L’Afro-Américain Paul Robeson, un artiste pionnier, humaniste et engagé

Par Laurent Filippi | Publié le 12/08/2018 à 11H52

Paul Robeson (1898-1976) a vécu mille vies. Artiste, mais aussi militant de gauche, il a toute sa vie lutté contre les discriminations. Il s’est battu pour une reconnaissance de la culture et de l’histoire afro-américaine. Il a aussi participé à de nombreux combats à travers le monde pour la défense des opprimés. Le musée du Quai Branly à Paris lui consacre une exposition jusqu’au 13 octobre 2018.

  • Paul Robeson est peu connu en France.
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    Paul Robeson est peu connu en France.

    C’est pourtant une figure majeure de la culture noire des années 1930 à 1960. Cette star de renommée internationale a embrassé de multiples carrières. Il s’est rendu de nombreuses fois en Europe de l’Est et en URSS, a vécu à New York et Londres où il a résidé douze ans dans les années 30. Le racisme était alors moins virulent au Royaume Unis qu’aux USA. © REX FEATURES/SIPA

  • Paul Robeson est né d’ père
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    Paul Robeson est né d’un père

    ancien esclave échappé d’une plantation de Caroline du Nord et d’une mère issue d’une famille de Quakers qui prônait l’abolition de l’esclavage. Dès son plus jeune âge, il fut sensibilisé aux problèmes des exploités et des discriminations. © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

  • Il s’installe dans années 20 à Harlem.
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    Il s’installe dans les années 20 à Harlem.

    Il participe à des championnats de baseball, de basketball et de course. En 1917, il rejoint l’équipe nationale de football américain. Une première pour un Noir.   © Mary Evans Picture Library 2010 / Sipa

  • Parallèlement
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    Parallèlement,

    il suit des études de droit à Columbia où il rencontre sa future épouse, Eslanda Cordoza Goode. Celle-ci est la première femme noire à être embauchée dans le laboratoire d’un hôpital de New York. Plus tard, elle deviendra la première femme réalisatrice afro-américaine. © Musée du quai Branly - Jacques Chirac

  • De son côté
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    De son côté,

    Paul Robeson devient conseiller juridique où travaillent uniquement des avocats blancs. Là aussi une première. Mais très vite, il choisit définitivement une carrière artistique comme chanteur et acteur de cinéma et de théâtre. Il rejoint alors La Renaissance de Harlem, un mouvement culturel afro-américain de l'Entre-deux-guerres. © Domaine Public

  • Sa voix exceptionnelle baryton-basse
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    Sa voix exceptionnelle de baryton-basse

    lui permet de passer du folk aux negro spirituals et même à l’opéra. «En 1939, il interprète à la radio CBS ''Ballad for Americans'', cantate célébrant l’identité multi-ethnique et multi-raciale de l’Amérique. Il obtint la plus grande audience depuis l’émission ''La guerre des mondes'' de Orson Welles», précise le site Le Cercle des volontaires© Anatoliy Garanin / Spoutnik /AFP

  • Au théâtre
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    Au théâtre,

    il devient le premier Othello noir. La pièce est «une tragédie du conflit racial», commente-t-il. Avec près de 300 représentations à Broadway. Un record. © Domaine Public

  • Au cinéma qui jusque-là
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    Au cinéma qui, jusque-là,

    employait des acteurs blancs aux visages peints en noir (blackface), Robeson devient là encore, le premier acteur noir célèbre. Il tourne au total onze films mais refuse de se cantonner à des rôles de «travailleurs» dans des plantations de coton. © Musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Gautier Deblonde

  • «Hollywood ne peut s’imaginer nègre
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    «Hollywood ne peut s’imaginer le nègre

    qu’à travers l’imagerie de la plantation […]. Il est absurde de recourir à ce mode d’expression pour représenter le nègre moderne, aussi absurde qu’il le serait de présenter l’Angleterre moderne dans les termes d’une ballade élisabéthaine!», déclare-t-il. © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

  • Il quittera définitivement cinéma en 1942
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    Il quittera définitivement le cinéma en 1942,

    refusant de se plier aux règles de l’industrie cinématographique. «Blacklisté» par le maccarthysme, il se voit confisquer son passeport qu’il récupère en 1950. «Sa carrière en tant que chanteur y fut quasiment sacrifiée. 80 de ses concerts furent annulés et en 1949, deux concerts internationaux furent attaqués par des manifestations racistes sans que la police n’intervienne. Robeson répondit: «Je chanterai où que ce soit que les gens veulent que je chante…», raconte le site Le Cercle des volontaires. © John D. Kisch / Séparer Cinema Archive / Getty Images

  • Mais cela ne l’empêche pas continuer lutter pour droits civiques.
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    Mais cela ne l’empêche pas de continuer de lutter pour les droits civiques.

