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Israël accuse le Hezbollah d'avoir tué son propre dirigeant militaire en Syrie

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 23/03/2017 à 15H44

Obsèques Mustafa Badreddine au Liban
Militants et sympathisants du Hezbollah aux obsèques du dirigeant militaire Mustafa Badreddine, à Ghobeiry dans la banlieue de Beyrouth, le 13 mai 2016. © Stringer/AFP

C’est le Hezbollah qui aurait lui-même assassiné un de ses dirigeants militaires en mai 2016 en Syrie. L’information circulait timidement dans les médias et sur les réseaux sociaux depuis début mars. Il a suffi d’une confirmation du chef d’Etat major israélien pour qu’elle devienne virale. Une révélation qui intervient en pleine tension entre Israël d’une part et l’Iran et le Hezbollah de l’autre.


«Nous pensons qu’il a été tué par ses propres officiers.» Une simple affirmation du chef d’Etat-major israélien, Gadi Eisenkot, sur la mort du dirigeant militaire du Hezbollah, Mustafa Badreddine, en 2016 en Syrie, qui s’est aussitôt répandue comme une traînée de poudre dans les médias internationaux et arabes et sur les réseaux sociaux. 

Deux hauts responsables militaires du Hezbollah assassinés en Syrie 
Le général Gadi Eisenkot, qui s’exprimait lors d’une conférence au collège académique de Netanya, a indiqué que l’information était basée sur des renseignements obtenus par Israël, sans toutefois fournir d’explication sur les raisons d’une telle liquidation au sein du mouvement chiite libanais pro-iranien.
 
Tué à l’âge de 55 ans, Mustafa Badreddine était surnommé Zulfikar, du nom de l’épée historique de l’Imam Ali, père fondateur de la branche chiite de l’Islam. Il était chargé de la direction des opérations militaires du Hezbollah en Syrie auprès du régime de Bachar al-Assad.
 
Compagnon de route de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Parti de Dieu, il avait succédé à Imad Moghniyeh, cerveau des opérations spéciales du bras armé de l’Iran au Liban, assassiné lui aussi en 2008 en Syrie, dans un quartier résidentiel de Damas.
 
A l’époque, le mouvement avait accusé Israël d’avoir tué Moghniyeh, ce qui n’est pas le cas pour Badreddine. «L'explosion qui a visé une de nos bases située près de l'aéroport international de Damas, et qui a conduit au martyre du commandant Sayyed Mustafa Badreddine, résulte de tirs d'artillerie menés de la part des groupes takfiristes présents dans la région», avait conclu l’enquête du Hezbollah deux jours plus tard.

Israël corrobore l'hypothèse de la chaîne saoudienne Al Arabiya 
En attribuant l’assassinat du dirigeant militaire à des hommes de son propre mouvement, Israël corrobore deux semaines plus tard, l’enquête menée par la chaîne Al Arabiya, diffusée le 7 mars 2017.

L'enquête diffusée par la chaîne saoudienne Al Arabiya sur l'assassinat de Mustafa Badreddine.
 
Selon la chaîne saoudienne, le surnommé Zulficar aurait été tué sur ordre de Hassan Nasrallah, lui-même pressé par son mentor iranien. Sur le terrain syrien, un conflit opposait en effet Mustafa Badreddine au commandant des Gardiens de la révolution, Qassem Suleimani, chargé des opérations extérieures de la République islamique d’Iran.
 
Le dirigeant militaire de la milice chiite libanaise déplorait que le haut responsable iranien préserve la vie de ses combattants au détriment de celle des miliciens du Hezbollah. L’opposition de Badreddine à Suleimani était devenue un tel fardeau pour le pouvoir à Téhéran qu'il aurait mis la pression sur Nasrallah pour qu’il s’en débarrasse.
 
Mustafa Badreddine était recherché pour le meurtre du Premier ministre libanais Hariri
Par ailleurs, Mustafa Badreddine figurait parmi les quatre accusés de l’attentat qui a coûté la vie au Premier ministre libanais, Rafic Hariri, en 2005 à Beyrouth. Il était réclamé par le Tribunal spécial pour le Liban, mis sur pied pour juger cet assassinat. Une véritable bombe à retardement pour le mouvement chiite libanais.
 
C’est pour ces raisons que le responsable militaire du Hezbollah en Syrie a été tué, selon Al Arabiya, dans la nuit du 12 au 13 mai 2016 près de l’aéroport de Damas. La chaîne précise qu’il était arrivé dans un bâtiment de la sécurité avec deux autres personnes qui ont survécu à l’opération. Elle rapporte également que «son grand ennemi», le général Suleimani, présent à cette réunion, avait quitté les lieux quelques minutes avant l’exécution.
 
La chaîne va même jusqu’à communiquer le nom de la personne censée avoir abattu Mustafa Badreddine, un de ses proches en lequel il avait toute confiance.

Des révélations qui fragilisent le Hezbollah de l'intérieur 
Il reste, bien sûr, aussi difficile de vérifier les informations israéliennes et saoudiennes que celle du Hezbollah affirmant qu’il s’agit d’un tir «terroriste». Toutefois, leur publication qui intervient en pleine tension entre l’Etat hébreu et l’Iran, est de nature à fragiliser la position dominante du Parti de dieu, bras armé de Téhéran au Liban.
 
Dans son propos, le général israélien Eisenkot indiquait d’ailleurs que le Hezbollah traversait «une crise majeure, tant économique que sur le plan de son leadership». Une indication destinée à accréditer la thèse d’un règlement de compte interne au mouvement.