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Syrie,  Moyen-Orient,  Europe

Guerre en Syrie : l’Allemagne, toujours terre d’asile sur le Vieux Continent

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 03/09/2015 à 11H09, mis à jour le 04/09/2015 à 11H31

L'Allemagne accueille réfugiés syriens
Image composite constituée de captures d'écran (Twitter et «Bild»). © DR

Des Syriens reconnaissants et des Allemands prêts à aider. Une éclaircie au moment où le conflit syrien participe à l'aggravation de la crise migratoire qui fait rage en Europe. Au point de menacer l'un de ses piliers, les accords de Schengen.


Après les démonstrations d’affection des Syriens à l'adresse de l'Allemagne sur les réseaux sociaux, c’est au tour des Allemands d’envoyer des mots doux aux réfugiés. A Dresde, fief du mouvement anti-immigration Pegida, des militants anti-racistes brandissaient le 29 août 2015 des pancartes où on pouvait lire «Refugees Welcome» (bienvenue aux réfugiés). Un slogan devenu le hashtag (#RefugeesWelcome) de ralliement du mouvement pro-réfugiés lancé par Bild, le grand quotidien populaire allemand, qui a récemment titré Wir helfen (Nous aidons). De nombreuses personnalités se sont également jointes à l'initiative. A l'instar de la comédienne Veronica Ferres, connue notamment pour avoir incarné la chancelière allemande dans un téléfilm romantique qui imaginait une liaison entre elle et le président français. 

Capture écran site Bild

Capture d'écran du magazine allemand «Bild» © DR


A l'origine de cette histoire d'amour entre Syriens et Allemands, un tweet de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge, BAMF). Il indiquait que les réfugiés syriens bénéficieraient d’un traitement exceptionnel au regard de l’accord de Dublin dans la République fédérale. Le texte stipule qu’un réfugié ne peut demander l’asile que dans le pays européen où il est arrivé pour la première fois. Le déferlement de tendresse à l'égard de l'Allemagne et de sa chancelière Angela Merkel a été relayé par la BBC et plusieurs médias allemands.







Plus qu'une volonté affichée
Le récent élan de solidarité envers les réfugiés qui traverse l'Allemagne ne fait pourtant pas l'unanimité. D'où la fermeté dont a fait preuve la chancelière Angela Merkel le 26 août 2015, alors qu'elle visitait un foyer de réfugiés à Heidenau (Saxe), près de Dresde. Elle s'est d'ailleurs fait huer à son arrivée. 

«Il faut le dire clairement : il n'y a aucune tolérance vis-à-vis de ceux qui remettent en question la dignité d'autrui», a-t-elle déclaré en réponse à la multiplication d'attaques de centres de réfugiés. «Si le maximum de gens pouvait le dire clairement (...) à travers leur travail, mais aussi dans des conversations avec des proches, des amis ou en famille, nous serions d'autant plus forts et meilleurs pour faire face à cette tâche (l'accueil des réfugiés).» 

L'afflux massif de réfugiés syriens en Europe au cours de l'été 2015 met en relief les efforts constants de l'Allemagne depuis le début de la guerre en Syrie. Il est «de loin le (principal) pays d’origine des demandeurs d’analyse», explique l’ONG allemande Pro-Asyl. «Les victimes de ce conflit, qui dure depuis plus de quatre ans, représentaient en 2014 presque un quart (23%) de toutes les demandes d’asile en Allemagne. Un dossier sur 10 déposé par des Syriens n’est pas traité. Si l’on excepte ces refus, les Syriens demandeurs d’asile obtiennent satisfaction dans 100 % des cas.»

Top 10 pays d'origine demandeurs d'asile en Allemagne en juillet 2015
Top 10 des pays d'origine des demandeurs d'asile en Allemagne en juillet 2015 © BAMF

En 2014, la République fédérale accueillait ainsi plus de Syriens que n’importe quel autre pays européen. L'année précédente, il était déjà le pays industriel qui recevait le plus de demandes d’asile. La République fédérale attend 800.000 réfugiés en 2015, un nouveau record européen. La raison : la situation des réfugiés dans les pays de transit comme la Turquie et le Liban ne cesserait d'empirer, a confié Manfred Schmidt, le président de l'Office fédéral de l'immigration et des réfugiés allemand (BAMF), à la version internet du Spiegel. Hors, nombre de réfugiés qui tentent de rejoindre l'Allemagne viendraient du Liban. Ainsi, «200 000 familles syriennes» pourraient rallier la République féférale, selon le responsable du BAMF. 

Réfugiés : le nouveau modèle allemand ?
Entre avril 2011 et juillet 2015, ce sont 348.540 Syriens qui ont demandé l’asile en Europe dont 138.014 pour l’année 2014, explique l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Même si le chiffre est en hausse, seulement 6% de Syriens ont tenté de trouver refuge dans l'Union. Le régime d’exception, dont ces derniers font désormais l’objet sur le Vieux Continent, suscite même la convoitise. «Il y a des personnes (...) en Turquie (qui) achètent des faux passeports syriens parce qu'elles ont évidemment compris qu'il y a un effet d'aubaine (...) : les Syriens obtiennent le droit d'asile dans tous les Etats membres de l'Union européenne», a indiqué Fabrice Leggeri, le directeur exécutif de l’Agence européenne de surveillance des frontières (Frontex) sur Europe1 le 1er septembre 2015. 

Selon le HCR, plus de 300.000 réfugiés et migrants ont ainsi traversé la Méditerranée pour l'Europe depuis le début de cette année : quelque 200.000 personnes ont rejoint la Grèce (en provenance de zones de conflit comme la Syrie, l'Irak et l'Afghanistan), et 110.000 l’Italie. En 2014, ce chiffre était de 219.000. Mais la pression migratoire se concentre sur les frontières extérieures de l'Europe. La Hongrie s'est rajoutée à la liste de ces pays de l'Union dépassés par leur flux migratoire. 

«Si on n'arrive pas à une répartition équitable (des réfugiés en Europe) alors la question de (l'avenir de la zone de libre-circulation) Schengen se posera. Nous ne voulons pas ça», a déclaré le 31 août la chancelière allemande Angela Merkel. «L’Europe doit faire ses preuves en tant que communauté de solidarité», affirmait quelques jours plus tôt son ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière. Soulignant que «le défi» n'était pas «insurmontable», il a néanmoins rappelé que son pays ne pouvait «continuer sur le long terme d’absorber environ 40% des migrants arrivant en Europe.»

En ce qui concerne les Syriens, la majorité des quatre millions de personnes réfugiées se trouve en Turquie, au Liban et en Jordanie.