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Immigration : le chaos en Libye oblige l'Europe à revoir sa politique d'accueil

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 21/04/2015 à 16H27, mis à jour le 21/04/2015 à 17H44

Un migrant africain arrive sur sol européen
Un migrant africain arrive sur le sol européen. © darrin Zammit Lupi / Reuters

Le principal verrou de l'Afrique à sauté. La Libye est de nouveau la porte d’entrée de l’immigration africaine vers l’Europe. Les naufrages au large des côtes libyennes ont fait 1500 morts depuis janvier 2015. La Méditerranée est devenue un cimetière pour ceux qui fuient les conflits et la misère. Le chaos libyen empêche toute coopération avec Tripoli sur la question migratoire.

«Si je tombe, vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye et il n’y aura personne pour les arrêter», affirmait peu avant sa chute en octobre 2011 le colonel Kadhafi. Nous y sommes… Ce qui n'était qu'un chantage pour sauver son régime est devenue réalité.

18.000 migrants clandestins sont partis des côtes libyennes depuis janvier 2015, selon l’organisme européen Frontex. Le HCR en avait décompté 8600 pour toute l’année 2012.

L’Italie est aux avant-postes. Débordée, elle a décidé en janvier de passer le relais à l'Union européenne. Même si il y a plusieurs routes de l'immigration, la grande proximité géographique de Lampedusa et des côtes siciliennes fait de la Libye la plaque tournante de l’immigration africaine.

Guerre en Somalie, au Soudan du Sud, au nord du Nigeria, ceux qui se sont échappés de l’enfer érythréen… les flux ne se tarissent pas, alimentés par la pauvreté et la démographie sahélienne. 27.000 migrants auraient trouvé la mort en Méditerranée ces vingt dernières années.
 

Vidéo Euronews, mise en ligne le 20 avril 2015.

Avant 2011, l’Europe faisait pression sur le colonel Kadhafi pour qu’il surveille ses frontières et retienne l’immigration africaine sur son sol. Mais aujourd’hui, dans une Libye en proie à l’anarchie, il n’y a plus d’Etat et personne pour surveiller les milliers de kilomètres de frontières : désertiques au sud et maritimes au nord. Ce vide politique ouvre des espaces aux réseaux criminels et islamistes. A raison de 1000 à 2.000 dollars la traversée par passager, ils prospèrent sur ce lucratif trafic d'êtres humains. 
 
Le cadenas de l’Afrique
L’accord signé par l’Union européenne avec Kadhafi en 2009 assurait un certain contrôle des flux migratoires vers le Vieux continent. En contrepartie, le gouvernement libyen recevait des aides pour la prise en charge des clandestins «des pays frères». Mouammar Kadhafi était à la fois le grand argentier et le cadenas de l’Afrique. Lorsqu’il était au pouvoir «le guide» n’hésitait pas à faire du chantage sur ce sujet. Il avait conscience que c’était une arme face à l’Europe à qui il réclamait des milliards d’euros.
 
Riche et peu peuplée, en manque de main d’œuvre, la Libye a toujours attiré des travailleurs migrants pour faire fonctionner son économie. Avant la chute de Kadhafi, le pays comptait deux millions de travailleurs égyptiens, tunisiens et sub-sahariens.
 
En août 2011, au moment où Tripoli tombe, la communauté internationale découvre un million d’Africains sub-sahariens retenus dans les camps de rétention. Les rebelles se sont d’ailleurs déchaînés contre ces Africains accusés d’être des mercenaires à la solde de Kadhafi. Aujourd'hui encore, les Africains qui arrivent à travers le Sahara sont rackettés et poussés vers l'Europe par les réseaux criminels. Ils seraient aujourd'hui encore près d'un million à vouloir de gré ou de force prendre le chemin de «l'eldoraro Européen».
 
Des rebelles libyens contrôlent migrants africains à Adjabia
Des rebelles libyens contrôlent les migrants africains à Ajabia © Asmaa Waguih/Reuters

L’Europe désemparée
L’Europe fer de lance de l’intervention contre Kadhafi semble aujourd’hui désemparée. Elle peine à définir une politique migratoire face à une Afrique dont le décollage économique ne semble pas assez rapide pour endiguer ses maux. L’Union européenne a longtemps prôné une coopération avec les pays d'origine pour définir des projets qui fixent les populations sur place. Une politique sans réelle envergure qui a montré ses limites. Certains comme Jean-Louis Borloo, évoquent la nécessité d’un plan Marshall pour électrifier l’Afrique. Une façon d’accélérer sa modernisation et sa stabilité. Un début de réponse...

Tout le monde s'accorde à dire qu' il faut d'abord stabiliser la Libye en favorisant le dialogue entre les deux gouvernements et les deux parlements qui aujourd'hui s'affrontent. Pour éviter les drames à répétition de l'imigration clandestine «l'Europe doit ouvrir de nouvelles possiblités d'immigrations légales, surtout pour les personnes fuyant les guerres», a déclaré le directeur adjoint de Frontex, Gil Arias. Une politique de visas plus souple, mais aussi plus ferme contre les trafiquants. Le président du Conseil italien Matteo Renzi demande l'arraisonnement et la destruction des embarcations utilisées par les passeurs.