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Politique,  Guinée

Guinée: plusieurs ONG accusent les forces de l’ordre de torture

Par Charles Bonnaire@GeopolisAfrique | Publié le 12/07/2017 à 11H13, mis à jour le 12/07/2017 à 15H04

Des voitures police guinéenne dans rues Conakry
Des voitures de la police guinéenne dans les rues de Conakry pendant une manifestation en octobre 2015.  © CELLOU BINANI / AFP

L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) publie un rapport en partenariat avec plusieurs ONG guinéennes dans lequel plusieurs cas de tortures sont dénoncés. Ce rapport d’une soixantaine de pages décrit quatre exemples de torture qui ont eu lieu entre 2010 et 2013.


«L’aveu est la reine des preuves en Guinée.» Et pour l'obtenir, les forces de l’ordre guinéennes sont accusées d’avoir recours à la torture. Selon Clément Boursin, responsable des programmes Afrique au sein de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), il existe une forme d’impunité dans un pays qui affiche pourtant sa volonté de lutter contre ces pratiques.
 
La peur de porter plainte
Ce rapport est le fruit d’un travail sur le terrain de plusieurs ONG guinéennes, qui ont mené des enquêtes sur plusieurs années. L’objectif affiché par l’ACAT était de renforcer les capacités des associations locales pour leur permettre d’être plus efficaces dans la recherche de preuves. Parmi les cas recensés, il y a celui de deux mineurs accusés par la police de vol d’or. Les forces de l’ordre les auraient ligotés, battus et privés de nourriture pendant plusieurs jours, avant finalement que la justice ne les relaxe. Depuis, leurs familles n’ont toujours pas porté plainte.
 
Pourtant, la torture est bien incriminée en Guinée depuis juillet 2016, après l’adoption d’un nouveau Code pénal. Cette interdiction est encore peu connue dans le pays, selon Clément Boursin, qui y voit l’une des raisons principales de cette pratique parmi les forces de l’ordre guinéennes. Pour les victimes, il existe parfois une crainte de représailles de la part de leurs tortionnaires. De plus, les associations dénoncent des procédures judiciaires qui aboutissent peu, avec une justice laxiste envers les auteurs.
 
L’«habitude des forces de l’ordre»
Pour l’association ACAT, il faut imposer une «tolérance zéro» à l’encontre des policiers qui pratiquent des traitements inhumains. Pour chaque cas, l’association chrétienne détaille certaines recommandations pour le gouvernement guinéen. La première d’entre elles est la ratification du protocole facultatif de la Convention contre la torture et les peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants qui impose la création d’organes chargés d’organiser la prévention contre la torture. Une recommandation qui semble avoir un écho positif parmi les autorités guinéennes, tandis que le pays l’a signée en 2005 sans l’avoir ratifiée. 
 
Toutefois, les autorités dénoncent des agissements locaux, même si Clément Boursin y voit «une habitude des forces de l’ordre». En avril 2016, un nouveau cas de torture avait été relayé dans la presse. Dans une vidéo postée sur internet, des forces de l’ordre se livraient à des actes de torture sur un homme d’une trentaine d’année. Le gouvernement guinéen a dénoncé ces actes et une enquête a été diligentée. 
 
Des promesses mais «rien n'est fait»
Pour les ONG, lutter contre les impunités ne changera pas la situation si une vraie politique de prévention n’est pas mise en place. Pour Clément Boursin, il existe matière à rester optimistes, et pour cause, les autorités «étaient satisfaites, selon l'ACAT, que ce soit le travail d’ONG guinéennes» et pas celui d’humanitaires étrangers venus enquêter dans leur pays.

Du côté des associations locales, Frédérice Foromo Loua, président de Même droits pour tous, s'agace auprès de Géopolis que les actes ne suivent pas les promesses: «Tous nos rapports ont été présentés aux autorités et à chaque fois, ce sont des engagements verbaux qui sont pris pour éradiquer le phénomène mais dans la réalité, rien n'est fait pour inverser cette tendance.»