L’Afrique prend la pose au festival photo La Gacilly 2017

Par Laurent Filippi | Publié le 03/06/2017 à 09H53, mis à jour le 07/06/2017 à 15H46

Après le Japon en 2016, La Gacilly met à l’honneur le continent africain dans sa dernière édition qui se tient du 3 juin au 30 septembre 2017 dans la ville du Morbihan. A travers les travaux artistiques et les reportages de photographes célèbres ou de la nouvelle génération, la manifestation porte un autre regard sur l’Afrique.

«Par sa diversité et sa créativité et à travers le regard des photographes de ce continent en devenir, c’est un monde à découvrir, à aimer, à protéger», explique Jacques Rocher, fondateur du festival et maire de La Gacilly.
 
Cyril et Florence Drouhet, respectivement commissaire des expositions et directrice artistique, précisent: «Le photographe occidental représente souvent l’Afrique sub-saharienne comme le continent de tous les malheurs, celui des guerres intestines, celui des famines et de la malnutrition, celui des maladies qui déciment des populations entières. Ou, au contraire, mais dans une même image d’Epinal, il va magnifier une Afrique millénaire dans des livres sur papier glacé, celle des grands espaces, des ethnies ou de la faune sauvage. C’est une autre réalité que traduisent les photographes africains que nous voulons exposer. Ce qu’ils entendent révéler, c’est leur propre vision du monde et leur appartenance à ce dernier. Loin des clichés de l’exotisme et de la grandiloquence occidentale, ils montrent des visages lumineux, des évasions poétiques, des moments de vie saisis au fil des rues, ils s’affranchissent des chemins artistiques balisés, ils se veulent lucides sur la destinée de leurs peuples, ils s’affirment désormais comme les défricheurs d’une nouvelle photographie qui stimule les acteurs du marché de l’art, les galeristes, les collectionneurs et les mécènes.»
 
Malgré la polémique sur les réseaux sociaux entourant l’affiche controversée de cette édition, ce festival reste un  magnifique défricheur de nouveaux talents photographiques tout en s’interrogeant sur le devenir de la planète.
 
«Homme-animal: le face-à-face» est l’autre thème majeur exposé cette année.
 
Depuis quatorze ans, les plus grands photographes internationaux participent à ce festival en plein air. Cet évènement, qui attire chaque année 400.000 personnes, reste, pour son édition 2017, fidèle à ses engagements artistiques et éditoriaux, et à son ambition de capter les grands enjeux de notre époque dans un festival éthique et humaniste.

  • Aïda Muluneh
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    Aïda Muluneh

    est une ancienne photojournaliste du «Washington Post». Elle a créé le festival Addis Foto Fest, en Ethiopie, première manifestation dédiée à la photographie en Afrique de l'Est. «L'Afrique est traitée de manière injuste (…), toujours présentée par des images négatives, d'Africains affamés et de conflits (…). Une grande partie de mon travail consiste à effacer le temps et l'espace. Je regarde l'universalité. Je veux penser le continent de manière différente», explique Aïda Muluneh. Avec cette série, elle explore, avec poésie et un style inimitable, les questions qu’elle se pose sur la vie, l’amour et sa propre histoire.  © Aïda Muluneh

  • Baudouin Mouanda
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    Baudouin Mouanda

    Dans leurs plus beaux atours, les Sapeurs, membres de la Société des ambianceurs et personnes élégantes, déambulent dans les rues de Brazzaville. Ils prennent la pause, font la moue et s’affrontent dans des joutes pacifiques. Tenues de marques et costumes colorés de rigueur. Le jeune Congolais Baudouin Mouanda, figure émergente de la photographie africaine, cofondateur du collectif photo Génération Elili, montre l’étonnante énergie qui anime ses congénères. Ses clichés sont de véritables hymnes à la vie.  © Baudouin Mouanda

  • Girma Berta
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    Girma Berta

    «Addis-Abeba est une mosaïque», raconte le photographe de 26 ans. Une mosaïque, comme sa page Instagram avec laquelle il publie ses photos réalisées uniquement avec un smartphone. Une démarche qui lui permet d’approcher les habitants de sa ville natale «sans qu’ils s’en rendent compte». Récompensé en 2016 d’une bourse Getty Images, il nous propose une vision colorée et poétique de l’Ethiopie qui tranche avec les idées préconçues et réductrices qui circulent sur son pays.  © Girma Berta

