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Iran,  Moyen-Orient

Iran : l'ombre du guide suprême Ali Khamenei plane sur le scrutin présidentiel

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 24/04/2017 à 09H04, mis à jour le 24/04/2017 à 09H04

Ebrahim Raïssi
L'ancien procureur général iranien, à la tête de la puissante fondation Astan Qods Razavi de Machhad, après le dépôt de sa candidature à la présidentielle, à Téhéran le 14 avril 2017. © Rouzbeh Fouladi/Citizenside/AFP

Le Conseil des gardiens de la constitution a donné un coup d’accélérateur à la campagne présidentielle iranienne. Il a rendu son verdict sur les dossiers des 1636 candidats avec une semaine d’avance sur le calendrier. Seules six candidatures ont été retenues et celle de l’ancien président Ahmadinejad a été invalidée. De son côté, l’opposition dénonce un système qui met «hors jeu» le Président.

 
Sur l’examen des 1636 dossiers de candidatures, dont 137 femmes, à la présidentielle iranienne du 19 mai 2017, le Conseil des gardiens de la constitution a mis les bouchées doubles. Une semaine avant la date butoir du 28 avril, il a rendu son verdict donnant le coup d’envoi de la campagne.

Six candidatures retenues sur 1636, et aucune femme 
Filtre incontournable pour tout scrutin en République islamique, ce conseil est constitué de douze membres : six mollahs nommés par le Guide suprême, Ali Khamenei, et six juristes désignés par le chef du pouvoir judiciaire, lui-même nommé directement également par l’ayatollah Khamenei.
 
Créé en vue de «sauvegarder les ordonnances islamiques et la constitution», le Conseil a fait son office. Sur la totalité des candidatures il n’en a retenu que six, dont aucune femme.
 
Celle surprise de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, déposée contre l’avis du Guide, a été écartée sans ménagement en même temps que celle de son poulain, Hamid Baghaie, son ex vice-pésident qui s’était inscrit le même jour.
 
Au final, le Conseil des gardiens a habilement limité la course à la présidence à trois candidats modérés-réformateurs et trois conservateurs, selon la terminologie en vigueur, conférant au scrutin un équilibre formel.

Hassan Rohani, un candidat fréquentable sur la scène internationale 
Parmi eux, le président sortant, Hassan Rohani, un pragmatique modéré âgé de 69 ans, fait office de favori pour un deuxième mandat de quatre ans. Il a pour lui d’avoir été élu à une large majorité, notamment des jeunes, dès le premier tour en 2013.
 
A son actif également, la signature de l’accord sur le programme nucléaire avec les puissances occidentales qui font de lui un interlocuteur fréquentable sur la scène internationale.

Le président Rohani
Le président iranien sortant, Hassan Rohani, au moment de son inscription à l'élection présidentielle au ministère de l'intérieur à Téhéran, le 14 avril 2017. © ATTA KENARE/AFP
 
Toutefois, la relance de l’économie attendue après la levée partielle des sanctions n’a pas eu lieu. Malgré la reprise des exportations de pétrole et le retour des hommes d’affaires et des touristes, l’inflation est à 20% selon un chiffre officiel, le chômage est passé de 10,5 à 12,4% et, selon l’opposition, 45% de la population serait touchée par la faim.

Ebrahim Raïssi, un nouveau en politique mais un ancien du système judiciaire 
C’est sur un tel bilan que l’attaque son principal adversaire, le candidat conservateur, Ebrahim Raïssi. A 57 ans, ce proche du Guide suprême qui l’a nommé à la tête d’une importante fondation de charité de Machhad, est un nouveau venu en politique, mais un ancien du système judiciaire.
 
«Raïssi a été juge à 18 ans et procureur à 19 ans, car c’est possible dans un système religieux», explique François Colcombet, un juriste français, coauteur d’un ouvrage à paraître aux éditions Autrement sur l’Iran. Selon lui, «derrière une présidence Raïssi, c’est le remplacement du Guide qui se profile. Il est souvent cité comme favori pour la succession de Khamenei».
 
La présidence avait servi de tremplin à ce dernier pour prendre la succession de l’ayatollah Khomeiny, guide suprême historique de la République islamique.
 
De son côté, Afchine Alavi, membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), souligne que la candidature du nouveau protégé de Khamenei remet en lumière la responsabilité du régime dans un épisode sanglant de la révolution.

Le nom du poulain du Guide suprême associé au massacre d'opposants en 1988 
Son nom est en effet associé au massacre d’opposants au cours de l’été 1988 sur fatwa de l’Imam Khomeiny. «A cette époque, Raïssi était procureur adjoint à Téhéran et membre, avec trois autres personnes, de la commission de la mort. Il est responsable du massacre de 33 700 prisonniers qui purgeaient leur peine. Ils ont été exécutés en l’espace de trois à quatre mois», raconte Afchine Alavi.
 
Hormis ces deux ténors du douzième scrutin présidentiel iranien, figurent également deux candidats conservateurs : l’actuel maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf en faveur duquel Raïssi pourrait se retirer en cas de rassemblement unitaire derrière lui et Mostafa Mir Salim.
 
Les deux autres modérés réformateurs sur les rangs sont Es-hagh Jahanguiri, proche et vice-président du président sortant Rohani et l’ancien ministre de l’Industrie, Mostafa Hashemitaba.

Si la Constitution est ainsi respectée dans les formes, «l’ombre du Guide plane sur le vote», estime Afchine Alavi. Pour lui, «les deux principaux adversaires lui ont demandé l’autorisation de se présenter. On parle de l’élection de quelqu’un qui n’a pas de pouvoir réel. Le poids du guide suprême met en réalité le Président hors-jeu», a-t-il conclu..