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Indiscipline et clanisme, les Ivoiriens jugent sévèrement leur armée

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 15/05/2017 à 17H38

Mutins à Abidjan
Des soldats mutins en faction devant leur camp à Abidjan, le 12 mai 2017. © ISSOUF SANOGO / AFP

Ce n’est pas un coup d’Etat, jurent-ils. Pourtant, les mutins de l’armée ivoirienne ont des armes et en font usage. Ils disent réclamer leur juste dû. Des promesses de primes accordées par le président Ouattara pour leur soutien lors de la crise de 2010. L’opinion publique est partagée entre le respect de la parole donnée et la condamnation de voyous.


Il y aurait, selon l’agence Reuters, 8400 mutins dans l’armée ivoirienne. Pour la plupart, ce sont d’anciens rebelles qui avaient soutenu Alassane Ouattara dans sa conquête du pouvoir. En échange des services rendus, le président les a intégrés dans l’armée régulière. Le porte-parole des mutins de Bouaké réclame le paiement de primes. En janvier 2017, ils avaient obtenu 7500 euros. La suite, 10.000 euros, devait être versée au mois de mai. «Tu connais quelqu'un qui renonce à 10.000 euros? On nous a promis, il faut payer», a affirmé un mutin de Bouaké à l’AFP.

«Je ne pense pas que ceux qui organisent tous ces mouvements soient dans une optique de contestation politique, dans une optique de coup d’Etat ou de renversement du régime. C’est de la boulimie, c’est de la gourmandise», disait à Géopolis l’opposant Mamadou Koulibaly. En effet, 17.000 euros représentent une belle somme, surtout pour des soudards qui n’hésitent pas à rançonner la population. Cet ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne regrette que l’indiscipline soit la règle d’or de l’armée.

Indiscipline
Un sentiment qu’on retrouve en parcourant les réseaux sociaux, ou en lisant les commentaires des articles relatant la nouvelle mutinerie ivoirienne. Ainsi, un certain Borris sur Twitter réclame de la poigne. «Il faut prendre des sanctions exemplaires contre les indisciplinés. Et ouvrir la table de la négociation.»

«Si ces énergumènes avaient fait bon usage des premiers sous, ils seraient certainement moins désespérés au point de déclencher de nouvelles mutineries devenues leur fonds de commerce», dit un autre.



Même sentiment pour Abidjan Real news pour qui l’anarchie prévaut. «La situation actuelle doit atteindre quel niveau de paroxysme pour espérer voir un chef donner des instructions fermes


Pourtant, certains internautes réclament le respect de la parole donnée. «Président, l'ouvrier mérite son salaire, même Dieu l’a dit donc donne leur l’argent pour qu'ils se calment», demande l’un d'entre eux sur Abidjan.net en commentaire d’un article. Un autre lecteur est dans le même ton: «Président, dieu n'aime pas l'injustice. Donne leur tout simplement ce que tu leur dois.»

Une armée clanique 
Dans les commentaires revient sans cesse l’absence d’une armée nationale, qui serait investie d’une mission quasi mystique. «On ne peut parler d'armée parce que la matière première d'une armée, c'est la discipline. Hors, à ce niveau, c’est le fiasco total. Comment a-t-on pu croire que des délinquants, parce qu'ils ont l'uniforme, pouvaient comprendre l'honneur du drapeau national?»

Certains vont plus loin. Ils accusent une armée clanique, révoltée contre un chef qui n’a pas tenu sa promesse. «Ils tuaient les Ivoiriens pour mettre Ouattara au pouvoir. Quelle est la différence entre ce que ces délinquants font maintenant pour réclamer ce que Ouattara leur a promis, et ce qu'ils ont fait pour mettre Ouattara au pouvoir?»