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Idi Amin Dada : l’ancien tyran se rappelle au bon souvenir des Ougandais

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 16/02/2016 à 16H42, mis à jour le 16/02/2016 à 16H42

Idi Amin Dada
L'ancien dictateur Idi Amin Dada a dirigé l'Ouganda de 1971 à 1979. Il a fait connaître son pays dans le monde entier par ses frasques et ses bouffonneries. © Photo AFP

Treize ans après sa mort, l’ancien dictateur Idi Amin Dada s’invite dans la campagne électorale ougandaise. Deux candidats à la présidentielle du 18 février 2016 promettent, en cas de victoire, de rapatrier la dépouille d’Idi Amin Dada d’Arabie Saoudite. Ils se sont aussi engagés à construire un musée dédié à l’ancien tyran pour «favoriser la réconciliation».


En février 2015, c’est l’Eglise catholique, très influente en Ouganda, qui avait demandé le rapatriement de la dépouille d’Idi Amin Dada. Elle estimait que ce geste favoriserait la réconciliation nationale. La question s’est ensuite invitée dans la campagne électorale ougandaise.
 
Deux des huit candidats engagés dans la course en ont fait leur cheval de bataille. Amama Mbabazi, ancien Premier ministre de Yoweri Museveni, et Abed Bwanika, un homme politique ougandais, déjà candidat aux présidentielles de 2006 et de 2011.
 
Les deux hommes proposent le rapatriement de la dépouille d’Idi Amin d’Arabie Saoudite et la construction d’un musée dédié à sa mémoire. Ils affirment vouloir aider le pays à se réconcilier avec son passé.
 
Pour le candidat Abed Bwanika, le personnage d’Amin pourrait même attirer de nombreux touristes dans son pays. «Faisons en sorte de rapatrier sa dépouille afin que les touristes qui en ont entendu parler puissent venir dans le nord-ouest du pays pour voir où il est né et où il a grandi», a-t-il confié à l’AFP.

Reste à savoir si l’Ouganda est prêt à se réconcilier avec son ancien bourreau.
 
Un personnage tristement célèbre
Lorsqu’il s’empare du pouvoir à Kampala en 1971, le lieutenant Idi Amin Dada est un parfait inconnu. Mais ses frasques et ses bouffonneries le font connaître rapidement dans le monde entier.
 
Dans son émission Archives d’Afrique qui lui est consacrée sur RFI, Alain Foka décrit un personnage tristement célèbre. Huit ans au pouvoir lui auront suffi pour devenir l’une des personnalités les plus comiques que notre siècle ait engendrée, raconte-t-il.

Idi Amin avec

Le maréchal Idi Amin Dada en visite à Londres est accueilli par le chef du bureau du Commonwealth  Lord Mowbray le 13 juillet 1971, au lendemain de son coup d'Etat. © Photo AFP

 
Adoubé par l’ancienne puissance coloniale après sa prise du pouvoir, son idylle avec Londres sera de courte durée. Le soldat illettré, costaud et obéissant, formé au sein des troupes royales d’Afrique a pris du galon. Et il tient à le faire savoir.
 
«Je voudrais vous dire que j’ai obtenu le titre le plus haut dans l’échelle des honneurs. Ce titre est celui de vainqueur de l’empire britannique en Afrique et notamment en Ouganda. Ce titre me donne le droit de diriger la lutte de libération contre les régimes racistes en Afrique du Sud et la Rhodésie (actuel Zimbabwé,NDLR). Je serai même en position de participer officiellement aux combats pour la libération des Palestiniens», proclame le maître de Kampala à l’adresse de la communauté internationale.
 
Idi Amin exproprie toutes les entreprises britanniques avant d’organiser une vaste collecte pour soutenir «les Anglais nécessiteux et menacés par la famine».

En novembre 1973, il déclare que les Anglais seront un jour «les esclaves des Africains».
 
L’ennemi juré d’Israël
Mais les Anglais ne sont pas les seuls à faire les frais du dictateur ougandais. Il expulse des dizaines de milliers d’Indiens accusés de monopoliser l’économie ougandaise et rompt ses relations diplomatiques avec Israël.
 
En septembre 1972, le monde entier est stupéfait par le massacre perpétré par un commando palestinien contre des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich. Idi Amin saisit l’occasion pour adresser un télégramme aux Nations Unies dans lequel «il regrette que Hitler n’ait pas pu exterminer davantage de Juifs».
 
En juillet 1976, Idi Amin ne décolère pas. L’armée israélienne vient de mèner un raid-éclair sur l’aéroport d’Entebbe. Elle est parvenue à libérer plusieurs otages israéliens détenus par un commando palestinien. Les terroristes avaient détourné un avion d’Air France en provenance de Tel Aviv et avaient obtenu le soutien du président ougandais.
 
Idi Amin entre présidents Assad Sadate

Le Maréchal Idi Amin photographié lors du sommet de l'Organisation de l'unité africaine en juillet 1975 à Kampala avec ses homologue syrien Hafez al-Assad (à gauche), égyptien Anouar el-Sadate (à droite) et libyen Mouammar Kadhafi. © Photo AFP


Il a régné par le meurtre
Idi Amin Dada n’hésite pas à faire disparaître ennemis, mécontents et opposants. On retrouvera le corps de son ministre des Affaires étrangères flottant sur les eaux du Nil, raconte Alain Foca dans Archives d’Afrique.
 
Il précise que les images des exécutions en public sont diffusées en direct à la télévision d'Etat. Les suppliciés sont parfois exécutés à la machette et jetés aux crocodiles.
 
Le 11 avril 1979, Idi Amin Dada est chassé du pouvoir par l’armée du président tanzanien Julius Nyerere, excédé par ce voisin encombrant. En octobre 1978, il avait décidé d'envahir une partie du territoire tanzanien. Dans un télégramme qu'il adresse à Julius Nyerere durant ce conflit, l’ancien dictateur ougandais lui écrivait ceci : «Je voudrais vous assurer que je vous aime beaucoup. Si vous étiez une femme, je vous demanderais en mariage.»
 
L’ancien Maréchal-président à vie de l’Ouganda est décédé en 2003 en Arabie Saoudite où il avait trouvé refuge. C'est là que repose sa dépouille.

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