  • Fatoumata Diabaté
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    Fatoumata Diabaté

    déclare avec passion: «Ma vie, c’est la photographie». Née en 1980 à Bamako, Fatoumata Diabaté reconnaît reprendre l’héritage de ses maîtres qui photographiaient leurs contemporains dans leur studio. Mais à sa manière. Depuis quelques années, elle installe son studio dans la rue, avec des tissus venus de son Mali natal. Les passants s’arrêtent, prennent la pose et laissent ainsi leur empreinte. Elle l’installera le temps d’un été, au cœur de La Gacilly, pour que les visiteurs retrouvent l’esprit d’une photographie si chère à l’Afrique.  © Fatoumata Diabaté

  • Seydou Keïta
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    Seydou Keïta

    est considéré comme le «père» de la photographie africaine. Précurseur, il commence son activité de portraitiste dans le Bamako de 1948. Seydou Keïta ne sera découvert en Occident que dans les années 90. Il ne réalise qu’une prise par séance et uniquement en lumière du jour. Ses images, prises entre 1949 et 1962, nous offrent un aperçu de la haute société malienne de l’époque. Aujourd’hui, l’œuvre de Keïta, mort à Paris en 2001, fait toujours référence, connaissant la consécration dans les plus grands musées du monde.  © Seydou Keïta

  • Malick Sidibé
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    Malick Sidibé

    surnommé «l’œil de Bamako», est mort en 2016, à l’âge de 81 ans. Honoré par ses pairs, jouissant d’une immense influence sur tous les artistes de son pays, Malick Sidibé avait pris le parti d’illustrer un autre aspect de la société malienne: celui de la fête et de la jeunesse populaire. Il faisait poser ses modèles dans son célèbre «Studio Malick», ouvert en 1958 dans le centre de la capitale. Pris avec son Rolleiflex, ses portraits, spontanés, pleins de vérité et de complicité, continuent d’inspirer les nouvelles générations de photographes africains.  © Malick Sidibé / GwinZegal

  • Omar Victor Diop
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    Omar Victor Diop,

    né en 1980, est la figure de proue de la nouvelle génération d’artistes sénégalais. Omar Victor Diop se dit très inspiré par ses aînés Malick Sidibé et Seydou Keïta. Un optimisme et une énergie habitent chacun de ses portraits dans lesquels il creuse la thématique de l’identité, n’hésitant pas à se mettre lui-même en scène. Il adopte ainsi à la fois la position de narrateur et celle de personnage, s’obligeant à affronter directement ses propres doutes. Avec sa série Liberty (en cours de finalisation), il explique: «L’approche prend ici une dimension allégorique, notamment par le placement d’éléments symboliques, empruntés au langage floral. Le ton de Liberty n’est pas celui de la lamentation, mais plutôt celui du recueillement, de la solennité et de la célébration d’une quête ineffable d’une liberté trop souvent bafouée.» © Omar Victor Diop / Magnin – A

  • Sammy Baloji
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    Sammy Baloji

    est né en 1978 dans la province minière du Katanga. Son œuvre est profondément enracinée dans l’histoire de son pays, la République démocratique du Congo, dont il dénonce l’exploitation permanente des ressources. A la fois saisissants et dérangeants, directs et silencieux, toujours dénués de pathos, ses photomontages mêlent avec subtilité des portraits ethnographiques du début du XXe siècle, récupérés dans des archives belges, à des paysages anciens ou récents, peints ou photographiés, parfois par ses soins. Sammy Baloji interroge l’image des Noirs dans l’iconographie occidentale, se réapproprie l’histoire coloniale. © Sammy Baloji

  • Oumar Ly
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    Oumar Ly,

    fils de commerçant, est né en 1943 à Podor sur les rives du fleuve Sénégal. Il découvre la photographie en regardant les colons français utiliser leurs appareils. Le destin lui donne un coup de pouce quand le Sénégal, devenu indépendant, veut fournir des papiers aux populations. L’administration l’embauche et l’envoie sillonner la brousse pour tirer le portrait des citoyens. Oumar Ly peaufine sa technique et attire bientôt de nombreux clients dans son studio. Jusqu’à sa mort en 2016, il vivra dans sa région natale, photographiant toutes les époques, les nobles en boubous, les filles à la mode et les sapeurs de province. Sa reconnaissance fut tardive car il faudra attendre 2009 pour qu’une première exposition de son travail soit organisée à Dakar. © Oumar Ly / Association ML&F

  • Akintunde Akinleye
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    Akintunde Akinleye

    est né en 1971 à Lagos, capitale du Nigeria. Photojournaliste de l’agence Reuters, primé au World Press Photo en 2007, il nous fait découvrir les travers environnementaux de l’économie africaine avec ses raffineries illégales défigurant la région du delta du Niger, ses mines d’or, ou ses décharges de matériel informatique. Le photographe nous emmène dans les entrailles du pays le plus peuplé du continent africain.  © Akintunde Akinleye / Reuters

