Synthèse

Niger,  Afrique

Journalistes de RFI assassinés au Mali en 2013 : des suspects cachés en Algérie?

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 02/11/2017 à 16H28, mis à jour le 02/11/2017 à 16H39

Photo montage Dupont Verlon
Claude Verlon et Ghislaine Dupont (photomontage) RFI © RFI

Il y a quatre ans, le 2 novembre 2013, deux salariés de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, étaient assassinés lors d’un reportage à Kidal au Mali. Leurs proches ont fait le point sur l’enquête lors d’une conférence de presse à Dakar. Selon eux, des suspects auraient été identifiés et se trouveraient en Algérie. Mais l’association dénonce la lenteur de l’enquête.


«Le nom des coupables, des commanditaires, on les connaît. On pourrait dire qu'il suffit d'émettre un mandat d'arrêt. Mais c'est Kidal, c'est une zone de conflit. Aller les chercher, ce n'est pas simple», a expliqué à Dakar la présidente de France Médias Monde, qui regroupe RFI et France24, Marie-Christine Saragosse.

La journaliste et le technicien de reportage préparaient, en octobre 2013, un magasine depuis Kidal. Il portait sur l’état d’esprit des gens de la région quant à la tentative de pacification menée par Bamako et Paris, après l'intervention française de 2012. Ils sont enlevés par un commando en plein jour et en ville, après un entretien avec un chef touareg. Leur corps seront rapidement retrouvés dans le désert, sans que les circonstances de l’exécution soient clairement établies.

Kidal zone de non-droit
Aujourd’hui encore, enquêter sur les lieux du drame est impossible. L’administration malienne n’y a fait qu’un timide retour depuis l’été 2017. Et autour de Kidal, les groupes armés sont toujours aussi puissants et imprévisibles. Dans ce contexte, l’impunité semble totale dans cette région du Nord Mali. D’ailleurs, les quatre membres du commando ont été rapidement identifiés par le renseignement militaire français. De même que le supposé commanditaire, Abdelkrim le Touareg, un Malien affilié à AQMI qui a revendiqué les deux assassinats. Deux des terroristes seraient morts depuis dans des opérations armées. Un troisième se serait tué à moto.

Pourtant, tout semble figé dans l’enquête. Selon une source judiciaire malienne citée par RFI, « il n’y a concrètement pas eu d’avancée dans l’enquête» en quatre ans. Ni interrogatoire, ni mandat d’arrêt.

Selon Pierre-Yves Schneider, le président de l’Association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, des suspects seraient sans doute réfugiés en Algérie toute proche. Dans le désert, il n’y a guère de frontières physiques.

Quel mobile?
Le mobile même du rapt reste discuté. Des journalistes (reportage Envoyé spécial du 26 janvier 2017) ont évoqué la piste de kidnappeurs n’ayant pas reçu leur part (financière ou autre) dans la libération des otages d’Arlit en septembre 2010. Un acte de vengeance, suggéré parmi d’autres hypothèses, dans  un rapport de la Direction du renseignement militaire (DRM). Mais le juge Herbaut, qui a succédé au juge Trévidic, n’a pas retenu cette thèse.