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Koudous Seihon: la misère ou l'enfer de la Méditerranée

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 22/06/2015 à 15H35, mis à jour le 25/06/2015 à 16H17

Koudous Seihon dans film «Mediterranea» Jonas Carpignano
Koudous Seihon dans le film «Mediterranea», de Jonas Carpignano. © Photo du film

Il est l'un de ces nombreux migrants qui ont traversé la Méditerranée pour tenter de s'offrir des conditions de vie plus décentes. Comment a-t-il tenté de fuir la misère coûte que coûte ? Entretien avec Koudous Seihon.


Koudous Seihon est né en 1986 au Ghana, d'une mère ghanéenne et d'un père burkinabé. Il a grandi en Côte d'Ivoire et est revenu vivre au Burkina Faso, d'où il est parti pour l'Europe. C'est en Italie qu'il a rencontré le réalisateur italo-américain Jonas Carpignano. Lequel lui ouvre les portes du cinéma en s'inspirant de son histoire. Le film Mediterranea, présenté à la Semaine de la critique lors du dernier Festival de Cannes et qui est leur deuxième collaboration cinématographique, revient notamment sur son parcours. Koudous Seihon y tient l'un des premiers rôles et raconte un peu son histoire. 

Pourquoi avez-vous décidé de quitter le Burkina Faso pour l’Europe en prenant autant de risques? Comment avez-vous su quels chemins emprunter?
J'ai décidé de partir quand j’ai réalisé que je n’arrivais pas à me nourrir moi-même. Comment pouvais-je aider les miens? Je ne suis pas allé à l'école, je n’avais pas de diplôme, pas de travail… J’avais des amis qui partaient en passant par la Libye : certains arrivaient à rester, d’autres étaient rapatriés. Je me suis dit que j’allais tenter ma chance. J’ai essayé de partir par l’Algérie mais j’ai été rapatrié sur Bamako. Je suis revenu au Burkina Faso. Mais je ne voulais pas retourner dans ma famille. J’ai décidé de continuer. 

Je ne me suis renseigné auprès de personne. Néanmoins, j’avais un ami qui avait été rapatrié de Libye. Il était passé par le Niger et m’a indiqué un peu le chemin. Il m’avait aussi expliqué que certaines personnes passaient par Bamako. Quand je suis arrivé à Niamey, certains m’ont dit qu’ils voulaient aller en Espagne, d’autres en Italie… Quand on va là-bas, on rencontre des gens qui sont dans le même état d'esprit que vous. 

Quand vous êtes partis, aviez-vous peur ? Quand vous suivez les informations où l'on annonce tous ces migrants qui périssent dans la Méditerranée, en tentant de faire comme vous, qu'est-ce que ça vous inspire aujourd'hui? 
La seule fois, où j’ai vraiment eu peur, c’est quand j’ai décidé de quitter la Libye pour l’Italie. C’est là que j’ai eu un peu peur, sinon je n’avais pas peur de mourir. Je voulais juste arriver là où j’avais décider d’aller. 

Je repense aux problèmes qui m'ont conduit à faire la traversée. Nous avons tous rencontré les mêmes. Je prie pour que ceux qui tentent l'aventure puissent atteindre leur objectif. Quand on arrive en Europe, sans papier, on ne peut rien faire : je travaillais 8h par jour pour gagner 20 euros ! Et c'est difficile de les avoir. J'ai mis plus de quatre ans à obtenir mes papiers en Italie. Ils ne sont d'ailleurs valables que dans ce pays, vous ne pouvez pas travailler dans un autre pays européen.

Quand nous sommes allés tourner Mediterranea au Maroc, j'ai rencontré une centaine de personnes qui rêvaient d'aller en Europe et je leur ai demandé ce qu'il savait de la vie là-bas. Même si on leur parle, ils n'écoutent pas ! Ils veulent voir par eux-mêmes. ils voient tout ça à la télévision mais ça ne leur dit rien. Chacun a sa chance ! 

Que faites-vous aujourd'hui? Comptez-vous poursuivre votre carrière au cinéma? 
Je n'ai pas de contrat de travail actuellement. Je travaille dès que j'en ai la possibilité. Et j'ai effectivement envie de continuer à jouer, d'être acteur. 

Extrait du film «Mediterranea» (2015) de Jonas Carpignano, mis en ligne le 9 mai 2015