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Indonésie,  Asie-Pacifique

Indonésie : arrestation de 141 hommes à une fête gay dans un sauna

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 22/05/2017 à 17H54, mis à jour le 22/05/2017 à 17H54

Arrestation d'homosexuels à Jakarta
La police a arrêté 141 personnes soupçonnés de participer à une fête gay dans un sauna © Tatan Syuflana/AP/SIPA

La police indonésienne a arrêté 141 hommes soupçonnés de participer à une fête gay dans un sauna de Jarkarta, selon les autorités. Un nouveau signe de la répression subie par la communauté homosexuelle dans le plus grand pays musulman du monde. L'ONU demande la libération du gouverneur chrétien de Jakarta condamné pour blasphème à deux ans de prison.

A l’approche du ramadan, les autorités indonésiennes multiplient les actions contre les homosexuels et les vendeurs d’alcool. La police a mené une descente dimanche soir (21 mai 2017) dans un immeuble de la capitale abritant une salle de gym et un sauna pour mettre un coup d'arrêt à une fête. L'homosexualité est légale partout en Indonésie, sauf dans la province conservatrice d'Aceh, qui applique la loi islamique.
 
Selon le porte-parole de la police, dix hommes interpellés pourraient être poursuivis aux termes de la loi antipornographie. Parmi eux, les organisateurs présumés de la fête, des hommes soupçonnés de se prostituer et des stripteaseurs. Ils sont passibles de 10 ans de prison. Les autres personnes arrêtées étaient toujours entendues par les policiers en qualité de témoin.

 
Sur les réseaux sociaux, des photographies montraient des hommes assis torse nu, après le raid, dans une salle dotée d'équipements sportifs. La loi sur la pornographie en Indonésie sert à punir un large éventail de comportements sexuels.
 
Depuis quelques temps, l'hostilité contre la petite communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) d'Indonésie va croissant. Des ministres, des conservateurs et des groupes islamistes se sont livrés publiquement à des propos homophobes. Les homosexuels, à cause de la pression sociale, se rencontrent dans les saunas ou lieux à l’abri des regards. «Il est très difficile pour nous d'exprimer notre sexualité comme des hétérosexuels», a déclaré Hartoyo, le directeur de Suara Kita, un groupe de défense des droits des homosexuels. La publication de photos d'hommes sans chemise est «extrêmement dangereuse», remarque Hartoyo.

 
En début de mois, huit hommes avaient été arrêtés à Surabaya, pour avoir organisé une fête gay, et pourraient subir les foudres de la loi sur la pornographie. La semaine dernière, deux hommes avaient été condamnés à recevoir 85 coups de canne en public, à Aceh, pour avoir entretenu des relations sexuelles.
 
Face à la montée en puissance des associations intégristes, les autorités désirent «préempter le discours religieux». Tobias Basuki, analyste au Centre d'études stratégiques et internationales à Jakarta, cité par New Yortk Times, affirme que la police semble prendre officiellement un rôle que s'octroyaient antérieurement des groupes islamistes de ligne dure. «Il y a un changement dans l'atmosphère de la religiosité en Indonésie», relève-t-il.

 
L'ONU demande la libération du gouverneur chrétien de Jakarta
Des experts de l'ONU ont demandé le 22 mai à l'Indonésie de libérer le gouverneur chrétien de Jakarta condamné pour blasphème à deux ans de prison et dont la famille a soudainement renoncé à interjeter appel. La condamnation, le 8 mai, de Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, avait créé la stupeur, faisant craindre une montée de l'intolérance religieuse dans le plus grand pays musulman du monde.
 
Ce groupe d'experts de l'ONU, dont le rapporteur spécial sur la liberté de religion et d'expression, a réclamé la libération du gouverneur ainsi que l'abrogation des lois sur le blasphème. «La condamnation et l'emprisonnement de M. Purnama pour blasphème vont saper la liberté de religion et la liberté de parole en Indonésie», ont-ils écrit dans un communiqué, avant d'exhorter les autorités à obtenir sa libération immédiate de prison.