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Maurice

Ile Maurice: bientôt du chocolat?

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 05/09/2014 à 09H19

Tas fèves cacao à frontière entre Côte d'Ivoire Ghana
Des employés en train de faire sécher des fèves de cacao à Niable (Côte d'Ivoire, premier producteur mondial), à la frontière avec le Ghana le 19 juin 2014. © Reuters - Thierry Gouegnon

Maurice est-elle sur le point de produire du chocolat? A l’instar de sa voisine française, la Réunion, dont certains passionnés souhaitent créer une filière de la précieuse fève de cacao, certains y songent sur l’île. Pour la première fois, un Mauricien, Gérard Cangy, est parvenu à y faire pousser et fructifier des cacaoyers. Malgré des conditions climatiques peu favorables.

Pour l’instant, l’océan Indien n’est pas encore une grosse région productrice de la fève de cacao (qui, après fermentation et torréfaction, est utilisée pour la fabrication du chocolat). Une région qui se situe très loin derrière l’Afrique de l’Ouest (et son champion toutes catégories, la Côte d’Ivoire, qui en 2013 a atteint 1,3 de tonnes de cacao, 40 % de la production mondiale) et l’Amérique latine (avec notamment l’Equateur et le Brésil en tête, 200.000 tonnes chacun).
 
Mais la situation pourrait évoluer. Le cacao de Madagascar (5000 à 6000 tonnes par an) serait ainsi déjà classé par les spécialistes «parmi les meilleurs cacaos du monde». Il est notamment labellisé «cacao fin» par l’International Cocoa Organization (ICCO), organisation internationale qui a pour but de faire appliquer l’International Cocoa Agreement, Accord international sur le cacao, adopté en 2010 par une conférence des Nations Unies.

Et ailleurs dans la région ? Il y a 100 ans, on cultivait déjà le cacao à la Réunion. «Au début du XXe siècle, le quartier de Bas-de-la-Rivière à Saint-Denis abritait une fabrique de chocolat dont la marque s’appelait Le Meilleur et qui employait une dizaine de personnes», rapporte le site Clicanoo. Mais «ce chocolat produit et fabriqué dans l’île n’a pas résisté à la concurrence» des produits importés après la guerre. 
 
Aujourd’hui, une expérience, menée par des passionnés de botanique, des agriculteurs et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique (CIRAD) insulaire, est en cours dans l’est du département français, dans un territoire connu pour son humidité. Les résultats devraient être connus d’ici deux ans. Au-delà, sera-t-il possible de faire émerger une filière de production? Dans l’état actuel des choses, ce ne sera pas facile notamment en raison des coûts de revient. Dans ce contexte, il faudra «produire du cacao d’excellence, du très haut de gamme», poursuit Clicanoo.
 
Dans l’île Maurice, certains songent aussi à produire du cacao. Et ce malgré des conditions climatiques défavorables. Il y a une dizaine d’années, Gérard Cangy, grutier et, à ses heures perdues, agriculteur, entame des recherches sur internet et mène des expériences. Bref, au bout d’un certain temps, le chocolat n’a presque plus de secrets pour lui.
 
En 2009, Gérard plante une trentaine de plants, aidée par un ami de l’organisation écologique Mauritian Wildlife. «Après trois ans, seulement trois arbres avaient survécu», raconte le site mauricien lexpress.mu
 
Ces arbres ont fini par mesurer deux mètres de haut. Et produisent désormais des cabosses, fruit du cacaoyer qui donnent des graines, les fameuses fèves. «Une véritable prouesse technique», constate RFI. Reste maintenant à faire fermenter et à écraser le tout pour produire la poudre de chocolat. Il lui faut aussi trouver un moyen de commercialiser son produit. «Il rêve maintenant d’une cacaoyère (plantation de cacaoyers, NDLR) pour produire du chocolat made in Mauritius», conclut RFI. Fabriqué à Maurice.

Femmes marchant dans champ à Maurice
Femmes marchant dans un champ sur l'île Maurice le 9 février 2008.