Portrait

Politique,  Mali

Le nom d'Iyad Ag Ghali, chef djihadiste et ancien bassiste de blues, réapparaît

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 06/08/2013 à 09H27, mis à jour le 20/06/2017 à 12H13

Iya-Ag-Ghali à droite en 2012 à Kidal.
Iyad Ag Ghali (à droite), alors leader du groupe islamiste Ansar Dine, lors d'une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Djibril Bassole, à Kidal (nord du Mali, le 7 août 2012. © Reuters - Stringer

Iyad Ag Ghali refait parler de lui après l'attaque meurtrière de Bamako le 18 juin 2017, revendiquée par la filiale malienne d'al-Qaïda, Nusrat al Islam wal Muslimin, que dirige l'ancien émir d'Ansar Dine. Donné pour mort en mars 2013 dans les combats au Nord-Mali, il prévient les «Croisés» qu'ils ne seront jamais en sécurité au Mali. Dans une autre vie, il était bien loin de la rigueur islamiste.


Iyad Ag Ghali s’est forgé une véritable légende, dont on ne peut pas forcément vérifier tous les éléments. Mais une chose semble sûre : il a eu un parcours assez sinueux…

L'homme passe aujourd’hui pour un djihadiste pur. Et surtout dur. Allié à Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique), avec son ancien groupe Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) et aujourd'hui Nusrat al Islam wal Muslimin, au Nord-Mali. Tandis qu’à la mosquée, le chef «se (tenait) au premier rang, il ne (serrait) plus la main à une femme, il (buvait) de l'eau et (refusait) tout contact avec les non-musulmans», raconte Le Figaro Magazine. Ce qui n’a pas empêché ses partisans de détruire des monuments islamiques.

Né en 1953 ou 1954 à Kidal, Iyad est issu de la grande tribu des Ifoghas, rappelle le chef touareg Shindouk Oulad Najim dans son livre Je reviendrai à Tombouctou. Pour de nombreux jeunes du Nord, il a incarné la cause touareg face à l’Etat malien contre qui il a participé à plusieurs révoltes. C’était alors «un grand guerrier», dit de lui Shindouk. Au début des années 80, il sert dans la Légion islamique du colonel libyen Kadhafi. Dans ce cadre, il se bat au Liban en 1982 aux côtés des Palestiniens, puis au Tchad pour renverser le président Hissène Habré, allié des Français.

Mali-Ansar
Militants du groupe djihadiste Ansar Dine à Kidal (nord-Mali) le 16 juin 2012 © Reuters - Adama Diarra

Revenu au Mali, Iyad Ag Ghali s’éloigne de la Libye. Il accepte de mener des discussions avec le pouvoir, soutenues par l’Algérie. Discussions qui aboutissent aux accords de Tamanrasset, garantis par Alger et signés le 6 janvier 1991. Certains murmurent qu’il serait alors devenu un agent algérien… Par la suite, le chef touareg aurait basculé vers le rigorisme islamiste au contact de prédicateurs pakistanais. A partir de 2003, il devient négociateur pour la libération d’otages occidentaux au Mali. «Il s’enrichira grâce à ses activités d’intermédiaire», précise Shindouk.

Un «grand fêtard»
En 2007, le président malien Amadou Toumani Traoré, dit ATT, le nomme consul à Djedda en Arabie Saoudite. Il y aurait fréquenté les islamistes les plus radicaux. A tel point que les Saoudiens l’expulsent trois ans plus tard  «Ils avaient capté des communications téléphoniques entre lui et des islamistes algériens», rapporte Shindouk.
 
Au Mali, l’ancien consul a du mal à retrouver sa place, notamment en raison de la concurrence des autres factions de sa communauté. La situation se compliquant un peu plus avec l’effondrement du régime de Kadhafi et le retour des Touaregs de Libye. Appuyé par des jeunes de sa communauté, Iyad créé alors Ansar Dine.
 
Pourtant, l’homme n’a pas toujours défendu des positions radicales. «Ses vieux amis se rappellent un poète, un homme à femmes et un amateur d'alcool. Ils se souviennent aussi d'un lève-tard qui n'émergeait pas avant midi, l'esprit embrumé par les nuits à discuter politique autour d'un verre. L'un d'eux, touareg comme lui, l'avait même grondé parce qu'il ne faisait jamais le ‘‘fajr’’, la prière de l'aube», rapporte Le Figaro Magazine, visiblement très bien informé.

Iyad Ag Ghali fait apparemment partie de ces Touaregs «qui manient tour à tour la guitare et la kalachnikov». Au sens propre du terme. Car lui-même a été le… bassiste du groupe Tinariwen, groupe de blues touareg de renommée internationale ! Il fut «grand fêtard» dans une autre vie, «puis islamiste… sans doute autant par stratégie, et par ‘‘sens du terrain’’, que par conviction», estime Shindouk.  

Le groupe Tinariwen à la salle Pleyel à Paris
Arte, 2-11-2012