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L’Afrique du Sud traumatisée par des scandales à répétition

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 12/02/2016 à 16H36, mis à jour le 12/02/2016 à 16H36

Des députés l'opposition radicale quittent parlement sud-africain
Les députés de l'opposition radicale vêtus de leurs combinaisons rouges quittent l'hémicyle du parlement sud-africain dans le vacarme, le 11 février 2016. Ils ont interrompu pendant une heure le discours de Jacob Zuma. © Photo AFP/Schalk Van

Tous les observateurs le reconnaissent, l’Afrique du Sud n’a jamais connu une crise aussi grave depuis la fin de l’apartheid en 1994 et l’arrivée au pouvoir de l’ANC de Nelson Mandela. Depuis des semaines, l’opposition veut pousser le président Jacob Zuma à la démission. Empêtré dans une affaire d’abus de bien sociaux, le chef de l’Etat a été très fragilisé en pleine crise économique.


Jacob Zuma a dû patienter pendant une heure, alors qu’il prenait la parole au parlement du Cap, le 11 février 2016. Son discours sur l’état de la nation a été interrompu par les députés de l’opposition radicale vêtus de leurs traditionnelles combinaisons rouges et de leurs casques d’ouvriers.
 
Ils ont chanté des slogans hostiles au chef de l’Etat avant de quitter l’hémicycle dans le vacarme.
 
«Zuma ne mérite le respect de personne. Il nous a volés, il a corrompu l’économie de l’Afrique du Sud, nous ne le reconnaissons pas comme président», a martelé Julius Malema, leader des Combattants de la liberté économique.
 
«Rends l’argent ! Rends l’argent !»
Jacob Zuma voleur ? Ses détracteurs le traite de tous les noms depuis qu’il est au cœur du «scandale Nkandlla», du nom de sa luxueuse résidence provinciale privée, rénovée aux frais du contribuable pour l’équivalent de 20 millions d’euros. Même ses avocats ont fini par reconnaître que l’affaire a «traumatisé la nation».
 
Le scandale de Nkandla est devenu un véritable boulet pour le président et un symbole des accusations de corruption qui planent sur son gouvernement et son parti, le Congrès national africain.
 
Sous couvert de travaux de sécurité, la maison avait notamment été enrichie d’un poulailler, d’un amphithéâtre ou encore d’une piscine, décrite comme «un réservoir d’eau en cas d’incendie». Tout cela aux frais du contribuable.
 
En 2014, la médiatrice de la République chargée de veiller à l’utilisation des deniers de l’Etat s’empare du dossier et rend un rapport accusant Jacob Zuma d’avoir «indument bénéficié» des travaux. Elle recommande que l’intéressé rembourse une partie des sommes.
 

Jacob Zuma arrive au parlement sud-africain au Cap

Le président sud-africain Jacob Zuma arrive au parlement du Cap, le 11 février 2016 pour prononcer son discours sur l'état de la nation. © Photo AFP/Rodger Bosch


Depuis de longs mois, Jacob Zuma ne peut plus paraître au Parlement sans que certains députés ne scandent «Rends l’argent ! Rends l’argent !»
 
«Il y a eu un abus de biens publics d’un niveau extraordinaire, au profit d’une seule famille, dans un pays où la plupart des familles ont tout juste accès à la nourriture, l’éducation, la santé et le logement», confie à l’AFP Anton Katz, avocat du parti libéral Alliance démocratique (DA).
 
Jacob Zuma a d’abord nié les faits et refusé de rembourser le moindre centime, avant de faire volte-face en annonçant qu’il était prêt à rembourser une partie des 20 millions d’euros d’argent public utilisés pour rénover sa résidence.
 
Mais cette concession surprise ne suffira sans doute pas à balayer le scandale. L’opposition, qui a saisi la cour constitutionnelle, veut aller jusqu’au bout. Elle espère faire chuter le chef de l’Etat.

Les inégalités alimentent le démon du racisme
Le mécontentement politique et populaire qui agite le pays s’explique aussi par la grave crise économique que traverse l’Afrique du Sud, avec un taux de chômage très élevée (plus de 25%) et des inégalités criantes qui alimentent de violentes attaques raciales.
 
En janvier 2016, une membre blanche du parti d’opposition libéral (Alliance Démocratique) s’est plainte sur Facebook «des Noirs qui jettent des déchets sur les plages», les comparant à «des singes». Une employée du gouvernement avait répliqué sur les réseaux sociaux que «les Noirs devaient se comporter avec les Blancs comme Hitler avec les juifs.» Les deux femmes ont ensuite présenté leurs excuses.
 
La presse sud-africaine craint le déclenchement d’une «violente révolte politique et populiste», à moins, écrit l’éditorialiste de News24, que Jacob Zuma ne soit évincé de la présidence par son parti.

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