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Hongrie: une défaite symbolique pour le Premier ministre Viktor Orban

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 25/02/2015 à 10H53, mis à jour le 25/02/2015 à 10H54

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban
Le Premier ministre, Viktor Orban, à Kecskernet (90 km au sud de de Budapest), le 20 janvier 2015 © Reuters - Laszlo Balogh

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a perdu le 22 février 2014 une élection partielle qui le prive de sa «super-majorité» des deux tiers au Parlement. Ue défaite symbolique qui fait douter son camp. Signifie-t-elle pour autant «la fin du règne sans partage» de l’homme fort de la Hongrie, comme se le demande le site francophone Hulala?

Le parti Fidesz au pouvoir «a besoin d'une nouvelle stratégie», a réagi le commissaire européen hongrois Tibor Navracsics. Une nouvelle stratégie, avant tout, pour l'homme qui polarise la vie politique hongroise.          ,
 
Sa «super-majorité», dont le dirigeant conservateur bénéficiait depuis son arrivée au pouvoir en 2010, ne tenait qu'à un siège. Lors de la législature précédente, elle lui a permis de réformer de façon controversée la Constitution hongroise et de nommer des proches à de nombreux postes clefs. Elle a également facilité l'adoption de réformes profondes de la justice, des médias et de l'économie. Lesquelles ont été jugées liberticides par l'opposition et largement critiquées à l'étranger.

Réélu triomphalement au printemps dernier, Viktor Orban a, depuis, fortement chuté dans les sondages. La conséquence notamment d'un projet avorté de taxer les téléchargements sur internet, et d'accusations de corruption touchant le Fidesz. Depuis octobre, de nombreuses manifestations se sont succédé dans les grandes villes du pays.

Proximité avec Vladimir Poutine             
Le Premier ministre se voit aussi reprocher sa proximité avec Vladimir Poutine, qu'il a reçu à Budapest le 17 février 2015. Régulièrement accusé de dérives autoritaires et populistes, il cite la Russie comme un modèle de «démocratie non libérale» et ne cache pas son admiration pour le président russe. «Or l'opinion hongroise, y compris les électeurs du Fidesz, est fortement attachée à l'ancrage occidental et européen du pays», constate l’AFP. La veille de la visite du locataire du Kremlin, 2000 personnes ont défilé à Budapest aux cris de «Oui à l'Europe, non à Poutine».

Viktor Orban Vladimir Poutine
Le président russe, Vladimir Poutine, en train de discuter avec le premier ministre hongros, Viktor Orban, avant une conférence de presse conjointe à Budapest, le 17 février 2015 © Reuters - Lazlo Balogh

La participation à la partielle de Veszprem (ouest) a été très faible : 44,8% contre 64,2% aux législatives d’avril 2014. Mais plus élevée que pour les précédentes partielles, note le site Index.hu, cité par le site francophone d’informations sur la Hongrie Hulala.

Le candidat indépendant, Zoltan Kesz, «avait largement axé sa campagne sur l’opportunité d’enlever au Fidesz» sa «super-majorité», constate Le Monde. Soutenu par l’opposition de gauche, il l’emporte avec 42,7% des suffrages, contre 33,6% pour le représentant du parti gouvernemental. «Malgré la très forte baisse de popularité du Fidesz depuis l’automne, la surprise est de taille car Veszprem est considérée comme un fief conservateur acquis au Fidesz», poursuit Hulala. Dans le même temps, le site se demande s’il s’agit de «la fin du règne sans partage de Viktor Orban».

Pas forcément. La défaite du Fidesz n'indique «pas un effondrement du parti», souligne l'expert Csaba Toth. Avec son petit allié, le Parti chrétien-démocrate, il conserve une très large majorité. Quant à l'opposition de gauche, elle reste divisée, et l'extrême droite Jobbik ne profite pas des difficultés du parti au pouvoir.

«Lauriers»
Viktor Orban a réagi a minima au scrutin. Il a simplement écrit sur sa page Facebook qu'il respectait le choix des électeurs de Veszprem. «Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers», a-t-il ajouté.
           
Avant la partielle, il s'était efforcé de limiter l'enjeu du vote. Il avait ainsi affirmé qu'il n'avait pas de projet législatif requérant une «super-majorité» pour les trois ans de mandat qui lui restent. Tous les analystes notent que son parti pourra encore facilement réunir, si nécessaire, des «super-majorités» de circonstance au Parlement.

Le Fidesz garde le contrôle. Mais le résultat de Veszprem a «une importance symbolique énorme», n’en juge pas moins la politologue Kornelia Magyar. Pour elle, «il est clair que quelque chose a changé dans la société depuis octobre. Le Fidesz a alors tenté de dominer l'agenda politique avec des thèmes conservateurs, comme la fermeture des magasins le dimanche, ou une rhétorique de plus en plus hostile aux immigrés. Ce qui a permis de ralentir sa baisse de popularité. Mais pas de renverser la tendance.»
              
Une personnalité conservatrice comme le blogueur Akos Balogh demande, lui, «une rectification» de la part du Fidesz. Selon lui, ce «parti pourrait décider de se montrer moins agressif». «Mais cela sera difficile parce que la confrontation est dans son identité, et que cette stratégie a longtemps fonctionné», ajoute-t-il.
 
De son côté, le quotidien Magyar Nemzet, porte-étendard des journaux pro-Orban, a invité le chef du gouvernement à rebondir sur «l'échec» de Veszprem. «Le Premier ministre a le pouvoir de corriger les politiques du gouvernement et d'opérer un changement personnel", écrit son éditorialiste. «Il a intérêt à le faire, parce que l'érosion du soutien au Fidesz donne matière à réflexion», ajoute-t-il.