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Islande,  Europe

Islande : le président empêtré dans un «pizza-à-l’ananas-gate»

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 22/02/2017 à 17H03, mis à jour le 22/02/2017 à 17H03

Le président islandais Guoni Johannesson apprécie visiblement bonne chère
Le président islandais, Guoni Johannesson (à droite), n'aime peut-être pas l'ananas, mais il apprécie visiblement la bonne chère. Comme il le prouve ici, le 25 janvier 2017, lors de sa visite dans une école hôtelière à Copenhague (Danemark), en compagnie notamment du prince héritier du Danemark, Frederik (à sa droite).  © AFP - SCANPIX DENMARK - MARTIN SYLVEST /

Le président islandais, Guðni Th. Jóhannesson, a assuré sur Facebook qu’il n’entendait pas interdire… la pizza à l’ananas. Une clarification culinaire qui entend répondre à une polémique grandissante dans son pays et sur les réseaux sociaux à l’étranger. L’affaire est partie d’une plaisanterie faite mi-février par le chef de l’Etat dans un lycée d’Akureyi (nord de l’île)…

Au cours de sa visite, Guðni Th. Jóhannesson, 48 ans, historien et président depuis juin 2016, a répondu très librement aux questions des élèves, à la fois variées et saugrenues. Ce néophyte en politique, élu face à des vieux routiers du pouvoir islandais, a ainsi expliqué que Manchester United était son club de foot préféré. Mais aussi qu’il était «fondamentalement opposé»… à l’ananas sur les pizzas. Et d’ajouter que s’il le pouvait, il interdirait l’utilisation de ce fruit exotique dans la fabrication du célébrissime plat italien.

Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’enflamment et pour que l’affaire dépasse les frontières de l’île … A tel point que le président a été obligé de revenir sur la polémique le 21 février 2017. En publiant sur Facebook une déclaration au ton très sérieux, à la fois en islandais et en anglais.  

«J’aime les ananas, mais pas sur la pizza», y explique-t-il. «Je n’ai pas le pouvoir de faire des lois qui interdisent aux gens de mettre des ananas sur leurs pizzas. Je suis heureux de ne pas avoir un tel pouvoir», poursuit-il. Tout en ajoutant : «Les présidents ne devraient pas avoir de pouvoirs illimités. Je n’aimerais pas exercer cette fonction si j’étais en mesure de faire passer des lois interdisant ce que je n’aime pas. Je n’aimerais pas vivre dans un tel pays». Et de conclure, en bon citoyen d’un pays connu pour sa pêche : «Pour les pizzas, je recommande les fruits de mer».

La déclaration président islandais sur Facebook
La déclaration du président islandais sur sa page Facebook © DR (capture d'écran de Facebook)

«Lisse et consensuel»
Derrière la plaisanterie, on devine le ton sérieux d’un démocrate qui n’entend pas outrepasser ses pouvoirs. Un sujet sur lequel il est parfaitement à l’aise : spécialiste des questions constitutionnelles, il a derrière lui une carrière d’enseignant en sciences politiques.   

Guðni Th. Jóhannesson a été élu par des électeurs qui entendaient renouveler leur classe politique. Laquelle a été touchée par une série de scandales, notamment les Panama Papers.

Se proclamant au-dessus des partis, l’homme cultive un style «lisse et consensuel», rapporte Libération. Il «a passé l’essentiel de sa vie professionnelle dans les amphithéâtres et les bibliothèques jusqu’à cette décision de se porter candidat en jouant la carte de la virginité politique».

Une fois au pouvoir, il a cultivé un style très décontracté. Et, apparemment, différent de celui de ses prédécesseurs. Il a ainsi refusé une augmentation de 20 % de son traitement, avant de décider de verser 10% de son salaire à une organisation humanitaire. Et peu de temps après avoir pris ses fonctions, il a été le premier président au monde à participer à une Gay Pride, rapporte le site (en anglais) icelandmag.

Apparemment, ses compatriotes apprécient. Il recueille ainsi 97% de bonnes opinions. Un score à faire pâlir d’envie tous les dirigeants des pays démocratiques. Comme l’expliquent certains commentateurs islandais, si tous les controverses politiques avaient le goût de la «pizza-à-l’ananas-gate» (traduction française de «pineapple-pizza-gate», le suffixe «gate» désignant un gros scandale depuis le fameux Watergate), le monde serait plus facile à vivre…