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Julian Assange : «Mon esprit n'est pas enfermé»

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 19/06/2013 à 10H50, mis à jour le 19/06/2013 à 13H34

Julian Assange
Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, parle aux médias à l'intérieur de l'ambassade équatorienne à Londres, le 14 juin 2013. © AFP PHOTO/POOL/ANTHONY DEVLIN

Il y a un an, Julian Assange se réfugiait à l’ambassade d’Équateur à Londres où il vit depuis retranché. Le fondateur de Wikileaks risque, s'il en sort, d'être extradé vers la Suède où il est accusé de deux agressions sexuelles qu’il nie en bloc.

Depuis le 19 juin 2012, la police londonnienne fait ses rondes autour de la représentation équatorienne et particulièrement sous le balcon où Julian Assange avait fait sa dernière apparition publique à Noël.

Le président équatorien, Rafael Correa, lui a offert l’asile politique, mais Londres a promis d’appliquer le mandat d’arrêt suédois si le quadragénaire sortait du bâtiment de pierre rouge où est niché l'ambassade d'Equateur, en plein cœur du quartier chic de Knightsbridge. Pas question pour Londres de recourir à la force pour extrader Assange et ainsi prendre le risque de ternir son image.

Accusé de viol en Suède
L'ancien hacker blond en costume-cravate est sous le coup d'un mandat d'arrêt international délivré par la Suède où il est accusé par deux femmes de viol et d'agression sexuelle. Mais pour lui, il s'agit d'un coup monté pour le faire tomber et présente les accusatrices comme des recrues de la CIA.

Assange redoute, s'il est extradé vers la Suède, son éventuel transfert aux Etats-Unis et un procès pour trahison, convaincu que Washington veut «se venger» après la publication, fin 2010, de documents diplomatiques et militaires confidentiels sur la guerre en Irak et en Afghanistan. 

Reportage AFP-Vidéo publié le 18 juin 2013 (commentaire Jonathan Klein).

«On représentait un petit site radical, déterminé à publier la vérité sur la guerre, sur les services de renseignement et sur la corruption à grande échelle, en s'attaquant de front au Pentagone, au département d'Etat... Nos chances de l'emporter ? Elles étaient a priori nulles. Mais nous avons gagné», a raconté l'ancien hacker reconverti en cyberguerrier de l'information à l'AFP, le 16 juin 2013.

«Il y a pire sort que le mien», a-t-il expliqué, évoquant celui, outre-Atlantique, de son informateur, le soldat Bradley Manning. L'ex-analyste du renseignement en Irak comparaît depuis le 3 juin 2013 en cour martiale pour avoir été à l'origine de «la fuite du siècle» sur WikiLeaks. Se tenant à huis-clos, le procès doit durer trois mois sur la base militaire de Fort Meade, dans le Maryland.

«Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de la liberté de la presse aux Etats-Unis et partout dans le monde», affirme l'activiste australien qui dénonce un «procès spectacle». Il rend hommage à d'autres «héros», comme Edward Snowden, l'ex-employé de la CIA qui a révélé «à quel point les Etats-Unis sont devenus un état de surveillance de masse insidieux».

WikiLeaks poursuit ses révélations
WikiLeaks est «plus fort aujourd'hui qu'il y a deux ans», se félicite-t-il pourtant. Le site, crypté et sécurisé, a survécu à un embargo bancaire et poursuit, selon lui, ses révélations bénéficiant d'un regain de soutien aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et «dans tout le continent latino-américain».

En Australie, son pays d'origine, 25 à 28% des électeurs seraient prêts, selon des sondages, à l'élire au Sénat, et à renforcer du même coup «sa légitimité politique». Assange peut également compter sur ses nombreux comités de soutien, notamment aux Etats-Unis et en Australie, ainsi que sur une équipe de juristes dirigée par le juge espagnol controversé Baltasar Gazon.

Des personnalités hétéroclites avaient défilé au début du «siège»: la styliste Vivienne Vivienne Westwood, Lady Gaga, le réalisateur américain Oliver Stone ou Jean-Luc Mélenchon, président du Front de gauche en France.

Assange Julian

Julian Assange (G) et Ricardo Patino (D) apparaissent à la fenêtre de l'ambassade de l'Equateur à Londres, le 16 juin 2013.  © Andrew Cowie / AFP



Après un entretien bilatéral entre les chefs de la diplomatie britannique et équatorien, William Hague et Ricardo Patino, le 17 juin, aucun «progrès substantiel» n'a été constaté, selon la partie britannique.

Extradition vers un 3e Etat
Côté équatorien, «le gouvernement reste fermement engagé à protéger les droits de l'Homme et à obtenir des assurances fermes pour éviter une extradition [de Julian Assange, NDLR] vers un troisième Etat», a déclaré M.Patino. Une allusion directe à Washington, dont le principal intéressé et ses soutiens craignent la vengeance. 

L'imbroglio diplomatique entre le Royaume-Uni, la Suède, les Etats-Unis, l’Equateur et l’Australie, est loin d'être terminé. Julian Assange est prêt «à tenir encore cinq ans dans notre ambassade», a précisé le chef de la diplomatie équatorien.

Difficile pour l'ancien hacker, dont la notoriété est désormais planétaire, de rester confiné dans quelques mètres carrés ? «Mon esprit n'est pas enfermé», assure celui que Le Monde avait désigné «homme de l'année» en 2010.