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Inde-Afrique: 100 milliards de dollars, les échanges commerciaux au plus haut

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 21/06/2018 à 12H11, mis à jour le 21/06/2018 à 12H33

Le Premier ministre indien président Kenya en juillet 2016 à Nairobi
Le Premier ministre indien Narendra Modi en tournée africaine a rencontré le président du Kenya Uhuru Kenyatta le 10 juillet 2016 à Nairobi.  © Photo AFP/Tony Karumba

Dans le sillage de la Chine, l’Inde affirme ses ambitions en Afrique devenue le nouveau terrain de chasse pour ses entreprises. En dix ans, New Delhi a considérablement renforcé ses échanges commerciaux. Et pas question de se contenter de son pré-carré. Toutes les régions économiques africaines sont bonnes à prendre dans cette partie du monde où vivent quelque 2,5 millions d’Indiens.


Des ambassades indiennes, il y en aura bientôt dans presque tous les pays africains. On en compte aujourd’hui 29. En 2021, sur les 54 pays du continent, New Delhi disposera de 47 missions diplomatiques. Il y a un énorme marché de plus d’un milliard de consommateurs à conquérir.

Des produits industriels très prisés en Afrique
C’est à partir de 2008 que les grands groupes indiens ont commencé à se développer sur le continent africain. Ils étaient en quête de matières premières et visaient à développer les ventes de leurs produits industriels considérés comme adaptés au marché africain.

«Pour les populations africaines, il y a dans le made in India des produits qui sont de meilleure qualité que ce que propose la Chine. C’est le cas des motos, qui permettent de relier les zones rurales aux centres urbains. Elles sont plus chères que les motos chinoises mais sont plus fiables et moins gourmandes en carburant. Il y a aussi les triporteurs, ces petits taxis en même temps de brousse et urbains. Très populaires en Inde, elles sont en train de rentrer massivement en Afrique. Il s’agit de produits low-cost mais solides et réparables sur place», explique Jean-Joseph Boilot, au micro de France Culture.

Spécialisé dans le développement et le décollage des économies du Sud, Jean-Joseph Boillot note que la présence indienne est moins visible que la présence chinoise, mais qu’en réalité, les entreprises indiennes sont présentes partout sur le continent et dans différents secteurs. Les Indiens sont devenus les champions de l’informatique, des télécommunications, des cosmétiques, des pompes d’irrigation électriques et des médicaments génériques, notamment.

«Dans le secteur de la pharmacie, près de la moitié des génériques vendus sur le marché africain sont en réalité des génériques made in India.  Avec le fléau du sida, c’est grâce à ces médicaments que les Africains ont trouvé à se soigner à des prix relativement bas», précise-t-il.

Un bras financier pour conquérir le marché africain
Pour installer ses entreprises sur le continent. L’Inde ne lésine pas sur les moyens. New Delhi n'hésite pas à s’inspirer des méthodes qui ont fait leurs preuves: celles du géant chinois qui multiplie les crédits bancaires à ses partenaires africains. Ainsi, en échange du pétrole et des matières premières dont elle a grandement besoin, elle accorde des prêts conséquents aux pays africains par l’intermédiaire d’Exim Bank, son bras financier.

«On est sur des lignes de crédits encore modestes. Sur une dizaine de milliards de dollars au total. Des crédits consacrés à des projets d’investissement sur de l’équipement et les infrastructures, ou des projets d’irrigation agricole. C’est donc des niches par rapport à la Chine qui couvre la totalité des secteurs avec des lignes de crédits qui s’élèvent à 60 milliards de dollars», tempère Jean-Joseph Boillot au micro de radio Vatican.

S’émanciper de la mainmise des anciennes puissances coloniales
L’Afrique serait-elle en passe de venir une colonie indienne et chinoise? Non, affirme Jean-Joseph Boillot. Pour lui, le continent est en train de sortir de l’emprise des anciennes puissances coloniales.

«Dans le cas de l’Inde et de la Chine, l’Afrique a une capacité de choisir. Le partenariat Chine-Inde-Afrique, c’est précisément l’émergence d’un triangle permettant à l’Afrique de s’émanciper de ce qui était une présence néocoloniale considérable après les indépendances des années 1960 aux années 1990. Quand le continent était l’otage de la rivalité entre les Etats Unis et l’URSS pendant la Guerre froide», estime-t-il.

Au-delà du pré-carré historique de l’Afrique de l’Est
En 2010, les échanges commerciaux entre l’Inde et le continent africain étaient de 30 milliards de dollars. Ils devraient atteindre cette année les 100 milliards de dollars. Jean-Joseph Boillot pense qu’on est sur une pente exponentielle.

Il note que si l’Afrique de l’Est peut être considérée comme un pré-carré indien en raison de la présence d’une importante diaspora indienne installée depuis longtemps, des hommes d’affaires indiens dynamiques s’installent progressivement en Afrique de l’Ouest dans des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou la Mauritanie. Attirés par des pépites minières repérées dans cette région.