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Guinée-Bissau: les fonctionnaires ne désarment pas et veulent des augmentations

Par Catherine Le Brech avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 12/07/2018 à 16H08

Le président Guinée-Bissau José Mario Vaz 10 avril 2017
Le président de la Guinée-Bissau, José Mario Vaz, le 10 avril 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire. © SIA KAMBOU / AFP

A l’appel du Syndicat national des Travailleurs de la Guinée-Bissau (UNTG), les fonctionnaires se sont mis en grève pour exiger une revalorisation des salaires dans la fonction publique et une nouvelle grille salariale. Ils ont défilé dans les rues de Bissau, le 11 juillet 2018. Depuis 2015, le pays connaît une crise politique et sociale.


En ce 11 juillet 2018, un millier de fonctionnaires de Guinée-Bissau ont marché pour demander au gouvernement d’Aristides Gomes qu’il augmente leurs salaires. En un mois et demi, le pays a connu cinq mouvements de protestation des serviteurs de l’Etat et une grève de trois jours en juin pour les mêmes raisons.
 
La grogne remonte à août 2015, après la chute du gouvernement de Domingos Simoes Pereira destitué par le président José Mario Vaz, élu en juin 2014. Depuis lors, le pays connaît des turbulences politiques et des revendications sociales.
 
Le Journal de Conakry rapporte que «les secteurs du transport, du commerce et de l’Education nationale» n’ont pas été touchés. Parmi les manifestants figuraient notamment des agents de la fonction publique hospitalière. 8000 personnes sont des adhérents de l'UNTG, la centrale la plus représentative de la fonction publique qui compte 13.000 fonctionnaires. Son secrétaire général Julio Mendonça a déploré le manque de consensus entre les instances syndicales et le gouvernement conduisant à l’impasse.
 
Le syndicat réclame un relèvement du salaire minimum des agents de l’Etat de 19.200 francs CFA (environ 29 euros) à 59.000 francs CFA (près de 90 euros) et de meilleures conditions de travail.

En septembre 2017, les autorités n’avaient pas hésité à bloquer le versement des salaires de 4000 fonctionnaires au prétexte qu’il y avait de nombreux emplois fictifs dans la fonction publique.  
 
Les députés augmentés de 23,5%
Selon l’AFP, les manifestants avaient pour slogans «A bas les députés payés pour ne rien faire» ou «Nous exigeons des salaires dignes et de meilleures conditions» de travail.
 
Même si elle n’a pas été officiellement confirmée, l’augmentation des salaires des députés a mis le feu aux poudres. Selon des sources parlementaires relayées par l’AFP, ils sont passés de 650.000 francs CFA à 850.000 francs CFA (d'environ 990 à 1.295 euros) fin mai 2018 – soit une hausse de 23,5% de leurs émoluments. Les 102 parlementaires ont par ailleurs reçu un 4X4 chacun, ajoutant à la colère des grévistes.
 
En réponse aux demandes des fonctionnaires, le Premier ministre Aristides Gomes a déclaré début juillet: «Les revendications des agents de l'Etat sont justes mais la méthode utilisée (...) n'est pas appropriée car ce gouvernement n'a pas les moyens de prendre en charge leurs revendications. Il a été formé pour organiser des élections et expédier les affaires courantes.»
 
Six gouvernements depuis trois ans 
En effet, pour rétablir une stabilité politique dans ce petit pays de 1,6 million d’habitants, qui a connu six gouvernements depuis 2015, un accord de sortie de crise a été conclu au sommet extraordinaire de la Cédéao, le 14 avril 2018 à Lomé. Il a permis la nomination d’un nouveau Premier ministre de consensus, Aristides Gomez. Lequel a été chargé de conduire le pays aux législatives le 18 novembre (la présidentielle est prévue en 2019) et de remettre en marche les travaux du Parlement, qui s'est réuni le 19 avril pour la première fois en deux ans.
 
En juin 2018, le budget de l’Etat qui s’élève à 212 milliards de francs CFA (environ 324 millions d'euros) a enfin été adopté. Et Aristides Gomes a estimé qu’il allait «falloir continuer à travailler dans la même ligne, tout en apportant des réformes dans les institutions chargées de faire entrer les recettes».
 
Mais depuis trois ans, les tensions politiques font craindre un retour de l’instabilité dans cette ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1973.