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Inondations: les Ivoiriens dénoncent les constructions anarchiques

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 21/06/2018 à 18H18

Site d'un bâtiment en construction qui s'est effondré à Abidjan 6052013
Equipe de sauvetage sur le site d'un bâtiment en construction qui s'est effondré à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire (6 mai 2013) © ISSOUF SANOGO / AFP

Les habitants de la ville d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, font actuellement face aux conséquences dramatiques des inondations qui auraient fait une vingtaine de morts dans le pays et de nombreux dégâts matériels. Depuis les événements, ils mettent en cause les défaillances du plan d'urbanisation de la cité.


«Chaque fois qu'il pleut, c'est la même chose... Il n'y a jamais d'action préventive. Vous verrez, en septembre et en octobre prochains, plus personne n'en parlera. Mais dès juin 2019, au moment de la saison des pluies, il en sera de nouveau question», constate un cadre abidjanais excédé qui a souhaité garder l'anonymat. «Les gens construisent n'importe où. Ce qui se passe aujourd'hui ne nous étonne plus!»

Les récentes pluies diluviennes en Côte d'Ivoire auraient causé la mort d'une vingtaine de personnes (18 à Abidjan) dans la nuit du 18 au 19 juin 2018, selon le dernier bilan officiel. Alors qu'ils doivent faire face aux conséquences dramatiques des intempéries, les Ivoiriens pointent du doigt le laxisme des autorités en matière d'urbanisation. Constructions anarchiques et système d'assainissement inadéquat ou entravé (bouché par des constructions ou des ordures ménagères) seraient à l'origine des inondations mortelles dans la capitale économique, Abidjan, et dans d'autres localités du pays. Le problème n'est pas nouveau. 

Dans un communiqué officiel, «le Front populaire ivoirien (FPI, opposition) s’interroge et comprend difficilement que les mêmes zones sinistrées (à Abidjan) demeurent un théâtre de désolation chaque saison des pluies. Riviera Palmeraie, carrefour Riviera III, Riviera Ste Famille, II Plateaux Angré Château, Attécoubé, Plateau carrefour Indenié. Nous constatons, en réalité, que le gouvernement n’a pas pris de mesures suffisantes pour éviter la survenance de tels drames (…).» 

Une maison Riviera III après intempéries nuit 18 au 190618
Une maison de la Riviera III après les intempéries de la nuit du 18 au 19/06/18  © EO/Géopolis

En ligne de mire, entre autres, le ministère de la Construction, du Logement, de l'Assainissement et de l'Urbanisme. Dans un éditorial dans les colonnes du journal pro-gouvernemental Fraternité Matin publié le 20 juin 2018, le journaliste Bledson Mathieu écrit: «Ce sont (les) fonctionnaires (de ce ministère) que nous payons pour veiller à ce que les constructions et les ouvrages d'assainissement soient aux normes (...) Chaque fois que l'on entend parler d'eux, c'est qu'ils ont vendu des terrains à plusieurs personnes. Chaque fois qu'il y a des inondations, on oublie qu'il y a des années, quelqu'un au ministère de la Construction et de l'Urbanisation a délivré un document de conformité. Incroyable! (...) Déficit de probité assurément. On les a payés pour un travail qu'ils n'ont pas fait. Ils sont payés en sus sur le terrain. Nous payons aujourd'hui leur laxisme. Avec des larmes.» 


Post Facebook d'une habitante de la Riviera III (quartier d'Abidjan) dont la maison a été détruite par les inondations

La vue aérienne du site problématique sous différents angles. Voyez vous même. Un bâtiment construit entre 2citées....

Posted by Lulu Lacastagne on Thursday, June 21, 2018


L'Etat en quête de fonds pour le nouveau schéma d'assainissement d'Abidjan
Le ministère ivoirien de la Construction a pourtant tiré la sonnette d'alarme. Début mai, il publiait un communiqué, où il demandait en prévision des fortes pluies, «aux populations qui occupent les passages d'eaux, les cuvettes, les caniveaux (et) les zones d'éboulement de bien vouloir les libérer sans délais». Quelques semaines plus tôt, le ministère avait lancé une campagne contre les constructions anarchiques. Selon une enquête de ses propres services, «plus de 90% des chantiers sont exécutés pour la plupart en violation des règles du permis de construire et au mépris des dispositions constructives. Aucun quartier (d'Abidjan) n’en fait l’exception». Une campagne de démolition a été lancée à la suite de ce constat en avril 2018.


Et cette campagne devrait être renforcée. Le président ivoirien Alassane Ouattara, rentré précipitamment d'un séjour français face à l'ampleur du drame, a de nouveau indiqué le 20 juin 2018 que «les constructions réalisées dans les bassins d’orages, sur les ouvrages de drainage et d’assainissement devront être détruites». Une mesure transitoire pour régler un problème dont l'une des solutions n'est pas près d'être mise en œuvre. 

Les autorités ivoiriennes ont validé en mai 2018 un schéma directeur d’assainissement et de drainage (eaux usées et eaux pluviales) du district d’Abidjan (qui comprend les 13 communes de la capitale économique) pour la période 2018-2033. Coût d'exécution: 530 milliards de francs CFA (808 millions d'euros). L'Etat ivoirien annonçait alors qu'il recherchait des financements pour boucler le programme.

Vidéo mise en ligne le 16 décembre 2016 (RTI, chaîne publique ivoirienne)

«Avec une population de plus de 4 millions d’habitants, Abidjan est la troisième plus grande ville francophone du monde. Mais moins de 43% des habitations sont connectées à un système d’épuration», soulignait la Croix-Rouge en 2014.