont secoué la commission européenne et les instances internes du FMI sur les choix imposés à Athènes (notamment sur le non effacement d’une partie de la dette).

Tsipras Europe
Copie du site internet «Change Europe» en faveur de la candidature d'Alexis Tsipras au poste de président de la Commission européenne. © DR

Le 25 mai, «nous serons la surprise»
En bon chef de parti de gauche, Alexis Tsipras souhaite adosser ces mesures «à des réformes visant à une plus juste répartition des richesses. En finir avec la crise implique en effet de rompre avec le passé qui a permis de l’engendrer : œuvrer à la justice sociale, à l’égalité des droits, à la transparence politique et fiscale, bref à la démocratie. Un tel projet ne pourra être mis en œuvre que par un parti indépendant de l’oligarchie financière, cette poignée de chefs d’entreprise qui ont pris l’Etat en otage, d’armateurs solidaires entre eux et ─ jusqu’en 2013 ─ exemptés d’impôt, de patrons de presse et de banquiers touche-à-tout (et en faillite) qui portent la responsabilité de la crise et s’efforcent de maintenir le statu quo.»

Une analyse qui permet à Siryza de critiquer sévèrement les deux partis au pouvoir qui gèrent le pays depuis 1974, Nouvelle Démocratie et Pasok. «Le pacte informel qui, depuis la dictature, soude le patronat et l’hydre à deux têtes du bipartisme», comme l’écrit Tsipras.

Son combat pour la Grèce rejoint sa lutte pour une autre Europe. «Nous pouvons envahir la Bastille du néolibéralisme global qu'est l'actuelle Europe néolibérale». Condamnant «l'extrême droite populiste qui représente le plus grand drame de l'Europe», particulièrement en Grèce où «Aube Dorée prétend être une force anti-système mais n'est rien d'autre que le bras armé du système», le candidat du PGE affirme: «Le 25 mai (soir des élections européennes, Ndlr) nous serons la surprise.»