Trois questions à...

Afrique du Sud,  Afrique

Johannesburg ville violente

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 12/11/2014 à 12H01, mis à jour le 12/11/2014 à 15H38

Johannesburg
La promenade Mandela à Johannesburg, la ville où le leader noir sud-africain a commencé sa lutte contre l'apartheid. © AFP/Mujahib Safodien

Un an après la mort de Nelson Mandela, Stéphane Dubun, Grégoire Deniau et Guillaume Martin ont réalisé pour l'émission de France Ô, «Villes violentes», un reportage à Johannesburg. Chaque jour, 20 personnes y sont assassinées, ce qui en fait la ville la plus violente du pays. Le reportage sera diffusé le 3 décembre à 20h40 sur France Ô. Stéphane Dubun revient sur le tournage.


Un an après la mort de Nelson Mandela, où en est l'Afrique du Sud ?
Dans le domaine économique, la situation du pays est très difficile. Le taux de chômage officiel est de 24%, mais selon les experts, il serait de 40%...
Dans les townships, où nous avons tourné, presque personne ne travaille.

Encore quelques chiffres: un Sud-Africain sur deux vit avec moins d'un euro par jour. La moitié des Noirs de moins de 30 ans est au chômage. La population blanche représente 10% de la population et possède 80% des richesses.
23 ans après la fin de l'apartheid, le revenu moyen des Blancs reste six fois supérieur à celui des Noirs.

Cette inégalité économique est l'une des explications de la criminalité record du pays: 20.000 meurtres par an pour un pays de 52 millions d'habitants, dont 20 meurtres par jour à Johannesburg.
L'Afrique du Sud est le pays au monde où il y a le plus de viols, 180 par jour…
 
Que montre votre documentaire «Johannesburg ville violente» ?
Pour comprendre cette criminalité record, nous sommes tout simplement allés à la rencontre des habitants.
La population noire vit toujours soit dans le centre ville, soit dans les townships surpeuplés, dans des barraques en tôle sans eau courante ni électricité.
A Diepsloot, le township le plus dangereux de la ville, il y a 16 meurtres par mois.

Nous y avons suivi le gang des Die Hard Boys, des gamins d'à peine 18 ans, très violents et prêts à tout pour se payer l'héroïne qu'ils fument en permanence.
Ces gangs sont chaque jour lynchés par des commandos de «justiciers» que nous avons rencontrés. Ils remplacent la police qui ne vient quasiment plus dans les townships.

Nous avons ecouté DA ONE, le rappeur de Diepsloot, un immigré clandestin zimbabwéen qui dénonce un autre racisme, celui qui sévit au sein de la communauté noire.

Dans les quartiers bourgeois et ultra sécurisés où se barricadent les Blancs, nous avons filmé Penny, victime d'une tentative d'assassinat. Elle consacre maintenant sa vie à la prévention contre la violence.
Elle donne des cours dans les commissariats et les townships.

Bande annonce du reportage de France Ô, Stéphane Dubun, Grégoire Deniau et Guillaume Martin.

Nous avons aussi accompagné la police sud-africaine totalement discréditée par son inefficacité et sa corruption.
A Johannesburg, 600 policiers ont été arrêtés pour corruption en 2013.

La police est donc remplacée par les milices citoyennes armées et les compagnies de sécurité que nous accompagnons en patrouille.
Tous s'entraînent dans des stands de tirs où on peut facilement acheter des pistolets et des fusils mitrailleurs pour quelques centaines d'euros.

Nous avons également exceptionnellement réussi à filmer dans Diamond City. Un immeuble discret en plein centre de Johannesburg, pourtant réputé pour sa criminalité. C'est le lieu par lequel transite tout le business du diamant.
 
Quel est l'avenir du pays ?
Jacob Zuma a été élu président en 2009 puis réélu en mai 2014. Mais il est lui-même accusé de corruption depuis longtemps. Et son bilan dans les domaines économique et sécuritaire n'est pas bon.
Il doit donc procéder rapidement à des réformes importantes pour relancer son pays. Pourtant, les Sud-Africains n'y croient plus.

Mais comme nous l'a dit Maki Mandela, la fille aînée de Nelson Mandela en nous recevant dans la dernière maison de son père: «Ca semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse», une citation de son père en 1994.