  • Nyani Quarmyne
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    Nyani Quarmyne

    La montée des eaux est l’une des conséquences du réchauffement climatique. La côte ghanéenne en est l’un des exemples les plus flagrants. Nyani Quarmyne, basé à Accra, est parti à la rencontre des habitants des villages de pêcheurs du sud du pays: celles et ceux qui, par manque de moyens, sont obligés d’abandonner leurs foyers avant qu’ils ne soient, inéluctablement, emportés par l’océan. Sa série «Climate Change» a obtenu le prix de l'Union européenne aux rencontres de Bamako.  © Nyani Quarmyne / Panos-Réa

  • Jean Depara
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    Jean Depara,

    né en 1928 en Angola, s’installe à Léopoldville (futur Kinshasa), la capitale du Congo-Belge. Si le jour il exercice divers métiers (cordonnier, réparateur…), après son travail, il photographie la vie nocturne de cette ville alors en pleine effervescence. Dans les années 50-60, les villes africaines sortent du colonialisme et expriment la joie de leur indépendance. A Kinshasa, cela passe par «l’American way of life», avec ses voitures de sport, ses femmes en robe légère, ses musiques endiablées, ses bars-dancings et ses jeux de séduction. Tout au long de de sa vie, Jean Depara n’a eu de cesse de retenir ce temps de l’insouciance, quand son pays, le Congo, s’ouvrait enfin à la vie. Son œuvre est représentée par «Revue Noire».  © Jean Depara / Revue Noire

  • James Barnor
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    James Barnor

    est né en 1929 à Accra. Portraitiste et photojournaliste, il est considéré comme un pionnier de la photographie ghanéenne. Il collabore à Drum, mythique magazine sud-africain et crée son studio photo Ever Young à Accra dans les années 50. Un livre de ses travaux (édité par les éditions Clémentine de la Ferronière), le premier du photographe, est sorti en 2015. Après avoir vécu à Londres dans les années 60, James Barnor revient s’installer définitivement au Ghana au début des années 70. L’un des premiers photographes africains à travailler en films couleur explique dans une interview au «Monde»: «Dennis Kemp m’a emmené voir une exposition avec de grands tirages en couleur. J’ai été fasciné. Au Ghana, on ne faisait que du noir et blanc! Ça a été un vrai choc.»  © James Barnor / Neutral Grey / Galerie Clementine de la Féronnière

  • François-Xavier Gbré
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    François-Xavier Gbré

    Le photographe nomade franco-ivoirien de 38 ans a vécu en dix ans dans quatre pays différents: la France où il a grandi, l’Italie, le Mali et la Côte d’Ivoire, le pays de son père, où il s’est désormais installé. François-Xavier Gbré explore en photos les fêlures d’un monde post-colonial et la réappropriation de l’espace. Il nous présente une œuvre numérique, l’histoire toute symbolique de la piscine olympique du stade Modibo Keïta, à Bamako. Construite en 1967, elle n’a jamais accueilli aucune compétition, s’est dégradée avec le temps et a connu tous les soubresauts du Mali.  © François-Xavier Gbré

  • Hélène Jayet
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    Hélène Jayet,

    originaire du Mali, est née sous X en France en 1977. Elle collabore régulièrement avec de nombreux magazines et ses travaux ont déjà été exposés dans plusieurs grandes manifestions photographiques (Promenades photographiques de Vendôme, festival Circulation(s) à Paris, festival du Scoop et du journalisme d’Angers…). Elle est membre du collectif Transit et de l’agence Signatures. Hélène Jayet a beaucoup travaillé sur des thèmes comme l’identité, la quête de soi ou la place des Noirs dans la société française. La série présentée à La Gacilly est réalisée comme un photoreportage au Mali. Les pièces se présentent sous la forme d’un chevauchement de plusieurs photos, comme un story-board de sa propre histoire, de son identité, où espace et temps se mélangent.  © Hélène Jayet

  • Le collectif Image sans frontière
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    Le collectif Image sans frontière,

    association internationale de photographes, partenaire du Festival La Gacilly depuis ses débuts, a fait appel à ses membres, comme chaque année, afin d’illustrer la thématique 2017 sur l’Afrique. La diversité de ses peuples, la permanence de ses coutumes, la force éclatante de ses paysages grandioses, depuis la mer jusqu’au désert, sont à découvrir avec les 20 photos sélectionnées des photographes de ce collectif rassemblant, par-delà les frontières, les amoureux de la photographie. © Marie José Tack / Image sans Frontière