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Ilhan Omar, de Mogadiscio au Capitole: itinéraire d’une réfugiée devenue députée à Washington

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 07/11/2018 à 12H23, mis à jour le 07/11/2018 à 17H35

Ilhan Omar avec ses soutiens 6 novembre 2018
Ilhan Omar avec ses soutiens le 6 novembre 2018 © Kerem Yucel / AFP

Noire, musulmane, tête couverte, jeune et très à gauche. C’est ainsi que pourrait se présenter Ilhan Omar, nouvelle élue démocrate au Congrès de Wahington lors des Midterms du Minnesota, Etat du nord des Etats-Unis. Pourtant, rien ne prédestinait cette jeune femme née à Mogadiscio en 1982, arrivée aux USA à l’âge de 12 ans, à devenir une députée, symbolisant ainsi un concentré de «rêve américain».


«Née en Somalie, Ilhan avait huit ans quand avec sa famille elle a fui la guerre civile qui sévissait dans le pays. Ils ont vécu dans un camp de réfugiés au Kenya pendant quatre ans avant de venir aux Etats-Unis, avant de s’installer dans le quartier Cedar-Riverside de Minneapolis en 1997», raconte la nouvelle élue démocrate de l'Etat du Minnesota à la Chambre des représentants sur son site internet.


Arrivée aux Etats-Unis à l'époque de Bill Clinton, sa famille s'installe donc dans le Minnesota, où vit une communauté venue de la Corne de l'Afrique. La jeune Ilhan fréquente l'université (diplômée de la North Dakota State University) et rapidement se fait connaître comme militante en travaillant dans le secteur de la santé publique. Pourtant, ses débuts ne sont pas simples. Dans un entretien au magazine Elle américain, elle raconte sa surprise d'arriver dans un monde où tout le monde n'est pas noir et musulman, et ses difficultés de petite fille qui ne parle pas l'anglais. 

Avant de devenir la représentante du Minnesota au Congrès, elle a été élue à l’Assemblée de l’Etat – où elle vit avec son mari Ahmed et ses trois enfants – dans une circonscription située à gauche et acquise aux démocrates.

Elle succède à Keith Ellison, partisan de la candidature de Bernie Sanders, un élu qui fut, en janvier 2007, «le premier à prêter serment la main sur le Coran – en l’occurrence, un exemplaire ayant appartenu à Thomas Jefferson, président de 1801 à 1809 – plutôt que sur la Bible», raconte Le Monde.


Qui sait si les mesures décidées en janvier 2017 par le président américain avaient été en vigueur il y a vingt ans, elle aurait pu entrer aux Etats-Unis? Elle est donc fort logiquement opposée à la politique migratoire de Donald Trump. «Je suis l'espoir de l'Amérique et le cauchemar du président», résumait-elle avec humour sur les plateaux de télévision.

Mais ses combats politiques sont bien plus larges. Située à la gauche du parti démocrate, elle prône une éducation gratuite, une assurance-maladie et un accès au logement pour tous, et une réforme du système judiciaire, sans oublier un environnement sain pour les générations futures. Des thèmes qu'elle sait défendre puisqu'elle est elle même locataire de son logement et a toujours une dette étudiante à rembourser. «Les idéaux du socialisme sont profondément ancrés dans mes valeurs», affirme ainsi la nouvelle députée à The Intercept.