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Immigration: l'Italie a longtemps profité d'une main d'œuvre bon marché

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 14/06/2018 à 09H53, mis à jour le 14/06/2018 à 10H24

900 migrants essentiellement érythréens ont pu débarquer 13 juin en Sicile.
Après avoir fermé les ports du pays, 900 migrants, essentiellement érythréens, ont pu débarquer le 13 juin en Sicile. © AFP PHOTO MSF KARPOV

Le patron de l’extrême-droite italienne Matteo Salvini, devenu ministre de l’intérieur, a donné le ton de sa nouvelle politique affirmant «que l’Italie ne peut être le camp de réfugié de l’Europe». L'Italie, qui a vu quelque 700.000 migrants débarquer sur ses côtes depuis 2013, accuse les Européens «de l'avoir laissée seule face à la crise migratoire». Une politique italienne parfois ambiguë.


Le nouvel homme fort du gouvernement italien, Matteo Salvini, avait prévenu que les ports italiens seraient fermés aux navires des ONG européennes secourant les migrants au large de la Libye. Le 11 juin 2018, il a appliqué cette mesure à l'Aquarius qui avait à son bord 629 migrants. Lesquels ont trouvé depuis refuge en Espagne.

Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue (extrême-droite), menace d’expulsion plusieurs milliers de migrants africains. Il n’a pas hésité a lancer le 2 juin: «Le bon temps pour les clandestins est fini: préparez-vous à faire vos valises.» Pourtant, l'Italie a longtemps accueilli cette main d'œuvre bon marché à bras ouverts.

Les migrations en chiffres
Selon l'Institut italien des statistiques (Istat), les étrangers en situation régulière représentent 5 millions de personnes sur les 60,5 millions d'habitants en Italie, soit 8,3%, autant que les Italiens résidant à l'étranger. Ils sont principalement Roumains (23%), Albanais (9%), Marocains (8%), Chinois (5,5%), Ukrainiens (4,5%), Philippins (3,3%) et Indiens (3%) et travaillent dans le petit commerce, l'aide à domicile ou encore l'agriculture.

Mais ceux qui posent problème au gouvernement italien, ce sont les quelque 700.000 personnes en situation irrégulière, originaires pour la plupart d'Afrique sub-saharienne, qui ont débarqué depuis 2013 et dont une partie est encore dans le pays, avec ou sans papiers. Les clandestins seraient autour de 500.000, déboutés du droit d'asile ou arrivés avec un visa désormais expiré.

Matteo Salvini a promis de stopper le flux d'arrivées et d'expulser des centaines de milliers de clandestins. Mais l'avenir des flux dépendra avant tout de la stabilisation de la Libye et de la solidité des accords conclus par Rome avec les autorités et des milices libyennes, qui ont permis de faire nettement baisser les arrivées depuis l'été 2017.

13.808 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes entre le 1er janvier et le 8 juin 2018, soit une baisse de plus de 84% par rapport à 2017. Et la politique d'expulsion des clandestins défendue par Matteo Salvini devra être précédée par des accords avec leurs pays d'origine. Un effort en ce sens a permis une hausse de 12% des expulsions en 2017: selon le ministère de l'Intérieur, elles sont passées de 5.817 en 2016 à 6.514 en 2017.

L'occasion fait le « ladrone »
Selon le centre d'études sur l'immigration Idos, les immigrés rapportent entre 2,1 et 2,8 milliards d'euros de plus qu'ils ne coûtent aux comptes publics: plus jeunes que la moyenne des Italiens, ils cotisent plus qu'ils ne perçoivent de retraites ou de remboursements de santé.

Cette main d'œuvre jeune et très bon marché bénéficie à l'agriculture et au secteur du bâtiment en manque de bras et plus généralement à l'économie informelle italienne. 

Cependant, les arrivées via la Libye ont coûté à l'Etat italien 4,2 milliards d'euros en 2017, selon le gouvernement: 18% pour les secours en mer, 13% pour l'assistance sanitaire et 65% pour les centres d'accueil de demandeurs d'asile.
En 2013, il y avait 22.000 personnes dans ces centres. Fin janvier 2018, le chiffre était monté à 182.000, grâce au développement des structures d'accueil privées, auxquelles l'Etat, aidé par l’Union européenne, verse 35 euros par personne et par jour.

L'immigration est un business lucratif et florissant pour une bonne partie de la Sicile.

Choisir ses migrants?
Le gouvernement italien a vu dans ses migrants des bras à peine payés pour l’agriculture, des aides-soignantes pour les hôpitaux et les maisons de retraite, des garde-d’enfants et des femmes de ménage. Il faut dire qu'avec sa fécondité au plus bas, la population italienne est en chute libre et des milliers de villages se vident.

Longtemps les autorités italiennes ont ouvert leurs bras aux migrants. L'italie, premier pays d'accueil, a souvent choisi les mieux formés ou (sans l'énoncer) les fervents catholiques (Erythréens, Togolais, Ivoiriens), laissant partir vers la France et le reste de l'Europe, ceux dont elle ne voulait pas.

Ce nouveau gouvernement, avant tout dans un affichage populiste, souhaite une aide financière de l’Europe et veut continuer «à choisir les migrants» dont elle a besoin.

900 Erythréens à bord d'un navire des gardes-côtes italiens ont pu débarquer le 13 juin 2018 dans le port sicilien de Catane, a rapporté un photographe de l’AFP.