Trois questions à...

Jean-François Donzier: «La guerre de l'eau n'est pas une fatalité»

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 10/12/2015 à 11H56, mis à jour le 10/12/2015 à 13H31

Image Kilimanjaro plus haut sommet d'Afrique février 1993
Image du Kilimanjaro, plus haut sommet d'Afrique, que se disputent le Kenya et la Tanzanie. Les neiges éternelles auront disparu d'ici 2030, disent les scientifiques.
© AFP/ NASA

La fonte des glaciers de montagne menace les réserves en eau de la planète. 87 pays ont signé le 2 décembre 2015 le pacte de Paris, un engagement à réaliser des actions d'adaptation pour les fleuves, les lacs et les aquifères. Un pacte pour éviter les conflits autour de l'eau, présenté à la COP21 par Jean-François Donzier, secrétaire général du Réseau international des organismes de bassin (RIOB).

Le réchauffement climatique, une démographie et une urbanisation galopantes font de l'eau un bien de plus en plus rare au Proche orient et au Sahel.
Quelle place pour la préservation de l’eau douce dans la COP 21?

C’est la première fois que le thème de l’eau douce est officiellement abordé dans une conférence des Nations Unies sur le climat, au même titre que le sont les forêts, les océans ou l’agriculture. Lors de la journée Eau et adaptation de la Cop 21, nous avons présenté des projets emblématiques, montrant que l’on peu agir vite. Comme celui de la rivière Hai He, en Chine, qui passe à Pékin et à Tianjin. Cette région très peuplée de Chine connaît une sécheresse sévère qui implique un transfert des eaux du Yang Tsé, du sud du pays vers Pékin.

La Banque mondiale a présenté de son côté le plan d’adaptation au changement climatique du fleuve Niger et un programme pour améliorer la gestion des eaux souterraines en Inde. Un accord de coopération a été aussi signé entre la France et le Mexique pour renforcer le fonctionnement du Conseil de bassin de la Vallée de Mexico, qui coordonne la gestion de l’eau dans l’Aire métropolitaine de l’agglomération de Mexico avec ses 23 millions d’habitants soumis à un fort stress hydrique.
  
Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique sur les ressources en eau?
L’impact du changement du climat sur les ressources en eau est déjà visible dans beaucoup de pays où il se traduit par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations et des sécheresses. Les montagnes sont nos châteaux d’eau. Le réchauffement est encore plus fort en altitude, avec pour conséquence une réduction visible du manteau neigeux et une fonte accélérée des glaciers. Là, les précipitations vont se faire demain sous forme de pluies, quand jusqu’ici elle se faisait sous forme de neige. Or, la neige est un stockage naturel de l’eau.

Cela veut dire plus de pluies en automne-hiver et moins d’eau au printemps dans les rivières de plaine. Tous les petits glaciers de moyenne altitude auront disparu dans un délai de 20 à 40 ans, ce qui renforcera les étiages (débit minimum) des fleuves qu’ils alimentent en été. 
 
Que faire et par quoi commencer?
D’abord économiser l’eau, car jusqu’ici on l’a gaspillée sans compter. Lutter contre les fuites dans les réseaux des villes, où se perdent jusqu’à 50% de la ressource. L’agriculture irriguée est le secteur économique qui consomme le plus d’eau. Il faut introduire une irrigation plus économe, adapter les techniques, les cultures et les variétés aux situations de stress hydrique, comme par exemple remplacer le maïs qu’il faut arroser à la fin de l’été en période sèche par d’autres cultures moins gourmandes en eau. Bien entendu recycler l’eau dans l’industrie…

Il faut ensuite préserver les zones humides, les forêts, les zones agricoles qui jouent un rôle d’éponge en situation d’inondation et de réservoir en périodes de sécheresse. Il s’agit de préserver les milieux naturels et de restaurer ceux qui ont été détruits. Recréer des zones d’extension des crues dans le lit principal des fleuves, plutôt que de construire des digues contre les inondations.
 


Faut-il redouter des conflits de l’eau ?
Le pacte de Paris, signé le 2 décembre à Paris par plus de 300 organisations de 87 Pays, vise justement à éviter des conflits autour de l’eau. Notamment 276 fleuves, 156 lacs, et plusieurs centaines de nappes d’eau souterraines sont partagés entre au moins deux pays et souvent beaucoup plus. Ces pays vont être dans l’obligation de s’entendre pour se partager et gérer conjointement ces eaux transfrontalières. Nous pouvons le faire intelligemment, comme cela se fait depuis longtemps en Europe pour le Rhin, le Danube, la Meuse, l’Escaut, l’Oder, etc.

Les pays riverains des grands fleuves africains se sont mis d’accord pour une gestion commune. Le fleuve Niger, le lac Tchad, le fleuve Sénégal, le Congo, le Zambèze, et même le Nil, font maintenant l’objet d’accords internationaux pour leur gestion partagée. Dans les années 1970, les pays riverains du fleuve Sénégal ont failli se faire la guerre pour l’eau, à l’occasion déjà d’une forte sécheresse. C’est comme cela qu’est né l’OMVS, l’organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, qui gère les ouvrages communs aux quatre pays du bassin et assure une répartition optimale des bénéfices, en fonction des besoins de chacun des pays pour l’eau potable, l’agriculture, l’électricité ou la navigation fluviale.