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Guerre de succession au Zimbabwe sous le regard attentif de Pékin

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 15/11/2017 à 15H36, mis à jour le 15/11/2017 à 15H45

Robert Mugabe en grande discussion avec général Chiwenga 14 novembre 2017
Robert Mugabe en grande discussion avec le général Chiwenga, auteur du coup de force, le 14 novembre 2017 © Philimon Bulawayo/ reuters

Robert Mugabe assigné à résidence, sa femme Grace réfugiée en Namibie, selon la BBC: le paysage politique a basculé en une nuit au Zimbabwe. Le chef de l'armée à l’œuvre dans ce coup de force est entré en conflit ouvert avec président Mugabe depuis le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa, proche des milieux militaires et de Pékin. La Chine devenue le principal investisseur dans le pays.


Ce coup d’Etat qui ne dit pas son nom intervient alors que Robert Mugabe, au pouvoir depuis 37 ans, avait été officiellement investi en vue de l’élection présidentielle de 2018. Mais vu son grand âge, 93 ans, la bataille pour sa succession faisait rage depuis plusieurs mois.

Sa femme, Grace, avait clairement fait connaître son intention de prendre la succession de son mari à la tête de la ZanuPF, le parti de la lutte pour l’indépendance. Condition nécessaire pour lui succéder au pouvoir.

Le déploiement des blindés dans les rues de Harare fait suite au limogeage, il y a une semaine, du vice-président Emmerson Mnangagwa. Ce vétéran de la Guerre de libération, ancien dirigeant du renseignement militaire, a longtemps été présenté comme le dauphin du président Mugabe. Emmerson Mnangagwa était le principal obstacle dans l’accession présumée de Grace Mugabe au pouvoir.

Guerre de succession sur fond de crise
L'armée a également arrêté ce mercredi 15 novembre le ministre zimbabwéen des Finances, Ignatius Chombo, l'un des principaux membres de la faction dite du «G40», dirigée par l'épouse de Mugabe. 
Le porte-parole de l’armée a justifié ainsi ce coup de force: «Nous ne ciblons que des criminels autour du président Mugabe, qui commettent des crimes qui causent des souffrances sociales et économiques dans le pays afin de les traduire en justice», a déclaré le général SB Moyo.

Une guerre de succession sur fonds de crise économique. Les biens importés ne peuvent plus être payés, faute de devises et l'inflation atteindrait 50% par mois. 
La situation est d’autant plus critique que le gouvernement ne pourra certainement pas compter sur l’aide des prêteurs multilatéraux alors qu’il doit encore rembourser 1,6 milliards de dollars d’arriérés à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement.

Groupes miniers chinois
L’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, proche des milieux d'affaires, affirme vouloir revitaliser l’économie en renouant avec la Banque mondiale et le FMI et même faire revenir des milliers de fermiers blancs, chassé leurs terres. Il faut dire que le pays a vu sa production agricole chuter drastiquement après le lancement de la réforme agraire en 2000, aggravée en 2016 par la sécheresse.

Emmerson Mnangagwa, en liaison avec l’armée, souhaite surtout ouvrir son pays aux grands groupes miniers. Le très riche sous-sol du pays intéresse tout particulièrement les groupes chinois, très liés à la hiérarchie militaire zimbabwéenne dans l’exploitation des ressources du pays. 
Quelques jours avant son coup de force, le chef de l'armée zimbabwéenne, le général Chiwenga était en visite de routine à Pékin.