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Iran : Hassan Rohani pris entre Washington, les conservateurs et ses électeurs

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 22/05/2017 à 11H23

Supporters Hassan Rohani àTéhéran
Des milliers de jeunes Iraniens rêvant d'ouverture ont fêté jusque tard dans la nuit, dans les rues de Téhéran, la victoire de Rohani, le 20 mai 2017. © CITIZENSIDE/Rouzbeh Fouladi/AFP

A peine réélu avec une large majorité des voix, dont celles des jeunes, le président Hassan Rohani se retrouve sous une triple pression. Celle de Washington qui le somme de démanteler le réseau terroriste de l’Iran. Celle des électeurs qui appellent à la libération de deux dirigeants réformateurs assignés à domicile. Et celle enfin des conservateurs opposés à sa politique d’ouverture sur le monde.

Réélu pour un mandat de quatre ans avec une confortable majorité de 57% des votes et renforcé par la conquête de la totalité des 21 sièges du conseil municipal de Téhéran, le président iranien sortant n’est pas au bout des difficultés d’une gouvernance sous régime de velayat-e faqih ou la tutelle du jurisconsulte, c'est-à-dire le guide suprême Ali Khamenei.
 
«Vivre en paix et dans l'amitié avec le reste du monde»
Dès l’annonce officielle de sa victoire, Hassan Rohani a voulu se montrer rassurant. «Le peuple iranien veut vivre en paix et dans l’amitié avec le reste du monde, mais il n’accepte pas la menace et l’humiliation», a-t-il déclaré à la télévision.
 
Par son vote, «notre peuple a déclaré aux pays voisins et à toute la région que la voie pour instaurer la sécurité est le renforcement de la démocratie, non de s’appuyer sur les puissances étrangères», a-t-il précisé dans le contexte de tension avec les Etats-Unis et le voisin ennemi saoudien.
 
Depuis Riyad, où se trouvait le président Donald Trump pour son premier déplacement à l’étranger, lui parvenait la réponse américaine, en avant goût de l'important discours à la nation musulmane.
 
«J’espère que Rohani engagera un processus de démantèlement du réseau de terrorisme d’Iran» et «mettra fin aux essais de missiles balistiques», a aussitôt prévenu le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

Washington et Riyad veulent contrer «la mauvaise influence iranienne» 
Une sévère mise en garde aux autorités iraniennes, d’autant que Washington venait de signer avec les dirigeants saoudiens des contrats «historiques», selon la formule de Donald Trump, de près de 400 milliards de dollars pour la défense et la lutte anti-terroriste. Des méga-accords visant à contrer en particulier la «mauvaise influence iranienne» dans la région, a souligné le chef de la diplomatie américaine.
 
L’administration Trump, qui menace de «déchirer» l’accord sur le programme nucléaire iranien passé avec les puissances occidentales, tout en maintenant la levée partielle des sanctions si utiles au président Rohani, ne baisse pas la garde sur l’exportation de la révolution iranienne dans des pays comme l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen ou le Bahrein.
 
A cette pression extérieure mise sur le nouveau président iranien est venue, dès l’annonce de la victoire, s’ajouter celle des jeunes électeurs qui l'ont rendue possible. Tout à la joie d’avoir empêché le retour d’un président conservateur en la personne d’Ebrahim Raïssi, les Iraniens rêvant d’ouverture ont scandé jusque tard dans la nuit le nom de Rohani dans les rues de Téhéran.

Les conservateurs radicaux déterminés à faire échec à l'ouverture
Mais ils scandaient aussi le nom de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les deux dirigeants réformateurs assignés à résidence depuis 2011, pour réclamer leur libération. Une revendication jamais oubliée et que Rohani semble bien en mal d’obtenir auprès du détenteur du pouvoir suprême.
 
Le guide Ali Khamenei, qui garde la haute main sur tous les pouvoirs dont le pouvoir judiciaire et celui des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime. Des pouvoirs proches des conservateurs radicaux, opposés à une extension des libertés dans la société ainsi qu’à l’entente avec l’Occident.
 
Ces «institutions vont tenter d’empêcher Rohani d’appliquer ses réformes», prédit Clément Therme, analyste à l’Institut International des études stratégiques (IISS) cité par l’Agence France Presse.
 
Selon lui, le président réélu «va mettre l’accent sur l’économie» et «s’il y a une amélioration dans la vie quotidienne de la population, il renforcera sa position pour pousser les réformes dans le domaine des droits civiques».
 
Mais relancer l’économie dans l’état diplomatique et économique du pays ne sera pas aisé, et le discours de Donald Trump à Riyad appelant tous les pays musulmans à «isoler» l’Iran n’est pas de nature à faire fléchir le Guide, ni à simplifier la tâche du président Rohani.