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L’Afrique du Sud, un Etat-gangster? Un journaliste charge le président Jacob Zuma

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 07/11/2017 à 17H52, mis à jour le 08/11/2017 à 15H17

Livre journaliste Jacques Pauw dans librairie Durban
Un Sud-Africain découvre le livre du journaliste Jacques Pauw dans une librairie de Durban le jour de sa parution, le 29 octobre 2017. © Photo AFP/Rajesh Jantilal

«Qui maintient le président Jacob Zuma au pouvoir et loin de la prison»? Un journaliste d’investigation sud-africain, Jacques Pauw, tente d’y répondre dans un livre qui a fait l’effet d’une bombe en Afrique du Sud. Il y dénonce une véritable pègre qui a mis la main sur les principales institutions du pays. La sécurité de l’Etat a exigé le retrait de l’ouvrage de la vente. En vain pour l’instant.


Les injonctions des services secrets sud-africains ont été vaines. L’éditeur d’un livre explosif sur la corruption au sein du gouvernement du président Jacob Zuma refuse toujours de retirer l’ouvrage de la vente. Et pas question pour lui d’en supprimer quelques passages.
Bien au contraire, la maison d’édition a dû procéder à un nouveau tirage de 15.000 exemplaires, car le livre s’arrache en Librairie.

«Votre affirmation selon laquelle le livre regorge d’inexactitudes n’est pas étayé par le moindre élément… Votre demande pour un retrait de tous ces passages qui ne sont pas exacts est par conséquent déplacée», a estimé la maison d’édition Tafelberg dans une lettre adressée par ses avocats à l’agence de sécurité de l’Etat.

Prêt à s’expliquer devant la justice
Les services secrets sud-africains avaient menacé, en cas de refus, de saisir la justice. Une menace qui n’a pas impressionné l’auteur de ce brûlot, le journaliste d’investigation sud-africain Jacques Pauw.  Il dit qu’il est prêt à s’expliquer devant la justice.

«L’agence de sécurité de l’Etat et les services du fisc vont tous porter plainte contre moi. Les renseignements veulent que je retire le livre de la vente. Ce serait une première depuis l’avènement de la démocratie en Afrique du Sud. On parle maintenant de méthodes qui étaient employées par le régime de l’apartheid dans les années 80», a-t-il déclaré sur l’antenne de la BBC.

«Un groupe de criminels mafieux» à l’œuvre
The President’s keepers (Les Gardiens du président), c’est le titre de cet ouvrage paru le 29 octobre 2017 et qui fait couler beaucoup de salive au pays de Nelson Mandela. L’auteur détaille comment d’importantes sommes d’argent public ont été transférées sur les comptes bancaires de faux espions. Il décrit comment un groupe de criminels mafieux ont été placés sous la protection du chef de l’Etat sud-africain. Et de pointer «ceux qui maintiennent Zuma au pouvoir et loin de la prison».

«Le thème central du livre est de montrer comment Jacob Zuma a quasiment fait de l’Afrique du Sud un Etat-gangster et comment il a pris le contrôle de chaque institution chargée de faire respecter la loi. C’est-à-dire les services de police, les services des impôts, le parquet, l’agence de sécurité de l’Etat. Chacune de ces institutions est désormais sous son contrôle. Il a détruit ces institutions pour pouvoir se protéger et pour protéger sa famille et ses hommes de main», explique Jacques Pauw à la BBC.

Le président sud-africain Jacob Zuma

Jacob Zuma à la tribune du Parlement le 2 novembre 2017. Le président sud-africain nie toutes les accusations portées contre lui. © Photo Reuters/Sumaya Hisham


Salarié d’une entreprise de sécurité pour 60.000 euros par mois
Le journaliste sud-africain persiste et signe. Selon lui, Jacob Zuma n’aurait jamais payé d’impôts. Il serait même salarié d’une entreprise de sécurité à hauteur de près de 60.000 euros par mois (35 millions de francs CFA).

Des accusations balayées par Jacob Zuma dont l’ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma, est aussi dans le collimateur de Jacques Pauw. Dans son livre, le journaliste détaille, photos à l’appui, les liens troubles qu’elle aurait entretenus avec un trafiquant de tabac, un certain Adriano Mazotti. Ce dernier financerait sa campagne pour prendre la tête du parti au pouvoir, le Congrès National Africain (ANC) en décembre 2017.
 
Reste à savoir si cette bombe va fragiliser définitivement le président sud-africain. Comme l’écrit le correspondant du journal Le Monde à Johannesburg, les Sud-Africains ont fini par s’habituer aux scandales concernant Jacob Zuma: «Les frasques du chef de l’Etat remplissent les journaux depuis des années, avec une richesse de détails et une absence de conséquences également vertigineuses. Tout y est passé: affaires de viol, de corruption à de multiples niveaux, détournements, le tout sur fond de pillages en règle des ressources publiques», écrit Jean-Philippe Rémy. Notre confrère constate que malgré ces scandales, Jacob Zuma, inoxydable et impavide, poursuit sa route, comme si rien n’avait de prise sur lui.