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Ile Maurice: un tramway que tout le monde ne désire pas

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 09/10/2017 à 14H42, mis à jour le 09/10/2017 à 14H42

Le tram à Maurice
Capture d'écran du site du constructeur L&T. Vue d'artiste du futur tram de Maurice. © FTV

C’est un investissement qui semble considérable pour une si petite île. Maurice va se doter d’un tramway. Un tracé de 26 km qui va relier la capitale Port-Louis à Curepipe, la seconde ville du pays. La livraison du premier tronçon de 13 km est prévue en 2019. Mais alors que débutent les travaux, la population concernée s’oppose de plus en plus à sa construction.


460 millions d’euros. C’est le coût estimé des travaux dont le financement est assuré en partie par un don du gouvernement indien de 240 millions d’euros, accompagné d’un crédit au taux avantageux de 1,8% l’an. Sans cette aide, le projet abandonné en 2014 pour son coût, n’aurait pas revu le jour.
 
Les Mauriciens et les Indiens parlent de métro léger, mais en fait, il s’agit d’un tramway, selon les critères français. D’ailleurs, son coût est sans commune mesure avec celui d’un métro. A Rennes, par exemple, la construction de la ligne B du métro automatique s’élève à 1,2 milliard d’euros! Une ligne pourtant moitié moins longue.

Sur l’île Maurice, le transport ferroviaire a été abandonné en 1964. Depuis, tout passe par l’automobile et les bus. La congestion est totale avec un nombre de véhicules en circulation qui augmente de 5% chaque année.
Pour autant, le «métro express» ne fait pas l’unanimité. Prévu pour réduire les embouteillages, il est accusé par ses détracteurs, au contraire, de ralentir encore plus la circulation. Beaucoup d’habitants trouvent ce projet disproportionné. «Améliorer le système de bus actuel, oui je veux bien. Car le métro léger ne sera pas accessible à tout le monde», explique une habitante au journaliste de l’express, le média local.

«Non au métro»
La «plateforme anti-métro» regroupe des syndicats, des ONG et des associations. Ces opposants réclament un référendum. «Le projet métro express est un projet de la plus haute importance et d’intérêt public, par conséquent, il est important que la population ait son mot à dire, à travers un référendum», explique Jayen Chellum, le coordinateur de la plateforme.
 
Mais c’est, bien sûr, les habitants expropriés qui sont les plus opposés au projet. La contestation est forte dans les quartiers de La Butte et de Barkly, situés sur le tracé du métro. Dans ces quartiers de Port-Louis, la capitale, malgré leur opposition, déjà neuf familles ont vu  leurs maisons rasées par les bulldozers. Toutes les familles ne sont pas indemnisées, loin s’en faut. Car beaucoup de ces constructions sont illégales.

Un projet viable? 
La première pierre du métro express a finalement été posée en septembre 2017. A cette occasion, le Premier ministre Pravind Jugnauth a rappelé l’enjeu de cette construction. «Je suis certain d’avoir pris la meilleure décision que le pays mérite pour accomplir le deuxième miracle économique dont nous rêvons tous.» C’est l’objectif asséné par le gouvernement. Faire aussi bien que dans les années 80 et faire passer Maurice dans la liste des pays à revenus élevés, soit de 9600 dollars par an et par habitant à 15.000 dollars d’ici 2020.

Pravind Jugnauth en est convaincu, Maurice a les capacités de s’offrir ce tram. Selon lui, la grenouille ne s’est pas faite plus grosse que le bœuf.