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Kenya: tabassage, crevaisons de pneus... la chasse aux chauffeurs Uber à Nairobi

Par Martin Mateso avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 04/02/2016 à 17H55, mis à jour le 04/02/2016 à 17H55

Taxi traditionnel à Nairobi
Un taxi traditionnel attend des clients dans une rue du centre de Nairobi le, 4 février 2016. © Photo AFP/Simon Maïna

Les chauffeurs de taxi kenyans n’en peuvent plus. Ils redoutent de ne plus pouvoir nourrir leurs familles depuis que le service Uber a cassé les prix à Nairobi. Ils n’hésitent plus à recourir à la manière forte pour se débarrasser de leur concurrent qualifié de déloyal.


En matière de high-tech, le Kenya figure parmi les pays africains les plus à la pointe. Les Kenyans ne peuvent plus se passer de l’application M-Pesa, un système de transfert d’argent par téléphone portable.
 
En 2015, c'est la société californienne de services de transport Uber qui a fait une entrée fracassante sur le marché kenyan. En un clic sur leur smartphone, les nombreux expatriés de la capitale et les Kenyans qui en ont les moyens peuvent commander un taxi à des tarifs imbattables. Deux fois moins que les taxis traditionnels du Kenya. Mais cette fois, la pilule ne passe pas.
 
Fini le bon vieux temps
Le bon vieux temps? C’est l’époque des années 80 où quelques privilégiés pouvaient s’offrir une voiture d’occasion. Pour joindre l’utile à l’agréable.
 
Ces voitures pouvaient en effet se retrouver spontanément autour des points stratégiques comme les hôtels, les gares routières ou aux abords des marchés pour faire le taxi de façon tout à fait informelle. Sans en référer à qui que ce soit.
 
Leurs propriétaires pouvaient ainsi arrondir leurs fins de mois et nourrir la famille élargie.
 
Il a fallu du temps pour organiser ce secteur. L’état du parc automobile s’est nettement amélioré. Les taxis à compteur ont fait leur apparition au début des années 90. Certains sont même entièrement climatisés. Et tout le monde doit désormais partager ses gains avec le fisc. Des impôts mal acceptés auxquels sont venues s’ajouter les nouvelles technologies. L’application Uber est arrivée sur un marché déjà saturé.
 
Les chauffeurs kenyans refusent donc ce qu’ils considèrent comme «une concurrence déloyale» de la part d’une société qui menace leur activité.
 
Les chauffeurs de taxis kenyans ont lancé un ultimatum au gouvernement. Ils lui ont donné sept jours pour fermer ses portes à Uber, sans quoi ils menacent de paralyser le transport routier à Nairobi.
 

Smartphone

Un simple clic sur son smartphone pour commander un taxi Uber. A Nairobi, la course est facturée deux fois moins chère que les taxis traditionnels. © Photo AFP/Simon Maina


Tabassages et crevaisons de pneus
Mais certains chauffeurs de taxis traditionnels n’ont pas attendu la fin de l’ultimatum pour défendre leur gagne-pain. La rivalité entre Uber et les taxis a pris désormais une vilaine tournure. Des chauffeurs Uber se sont confiés à l’AFP. Ils sont harcelés, dévalisés et brutalisés en pleine rue dans la capitale kenyane.
 
«Une voiture s’est arrêtée devant moi et m’a bloqué l’accès à la sortie. Quelques gars sont sortis et ont lacéré mes deux pneus gauches, avant et arrière», explique un chauffeur Uber qui préfère garder l’anonymat.
 
Dans un autre quartier, c’est un propriétaire de voiture Uber qui témoigne. Son chauffeur a été pris à parti par des chauffeurs de taxis traditionnels. «Ils l’ont éjecté de la voiture. Il a été tabassé et on lui a pris de l’argent et son téléphone. Certains se comportent comme des hooligans. La plupart des chauffeurs Uber ont peur.»
 
Selon les témoignages, c’est surtout la nuit qu’il y a des menaces et des intimidations. Les chauffeurs Uber sont très inquiets malgré «une forte mise en garde» lancée par le ministère de l’Intérieur aux responsables de ces attaques.
 
«Un refus de s’adapter à la modernité»
Du côté d’Uber, on voit la résistance des taxis avant tout comme un refus de s’adapter à la modernité. «Il est très difficile de se battre contre la technologie», estime Daniel, un chauffeur Uber qui échappe à de nombreuses taxes et contrôles. Pour lui, la seule manière de survivre à l’arrivée de la technologie, «c’est de l’adopter, parce qu’on ne peut pas être ramené au passé».
 
Uber annonce que des discussions sont engagées avec les associations kenyanes de taxi pour trouver le moyen d’engager un partenariat.
 
Le bras de fer en cours à Nairobi est suivi avec attention dans les autres pays africains où la société californienne s’est implantée. En Egypte, au Maroc, au Nigeria et en Afrique du Sud où le service Uber est déjà dans le viseur des compagnies de taxi.