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Israël :une vidéo pour discréditer Barghouti et stopper les grévistes de la faim

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 10/05/2017 à 13H49

Portrait Marwan Barghouti
Des manifestants palestiniens brandissent le portrait de Marwan Barghouti, le dirigeant du Fath détenu depuis 15 ans en Israël et en grève de la faim depuis plus de trois semaines, au pied de la statue de Nelson Mandela à Ramallah, le 3 mai 2017. © ABBAS MOMANI/AFP

Après avoir interdit tout contact avec les 1500 détenus palestiniens en grève de la faim, Israël lance une «guerre psychologique» contre le mouvement. Les services carcéraux auraient piégé le dirigeant du Fath, Marwan Barghouti, à l’origine de la fronde, pour le discréditer. Des images reprises, accompagnées d’insultes par les sites pro-israéliens, et dénoncées comme «faux» par les Palestiniens.

Ce sont les médias israéliens et les réseaux sociaux partisans de l’Etat hébreu, qui se sont chargés de faire circuler l’information fournie par un employé des milieux carcéraux à la deuxième chaîne de télévision israélienne.

Un stratagème des services carcéraux pour discréditer le le plus célèbre détenu palestinien 
Marwan Barghouti, dirigeant du Fath, condamné cinq fois à la réclusion à perpétuité pour «meurtre et soutien au terrorisme», et initiateur du mouvement de grève de la faim des prisonniers palestiniens, aurait été filmé dans sa cellule en train de manger.
 
De son côté, le ministre israélien de la sécurité intérieure, Gilad Erdan, a confirmé l’information à la radio militaire. Selon lui, les services carcéraux ont usé d’un stratagème pour piéger le plus célèbre détenu palestinien afin de le discréditer.
 
En pleine grève de la faim, lancée par lui-même le 17 avril 2017 via une tribune dans le New York Times et suivie par quelque 1500 de ses compatriotes, ils auraient placé des biscuits et des confiseries dans sa cellule afin de pouvoir le filmer et diffuser une vidéo de lui en train de briser son jeûne de contestation des conditions carcérales.
 
Filmée depuis le plafond de la cellule, la vidéo montre une personne retirée dans le coin toilette en train de grignoter discrètement des choses sorties d’un papier dans sa main.
 
Selon un porte-parole des services carcéraux cité par le Times of Israël, «Barghouti avait mangé des biscuits et vendredi, il a mangé une gaufrette aux amandes enrobées de chocolat, appelée Torlit».

L'enregistrement ne permet pas de voir le visage de la personne 
«L’enregistrement du 27 avril n’est pas très net, explique le journal, parce que Barghouti avait fermé la porte des cabinets, mais dans la vidéo de vendredi, on le voit clairement casser la gaufrette et porter les morceaux à sa bouche».
 
Times of Israël ajoute que l’enregistrement ne permet pas de voir le visage de la personne parce qu’il regarde vers le sol et précise que l’équipe «n’a pas été en mesure de vérifier les dates auxquelles les vidéos ont été tournées. La vidéo du 27 avril comporte un horodatage, mais celle du 5 mai n’est horodatée qu’au début».

 
«C’est évident qu’il ne savait pas qu’il était filmé, et s’il le savait, il ne sait probablement pas que les services carcéraux sont en mesure d’obtenir ce qu’ils ont diffusé», a affirmé le ministre de la Sécurité intérieure, reconnaissant que l’objectif de la manipulation était de démobiliser les grévistes de la faim pour qu’ils mettent fin à leur mouvement.

Son épouse, Fadwa Barghouti, dénonce une guerre psychologique 
Les défenseurs du mouvement de protestation ont aussitôt réagi dénonçant un «faux».«C’est un montage. Une guerre psychologique qu’Israël mène, comme nous l’attendions, contre la grève», a déclaré Qadura Farès, chef du groupe de défense du Club des prisonniers palestiniens. Pour lui, Barghouti, étant placé en isolement, n’a pas accès à de la nourriture, et «les prisonniers ne tiendront pas compte de cette histoire livrée par les Israéliens. Ils continueront leur grève!», a-t-il affirmé.
 
Même hypothèse pour l’avocate et épouse du dirigeant palestinien incarcéré depuis quinze ans. Lors d’une conférence de presse tenue à Ramallah le 7 mai 2017, Fadwa Barghouti a dénoncé une vidéo «fabriquée par le gouvernement et les agences israéliennes de sécurité». Pour elle aussi, il s’agit d’une «guerre psychologique» destinée à «casser le morale des grévistes de la faim».

Fadwa Barghouti
Fadwa Barghouti, avocate et épouse du dirigeant du Fath, Marwan Barghouti, lors de sa conférence de presse à Ramallah, le 7 mai 2017, pour dénoncer une guerre psychologique d'Israël contre les grévistes de la faim. © Issam Rimawi/Anadolu Agency/AFP
 
Après avoir interdit tout contact avec les 1500 grévistes de la faim, sur les 6500 Palestiniens détenus en Israël, et placé certains en isolement, sans réussir à stopper le mouvement, l’Etat Hébreu s’est en effet engagé dans une démarche à double objectif: démoraliser par ce document vidéo, (vrai ou faux ?), les grévistes et de la faim et jeter le discrédit sur un dirigeant trop charismatique, autant dans les prisons que dans les territoires palestiniens.
 
Le successeur potentiel de Mahmoud Abbas soutenu par le pacifiste israélien Uri Avnery
Agé de 57 ans, Marwan Barghouti, est considéré depuis des années comme un successeur potentiel au président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Principal instigateur de la première intifada (soulèvement) palestinienne en 1987, puis de la seconde en 2000 dans la foulée d'une visite d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées, il échappe à une tentative d’assassinat par Israël en 2001 avant d’être arrêté, jugé et incarcéré.
 
En Israël, son meilleur défenseur reste un militant pacifiste de renom. Dans une chronique publiée sous le titre «Le Nelson Mandela de la Palestine» sur le site de Gush-shalom (le Bloc de la paix), Uri Avnery, fondateur de ce mouvement, écrit le 22 avril 2017 : «J’ai une confession à faire : j’aime Marwan Barghouti», avec lequel il partage les mêmes idées pour la paix.
 
Ancien officier de Tsahal, de la même promotion qu’Ytzhak Rabin, Uri Avnery estime que Barghouti est «un combattant de la liberté» considéré comme un «terroriste» par les autorités israéliennes, comme il l’avait été lui-même en son temps par les autorités britanniques.
 
Dénonçant la «politique cruelle, illégale et contre-productive» d’Israël à l'égard des grévistes de la faim, Avnery estime qu’ «il n’y a aucun moyen de triompher contre une grève de la faim. Les prisonniers sont obligés de gagner, spécialement quand des gens sérieux, dans le monde entier, observent la situation».
 
«J’attends le jour où je pourrai de nouveau rendre visite à Marwan Barghouti en homme libre chez lui à Ramallah», ajoute encore le pacifiste israélien qui a signé une pétition pour sa libération.