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Grève de la police au Brésil: un moyen de pression aux conséquences tragiques

Par Jacques Deveaux@GeopolisFTV | Publié le 10/02/2017 à 15H00

Patrouille l'armée dans rues Vitoria
Patrouille de l'armée dans les rues de Vitoria, le 7 février 2017. © AE/Wilton Junior

Dans l’Etat d’Espirito Santo, la grève des policiers dure depuis six jours. Conséquence: la délinquance explose et on compte déjà 101 morts en 6 jours. Ce n’est pas la première fois que la police fait grève au Brésil. En 2014, un mouvement identique à Salvador de Bahia a duré 48 heures et provoqué la mort de 39 personnes.


En avril 2014, la police de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil, a fait grève durant 48 heures. La ville allait accueillir des matchs de la Coupe du monde de football quelques semaines plus tard, ce qui bien sûr créait une formidable caisse de résonance. Les policiers réclamaient une hausse des salaires et la révision de leur plan de carrière. Des revendications rapidement acceptées, peut-être en raison de la flambée de violence que cette grève a entraînée. Pharmacies, supermarchés, magasins en tout genre ont été le théâtre de pillages. Pire, 39 personnes ont été tuées, malgré l’arrivée des forces armées pour assurer la sécurité.
 
Le même scénario se reproduit aujourd’hui, cette fois dans l’Etat d’Espirito Santo. Depuis six jours, les familles des policiers bloquent l’accès aux commissariats. Un mouvement par procuration puisque les policiers n’ont pas le droit de manifester. Ils réclament un doublement des salaires et de meilleures conditions de travail.
 
Selon le syndicat de police, et en l’absence de chiffres officiels, l’absence de la police dans les rues a déjà provoqué une augmentation des homicides qui ont été multipliés par six. 101 personnes ont trouvé la mort, malgré le déploiement de 1200 militaires et policiers fédéraux. Cette fois encore, on ne compte plus les pillages et, selon les commerçants, le montant de ces vols s’élève à 27 millions d’euros. Des parachutistes et des véhicules blindés vont être envoyés en renfort, alors que les négociations piétinent.
 
Un moyen de pression
La grève est devenue au Brésil un moyen habituel pour les syndicats de policiers de faire entendre leurs revendications. En 2012, un mouvement similaire avait déjà éclaté dans l’Etat de Salvador de Bahia pour réclamer une hausse des salaires. Cette fois, c’est l’approche des festivités du carnaval qui permettait de faire pression sur le pouvoir.
 
La justice avait déclaré la grève illégale. Et là encore, le mouvement avait provoqué une explosion des homicides, avec une hausse de 117% (soit 50 morts en quatre jours de grèves). Le gouverneur de l’Etat avait accusé des policiers de s’en prendre à la population. «Un groupe de policiers, faisant usage de méthodes condamnables, intimide la population et est à l'origine de désordres à divers endroits de l'Etat». Selon le gouverneur, des mandats d’arrêt avaient même été pris à l’encontre de policiers grévistes. Une fois encore, l’armée avait été appelée en renfort.
 
Les regards se tournent désormais vers Rio de Janeiro où la police pourrait également se mettre en grève. Depuis des mois, l’Etat de Rio ne paie plus ses fonctionnaires à temps. Face à la grogne des policiers, les autorités ont assuré que les paiements étaient en cours.