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Politique,  Guinée,  Afrique

Guinée : neuf ans après, le massacre du stade de Conakry bientôt en procès

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 01/01/2018 à 10H08, mis à jour le 01/01/2018 à 13H35

Morgue Conakry
Le 28 septembre 2009, les corps des victimes affluent à la morgue de Conakry. Certains seront ensuite enlevés par des militaires et enterrés dans des fosses communes. © Photo Reuters

L’année 2018 débute sur une note d’espoir pour les victimes du massacre du 28 septembre 2009 à Conakry. Ils ont appris avec soulagement que l’instruction judiciaire vient d’être close après neuf ans d’enquête. En attendant le procès qui s’annonce, retour sur ce crime de masse qui a traumatisé des milliers de familles.

Le procureur guinéen en charge de ce dossier est formel : «Qu’on le veuille ou pas, cette affaire sera jugée en Guinée. Je ne sais pas quand, mais elle sera jugée», a-t-il martelé devant la presse, en précisant que pour ces crimes de masse, il n’y a pas de délais, pas de prescription non plus.

Des dizaines de femmes violées, des opposants mitraillés, d’autres portés disparus. Une journée de triste mémoire qui hante la mémoire des Guinéens.

Ce 28 septembre 2009, le stade de Conakry est plein à craquer. Des milliers d’opposants se sont rassemblés pour dire non à la candidature du chef de la junte militaire guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui a pris le pouvoir par les armes en décembre 2008. Il veut se présenter à l'élection présidentielle.
 
La veille, il a interdit toute manifestation dans la capitale. La répression menée par ses hommes est brutale. Ils tirent à bout portant. Ils violent et massacrent tout sur leur passage. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch font froid dans le dos.

«Ils tirent à bout portant et violent des dizaines de femmes»
Un homme rescapé du massacre raconte: ils «sont entrés par le grand portail du stade. Ils ont commencé à tirer directement sur la foule. J’ai entendu un soldat crier : "Nous sommes venus faire du nettoyage!" J’ai décidé de courir à la porte située à l’extrémité. J’ai vu de nombreux corps gisant sur la pelouse.»

Un dirigeant de l’opposition présent ce jour-là à la tribune du stade: «Les soldats ont mis les portes en métal sous tension en coupant les câbles électriques avant d’encercler le stade. Ils sont ensuite entrés dans le stade en tirant. Les gens tombaient. C’était incroyable. Il y avait des cadavres partout.» 
 
Des viols collectifs et des violences sexuelles particulièrement cruelles ont été commis contre des dizaines de filles et de femmes présentes au stade, souvent avec une brutalité extrême. Certaines victimes sont mortes suite aux blessures infligées.

Une enseignante âgée de 35 ans à l’époque raconte à Human Rights Watch: «Lorsque les tirs ont commencé, j’ai essayé de courir, mais (les soldats) m’ont attrapée et traînée au sol. L’un d’eux m’a frappé deux fois sur la tête avec la crosse de son fusil. Et quand je suis tombée, les trois se sont jetés sur moi. Deux m’ont maintenue à terre tandis que l’autre me violait. Ensuite le second m'a violée, puis le troisième. Ils me battaient tout le temps.»
 
Puis elle décrit le calvaire d’une jeune femme violée à ses côtés. «A environ trois mètres, une autre femme avait été violée. Lorsqu' ils ont fini, l'un d'entre eux a pris sa baïonnette et l'a enfoncée dans son vagin. J'ai vu cela, juste à côté de moi... J'ai été tellement effrayée qu'ils ne le fassent à moi aussi.»

Arrestation d'un manifestant l'opposition au stade Conakry
Un manifestant de l'opposition brutalisé par des militaires le 28 septembre 2009 au stade de Conakry. © Photo AFP/Seyllou Diallo

Des unités de la garde présidentielle à l'œuvre
Selon une enquête menée par Human Rights Watch, le massacre était prémédité et a été perpétré par des unités d’élite de la garde présidentielle.

Depuis son exil doré du Burkina Faso, le capitaine Moussa Dadis Camara, au pouvoir à l'époque des massacres, a toujours nié être responsable de cette tragédie. Il avait accusé son aide de camp, le lieutenant Toumba Diakité d’avoir supervisé cette opération. Excédé, ce dernier lui avait tiré une balle dans la tête.

Laissé pour mort, Dadis Camara avait été évacué le 3 décembre 2009 pour des soins au Maroc avant de trouver refuge à Ouagadougou, au Burkina Faso. C'est là que des juges guinéens l'ont auditionné et inculpé le 8 juillet 2015. Les familles des victimes attendent maintenant qu'il soit extradé et traduit enfin en justice.

Le procureur guinéen en charge de ce dossier a d’ores et déjà pris un arrêté créant un comité de pilotage en vue de la préparation matérielle du procès qui devrait durer entre 8 et 10 mois.

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont annoncé des contributions financières qui viendront s’ajouter au budget fourni par l’Etat guinéen.