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Japon,  Asie-Pacifique

Japon: le sake moins prisé dans l'archipel qu'ailleurs dans le monde

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 29/09/2016 à 15H56

La célèbre brasserie Ozawa Shuzo située à l'ouest Tokyo.
Dans la brasserie Ozawa Shuzo située à Ome, à l'ouest de Tokyo, des centaines de bouteilles s'apprêtent à être livrés aux quatre coins du Japon et du monde. © TORU YAMANAKA / AFP

L'engouement des Japonais pour le sake régresse tandis que les exportations ont doublé ces dix dernières années. Mais elles ne représentent encore qu'un faible volume: 181.800 hectolitres, soit 3% des livraisons, selon les statistiques officielles. Les Etats-Unis sont les premiers importateurs, devant Taïwan et Hong Kong. La Chine et la Corée se sont laissées séduire récemment.


Le sake a de moins en moins la faveur des Japonais: sa consommation a chuté à 5,57 millions d'hectolitres en 2014 contre de 7,46 millions d'hectolitres dix ans auparavant. Au Japon, c'est plus qu'un simple alcool, mais un bravage bien ancré dans les rites populaires depuis le VIIIe siècle. La légende dit qu'elle a le pouvoir de chasser les mauvais esprits. 

Alors que plus d'une centaine de brasseurs de sake mettent la clé sous la porte dans l'archipel, les autorités n'ont de cesse de vanter les qualités de cette boisson nationale en perte de vitesse. Cela fait partie de la stratégie «Cool Japan», initiée par le gouvernement pour une plus large diffusion de la culture nippone. Mais chez les jeunes Japonais, rien de «cool» dans le sake qu'ils associent à leur aînés. Le déclin démographique et l'évolution des goûts, les amène à préférer le vin, le whisky et la bière. 

De plus, la consommation d'alcool a fortement diminué au Japon, notent les autorités. Les citoyens sont plus soucieux de leur santé et les entreprises ont réduit les budgets consacrés aux pots, le soir, entre collègues, destinés à resserrer l'esprit d'équipe, ou les signatures de contrat bien arrosées.

Les commandes en Chine ont triplé
La consommation s'étant réduite de moitié durant ces quarante dernières années, les brasseurs de sake n'ont d'autre choix que de soigner les amateurs de cet alcool et de partir à la conquête d'autres marchés. L'engouement pour cette boisson nippone à l'étranger coïncide avec un attrait international depuis plusieurs années pour la cuisine japonaise. Mais les exportations ne représentent encore qu'un faible volume: 181.800 hectolitres, soit 3% des livraisons, selon les chiffres officiels.

 

En offrant du sake à des hôtes prestigieux, comme Vladimir Poutine ou Barack Obama, le Premier ministre Shinzo Abe entend se donner les moyens d'atteindre un objectif ambitieux: les ventes à l'export de produits alimentaires japonais (incluant le sake) devront atteindre 1.000 milliards de yens (8,8 milliards d'euros) d'ici à 2020, contre quelque 750 milliards de yens en 2015.


Les Etats-Unis sont les premiers consommateurs, hors Japon, de cette boisson fermentée, fabriquée à base de riz, d'eau et de levure. C'est ce dernier ingrédient qui donne au sake son goût et son arôme bien spécifiques. Les expéditions vers la Chine continentale ont triplé entre 2008 et 2015. La Corée du Sud en importe elle aussi.

Une «couverture médiatique intense»
Haruyuki Hioki, président de l'Institut international du sake, lancé il y a trois ans, préconise de former des «spécialistes capables d'expliquer ce qu'est le sake», comme le font les sommeliers dans l'archipel. L'autre clé du succès, selon cet expert c'est une «couverture médiatique intense». Une recette qu'il veut appliquer au sake avec, espère-t-il, le même succès. 

Début septembre 2016, le sake figure pour la première fois au palmarès de l'influente revue Wine Advocate, fondée par le célèbre œnologue américain Robert Parker. Une liste de 78 sakes a obtenu un score de plus de 90%. La palme a été attribuée au Kamenoo Sannen Jukusei avec 98%, plaçant ce sake au niveau d'un Château Lafite Rothschild de 2010.