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Iran,  Moyen-Orient

Iran: Hassan Rohani marque des points, le Guide Ali Khamenei garde les commandes

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 01/03/2016 à 16H53

Ecolières iraniennes en visite au Parlement
Des écolières iraniennes assistent à une session du Parlement à Téhéran, le 1er mars 2016. Un Majlis qui comportera au moins 14 femmes en majorité réformatrices contre 9 auparavant, toutes conservatrices.  © ATTA KENARE/AFP

Si les ultraconservateurs apparaissent comme les grands perdants du double scrutin iranien du 26 février, les résultats sont loin d’être une victoire pour les réformateurs. Certes, les partisans du président Rohani opèrent une percée au Parlement et à l’Assemblée des experts, mais les conservateurs gardent avec le Guide suprême la haute main sur les décisions politique, économique et diplomatique.


Sept mois après l’accord sur le programme nucléaire passé avec les Occidentaux, les électeurs iraniens ont confirmé dans les urnes leur soutien à son artisan, le président Rohani, et infligé un sérieux camouflet aux ultraconservateurs qui l’ont vécu comme une trahison.
 
En l’absence des chefs de file de la contestation de 2009 Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, toujours en résidence surveillée, et de candidats réformateurs, écartés pour la plupart par le Conseil des gardiens de la Constitution, les voix des Iraniens désireux d’ouverture, au moins économique, se sont reportées sur le courant modéré.

Un second tour se tiendra en avril 
A l’arrivée, sur les 290 sièges du Majlis, 103 sont allés aux conservateurs, 95 aux partisans de la ligne Rohani, 14 à des indépendants sans engagement politique précis, 4 à des conservateurs modérés et 5 aux minorités religieuses sans affiliation politique.
 
Un second tour aura lieu en avril pour départager les candidats pour les 69 sièges demeurés sans gagnant. Mais d’ores et déjà, même si les réformateurs ont enregistré une forte progression face aux conservateurs, aucun des deux camps n’obtient la majorité au Parlement.
 
Même percée au sein de l’Assemblée des experts, chargée d’élire ou de révoquer le Guide suprême. Sur les 88 religieux qui la composent, l’ancien président modéré Akbar Hachémi Rafsandjani et l’actuel président Rohani arrivent dans les trois premiers, évinçant deux ayatollah parmi les plus radicaux, Mohamed Yazdi et Mohamed Taghi Mesbah Yazdi.

Habile dosage de conservateurs, réformateurs, modérés ou pragmatiques 
L’habile dosage des candidats, de conservateurs et réformateurs, modérés ou pragmatiques, supervisé en amont par l’Ayatollah Ali Khamenei en personne, va donc permettre à l’actuel président d’avancer vers un deuxième mandat et de progresser dans les réformes attendues par la population après la levée des sanctions et dans le cadre d’une ouverture encore à confirmer.

Le président iranien Hassan Rohani à Téhéran

Le président Hassan Rohani, au salon de l'industrie automobile à Téhéran le 1er mars 2016. Il a le feu vert des électeurs pour les réformes économiques et sociales, mais orange des conservateurs. © HO/IRANIAN PRESIDENCY/AFP

 
Fort des 30 sièges de Téhéran, jusque là détenus par les conservateurs, Hassan Rohani a remercié les électeurs d’avoir choisi «le bon chemin pour le pays» qui va pouvoir faire un pas en avant sur la voie du développement.
 
«S’il y a encore des gens qui pensent que ce pays doit être en confrontation avec les autres, c’est qu’ils n’ont pas compris le message de 2013», a-t-il lancé à ses adversaires, en allusion à sa propre élection à la présidence.
 
Une progression dont il sait pourtant qu’elle a ses limites. Le quotidien Kayhan proche du Guide Suprême s’est chargé de les lui rappeler.

La République islamique, «un modèle de gouvernance pour toute la région»
«Il est ridicule, et même immature, de répéter les déclarations des analystes de CNN, la BBC ou Fox News affirmant que les élections sont une approbation de la politique du président Rohani et son gouvernement modéré», estime le quotidien ultra-radical dans son éditorial.
 
«C’est tout le contraire, poursuit le journal, ces élections ne sont qu’une nouvelle occasion offerte aux électeurs pour exprimer leur soutien à la République islamique, un modèle de gouvernance pour toute la région.»
 
Un rappel au président, selon Vincent Eiffling, chercheur au Centre d'études des crises et conflits internationaux, qu’«il y a différents pôles de pouvoir au sein du système, notamment les gardiens de la Révolution et les confréries religieuses. Ces deux ensembles contrôlent à eux seuls plus ou moins 80% de l'économie iranienne.»

Pas de risque de changement dans le soutien à Bachar al-Assad et la rivalité avec l'Arabie Saoudite
Quant à la politique étrangère, toujours selon ce chercheur, elle ne risque pas de varier d’un iota. «Les décisions sont prises par le Guide qui donne des directives que l’exécutif s’occupe de mettre en œuvre.»
 
Il ne faut donc pas s’attendre à des changements dans le soutien au régime de Bachar al-Assad ou dans la rivalité avec l’Arabie Saoudite.
 
Les vrais gagnants de ce scrutin législatif, ou du moins faudrait-il dire gagnantes, ce sont les femmes. Le Parlement en comptera au moins quatorze en majorité réformatrices, contre neuf auparavant, toutes conservatrices.

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