    Il participe à des meetings et rencontre Albert Einstein lors d’une conférence sur la paix mondiale. Malgré sa carrière artistique, Robeson reste toujours très engagé politiquement.   © Photo12/Coll-DITE/USIS/AFP

  • Il n’a jamais cessé dénoncer
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    Il n’a jamais cessé de dénoncer,

    la colonisation, le fascisme et la ségrégation raciale, légale aux Etats-Unis jusqu’en 1967. En 1945, il est placé à la tête d’une organisation militant pour une loi contre le lynchage. Il a également soutenu de nombreux mouvements ouvriers.   © Mary Evans Picture Library 2008/Sipa

  • «La rencontre avec l’écrivain jamaïcain Claude McKay
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    «La rencontre avec l’écrivain jamaïcain Claude McKay,

    de retour d’URSS, et sa fréquentation assidue de Langston Hughes et de W.E.B. Du Bois, deux maîtres à penser afro-américains engagés dans la lutte pour les droits civiques, seront déterminantes dans son orientation», précise le journal Libération. Sympathisant et peut-être «adhérant dès les années 20 à l’Internationale communiste, il sera de bien des combats : sur le front de la guerre civile en Espagne comme douze ans plus tard, en 1949, avec des ouvriers écossais pour chanter la ballade pour Joe Hill, le leader anarcho-syndicaliste injustement condamné». © Sputnik/AFP

  • «En 1949 encore
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    «En 1949 encore,

    il est au Congrès mondial de la paix à Paris, au côté des intellectuels d’un monde meurtri qu’il s’agit de repenser. En 1949 toujours, alors qu’il commémore en URSS Pouchkine, ce descendant d’esclave devenu père de la littérature russe, Paul Robeson improvise le chant des partisans du ghetto de Varsovie en yiddish, afin de rappeler son soutien à Solomon Mikhoels, assassiné en 1948, et Itzik Fefer alors emprisonné. En pleines purges staliniennes visant les juifs, l’Américain démontre qu’il n’est pas dupe de ce régime qui se place à la pointe des combats anticolonialistes», ajoute le journal. © AFP

  • Il partage opinions nombreux leaders indépendantistes
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    Il partage les opinions de nombreux leaders indépendantistes

    comme Jomo Kenyatta, Nmandi Azikiwe, Kwame Nkrumah, C.L.R. James et George Padmore ou encore son ami indien Jawaharlal Nehru, l’un des initiateurs du Mouvement des non-alignés. Lequel regroupe les «pays qui ne souhaitaient pas s’inscrire dans la logique d’affrontement Est-Ouest mais au contraire favoriser l’indépendance effective des pays du Sud dans le cadre de la décolonisation», précise Le Monde Diplomatique. © AFP PHOTO / INTERCONTINENTALE

  • Pour Sarah Frioux-Salgas
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    Pour Sarah Frioux-Salgas,

    spécialiste des mouvements intellectuels de la diaspora africaine et commissaire de l’exposition que lui consacre le Musée du quai Branly jusqu’au 13 octobre: «Paul Robeson revendiqua une identité multiple et cosmopolite, en perpétuelle interaction avec le monde et anticipa en cela le "Tout-monde" d’Édouard Glissant pour qui la mondialité, si elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation». Elle ajoute: «Le combat de Paul Robeson n’est pas essentialiste. Il veut être africain, mais aussi ouvrier, parler pour les Amérindiens… Il n’est finalement pas attaché à une identité. Son rapport au monde est très ouvert». © MARY EVANS / SIPA

  • Si ces combats politiques
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    Si ces combats politiques

    et ses prises de positions lui ont valu aussi de nombreux ennemis, Paul Robeson a a toujours déclaré, «L’artiste doit choisir de se battre pour la liberté ou l’esclavage. J’ai fait mon choix. Je n’avais pas d’alternative». © PAUL ROBESON/CIG CARD/Sipa