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Kenya: une femme médecin se bat pour la légalisation de... l’excision

Par Eléonore Abou Ez@GeopolisAfrique | Publié le 31/01/2018 à 08H56

Un logo contre l'excision au Kenya
Un homme montre le logo d'un T-shirt qui dit «Arrêtez la coupe» en parlant des mutilations génitales féminines (MGF), lors d'une campagne contre l'excision au Kenya en avril 2016. © Siegfried Modola/ Reuters

Le Dr Tatu Kamau a lancé une action en justice, le 17 janvier 2018, pour obtenir l'abrogation de la loi interdisant les mutilations génitales féminines. Selon elle, il s’agit d’un texte discriminatoire qui porte atteinte... aux droits des femmes. Sa démarche choque les femmes qui ont subi une excision.


Alors que de nombreuses femmes se battent pour en finir avec l’excision (l’ablation du clitoris), une voix dissonante s’élève au Kenya pour défendre cette pratique au nom de la tradition. Il s’agit d’une femme médecin, ayant occupé des postes à responsabilité au ministère de la Santé.
«Toutes les femmes, en particulier les adultes, devraient être autorisées à faire des choix concernant leur corps sans être limitées par la législation», souligne Tatu Kamau qui demande la légalisation de l’excision. La pratique est considérée comme un crime au Kenya depuis 2011.
 
«Une régression» après des années de lutte
Malgré l’interdiction officielle, l’excision perdure au Kenya. Les associations qui multiplient les campagnes pour faire comprendre qu’il s’agit bien d’une mutilation génitale sont choquées. Pour elles, la démarche de Tatu Kanau est une régression qui nuit aux progrès réalisés dans le pays pour améliorer la santé des femmes. «C'est l'une des pires idées que j'ai jamais entendues, et c'est encore plus choquant que cela provienne d'un médecin», souligne Njoki Njehu de l'organisation caritative Daughters of Mumbi Global Resource Center.
 

Au nom de la culture
La femme médecin refuse de qualifier l’excision de mutilation génitale. C’est, selon elle, «un abus de langage», une définition donné par ceux qui ne comprennent pas cette pratique faisant partie de la culture africaine.
«Cette loi sur les mutilations génitales féminines empiète sur les droits des femmes et les empêche de pratiquer leurs cultures respectives surtout lorsqu’il s’agit de femmes adultes capables de donner leur consentement.» Elle dénonce par ailleurs le «harcèlement» et l’emprisonnement de nombreuses femmes ayant pratiqué l’excision. 

Vidéo mise en ligne sur YouTube par KTN (Kenyan Television Network) le 17 janvier 2018.
 
Une pratique «qui tue»
Les arguments de Tatu Kamu font bondir les femmes victimes d’excision.
Agnès Pareyio, militante des Maasaï et fondatrice de l’initiative Tasaru Ntomonok, parle d’insulte faite aux femmes. «Je suis une survivante et je connais l'ampleur de la souffrance que les femmes subissent avec les mutilations (…). Comment pouvez-vous essayer de légaliser quelque chose qui tue les femmes? C’est une violation de nos droits humains», affirme-t-elle au Guardian.

Dans une tribune au Daily Nation, l’écrivaine kényane Abigail Arunga affirme que c’est une erreur majeure de faire croire que les mutilations génitales peuvent être un choix pour les femmes.
 
Plus de 200 millions de femmes dans le monde ont subi l’excision, selon des estimations de l’ONU. Près de 3 millions de jeunes filles par an sont menacées par cette pratique ancestrale qui provoque des troubles psychologiques et sexuels ainsi que des complications graves, voire mortelles.