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Jusqu'où iront les tensions entre l'Afrique du Sud et Israël?

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 23/02/2018 à 08H52, mis à jour le 23/02/2018 à 08H52

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa au Parlement 20 février 2018
Le nouveau président sud-africain Cyril Ramaphosa au Parlement le 20 février 2018. © RODGER BOSCH / AFP

La ministre sud-africaine de la Science et de la Technologie, Nalendi Pandor, a annoncé le 19 février 2018 que son pays allait rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat hébreu pour protester contre la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens. Pour autant, la décision ne semble pas encore prise. Il faut dire que les échanges entre les deux pays progressent de 10% par an…


«Le parti majoritaire est d’accord pour que le gouvernement coupe les relations diplomatiques avec Israël, étant donné l’absence d’initiatives véritables de la part d’Israël pour assurer une paix durable et une solution viable de deux Etats accordant au peuple palestinien une pleine liberté et la démocratie», a déclaré Nalendi Pandor lors d’un débat au Parlement. Un leader de l’opposition venait de regretter que les autorités sud-africaines aient refusé l’aide de sociétés israéliennes pour les aider à résoudre la crise de l’eau dans la province du Cap, rapporte le site middleeastmonitor (parfois décrit comme proche de milieux islamistes).

Dans les rangs de l’ANC, on a acclamé la déclaration de Mme Pandor. Déclaration à prendre d’autant plus au sérieux que cette dernière pourrait devenir vice-présidente aux côtés du nouveau président du pays, Cyril Ramaphosa.

L’affaire a fait beaucoup jaser sur Twitter. Réagissant au message posté sur le compte du Parlement rapportant les propos de la ministre, certains ont applaudi et fait référence aux liens étroits qu’entretenait le régime de l’apartheid avec Israël, notamment à l’époque de la Guerre froide: «L'Afrique du Sud va rompre ses relations avec le dernier bastion de l'apartheid colonial. Bravo, l'Afrique du Sud!»


D’autres ont trouvé la déclaration «insensée». «Si l'Afrique du Sud veut rompre ses relations avec Israël, alors il faut le faire correctement. Et arrêter d'utiliser des téléphones portables, des ordinateurs, des médicaments, des scanners... La liste est longue», expliquait ainsi un internaute.


En Israël, un journal comme le Jerusalem Post (centriste et néo-libéral) pense que Mme Pandor faisait en réalité allusion à la décision de l’ANC, prise en décembre 2017 lors du congrès du parti, de transformer en bureau de liaison l’ambassade d’Afrique du Sud à Tel Aviv. Et il note aussi la réaction du président Cyril Ramaphosa, qui n’évoque pas une rupture des relations diplomatiques ni un changement de statut de la représentation diplomatique. Le chef de l’Etat se contente d’évoquer la solution de deux Etats. Et d’exprimer sa «plus profonde préoccupation face à la détention prolongée d’enfants palestiniens dans les prisons israéliennes»

«En dépit de la décision de l’ANC, l’Afrique du Sud continue à entretenir des relations pleines et entière avec Israël», constate dans le Jerusalem Post le président de la Fédération sioniste sud-africaine, Ben Swartz. Et d’ajouter: «Nous avons déjà été approchés par différents groupes d’intérêt qui ont exprimé leur volonté de nous aider (pour que l’intention de rompre les relations diplomatiques) ne devienne jamais une politique gouvernementale».

En clair, dans la communauté juive sud-africaine, on ne croit guère à la rupture. Un élément semble aller dans ce sens: «Les relations d’affaires jouent un rôle de plus en plus important», selon une source, citée par Le Monde, «qui fait le lien entre les deux pays». Le quotidien précise que «le volume d’échanges (…) augmente de 10% par an». Autrement dit, au-delà des discours politiques de posture, ce sont ces relations économiques au beau fixe qui seront prépondérantes pour déterminer l’attitude de Pretoria. Business as usual