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Il y a 70 ans, les Françaises votaient pour la première fois… 40 ans après les Finlandaises

Par Stéphane Hilarion@GeopolisAfrique | Publié le 30/04/2015 à 18H01, mis à jour le 04/05/2015 à 16H06

1945 Françaises votent pour première fois
1945: les Françaises votent pour la première fois. © AFP

Le 29 avril 1945, 12 millions de femmes françaises étaient appelées aux urnes pour la première fois à l’occasion d’élections municipales. L’aboutissement d’un combat pour l’égalité des droits politiques engagé près d’un siècle plus tôt.

Un sentiment de fierté et l’impression de vivre la fin d’une injustice, c’est ce qu’ont ressenti des millions de Françaises ce 29 avril 1945 alors qu’elles se pressaient dans les bureaux de votes pour glisser pour la première fois leur bulletin dans l’urne. 

Reportage: Florent Loiseau, Marie Roussel, Mathieu Maillet


 
Une décision tardive
L’Histoire a surtout retenu que ce droit de vote avait été accordé aux femmes par une ordonnance du Comité français de la Libération nationale (CFLN), signée par Charles de Gaulle, le 21 avril 1944. Le CFLN installé à Alger vote ce jour-là à une large majorité un amendement du communiste Fernand Grenier, pour que les femmes, qui ont largement démontré leur engagement pendant le conflit, notamment dans la Résistance, deviennent électrices, mais aussi éligibles, au même titre que les hommes.  
 
Mais c’est oublier les années de lutte qui ont précédé cette décision. Dès 1848 et l’octroi aux hommes du droit de vote universel, des mouvements féministes naissent et réclament les mêmes droits politiques que les hommes. Des revendications qui se feront de plus en plus pressantes dans la première moitié du XXe siècle alors que le droit de vote est accordé aux femmes dans plusieurs pays européens.
 
Le premier sera la Finlande dès 1906, puis la Norvège en 1913, le Danemark et l’Islande en 1915. Au sortir de la Première guerre mondiale, plusieurs pays franchissent le pas, comme l’Allemagne, l’Autriche et la Pologne dès 1918, avant le Luxembourg et les Pays-Bas en 1919, puis l’Irlande et la Grande-Bretagne en 1928, même si les femmes britanniques ont pu voter dès 1918 mais à un âge supérieur à celui fixé pour les hommes.
 
Et si les manuels d’Histoire se souviennent du mouvement des suffragettes en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, on a un peu oublié qu’en France aussi la mobilisation a été très forte dans l’entre-deux-guerres. Et à plusieurs reprises entre 1919 et 1936, l’Assemblée nationale proposa d’autoriser le vote des femmes. Des projets de loi systématiquement rejetés par le Sénat. Et pourtant, à l’époque, des femmes siègent déjà dans des conseils municipaux et trois d’entre elles sont même sous-secrétaires d’Etat au sein du Front Populaire en 1936. Mais craignant un vote des femmes à droite, Léon Blum bloquera le projet de loi pourtant voté à l’unanimité à l’Assemblée.
 
Alors pour beaucoup de femmes ce droit de vote, on ne leur a pas «accordé» mais elles l’ont conquis, comme le rappelle la ministre de la Justice Christiane Taubira dans ce tweet :
 

Le long chemin vers la parité
Si ce 29 avril 1945 marque une étape décisive pour les droits des femmes, il aura fallu attendre 70 ans, pour que la parité soit effective dans une élection en France. Ce sera à l’occasion des élections départementales de mars 2015. Une avancée même si les femmes sont encore largement minoritaires à l’Assemblée nationale (27%) et au Sénat (25%). Petit élément de satisfaction, la France est le seul pays du continent avec la Suède à avoir un gouvernement formé à part égale.
 
En se penchant sur la situation en Europe, on constate que les premiers pays à avoir permis aux femmes de voter sont aussi ceux où elles occupent le plus de responsabilités politiques loin des préjugés tenaces qui habitent encore la classe politique et la société françaises.
 
Aujourd’hui, seules trois femmes sont à la tête d’un des 27 pays européens, l'Allemande Angela Merkel, la Danoise Helle Thorning-Schmidt et la Lituanienne Dalia Grybauskaité.
Et si les femmes sont plutôt nombreuses dans les gouvernements européens (la France étant d’ailleurs le seul gouvernement avec la Suède a afficher une parité parfaite), elles sont toujours minoritaires dans les parlements.